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Les États-Unis vont-ils vraiment pouvoir retourner sur la Lune en 2024 ?

La Nasa a assuré lundi qu'elle misait toujours sur un retour d'astronautes américains sur la Lune en 2024. Mais des doutes entourent la faisabilité du projet.

Vue d'artiste de la mission Artemis à la surface de la Lune en 2024
Vue d'artiste de la mission Artemis à la surface de la Lune en 2024 Crédit : Nasa
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Un demi-siècle après le programme Apollo, les États-Unis ont de nouveau des ambitions lunaires. Désireux de soigner sa sortie par un symbole puissant, Donald Trump a pressé l'an dernier la Nasa de reposer un pied sur la Lune d'ici la fin de son éventuel second mandat en 2024, alors que l'agence américaine tablait plutôt sur un retour sur l'astre à l'horizon 2028. 

La mission Artemis revêt une importance capitale pour les États-Unis qui souhaitent maintenir leur leadership face au développement de programmes spatiaux par des puissances concurrentes, comme la Chine. Mais de nombreux spécialistes estiment que ces délais seront quasiment impossibles à tenir en raison des nombreux défis techniques et financiers auxquels la Nasa doit faire face.

L'ambitieux programme Artemis prévoit un plan en trois étapes. À la fin de l'année prochaine, une première mission doit mener le lanceur géant SLS (Space Launch System) et la capsule Orion sur l'orbite de la Lune sans aucun humain à bord. Deux ans plus tard, quatre astronautes doivent décoller pour un bref survol de l'astre à 450.000 kilomètres de la Terre. Et en 2024, la mission Artemis 3 doit envoyer un homme et une première femme fouler le sol lunaire pour la première fois depuis Apollo 17 en 1972.

Des retards et des surcoûts importants pour la fusée et l'alunisseur

À quatre ans de l'échéance, le projet bat de l'aile. Un seul des trois équipements nécessaires à la réalisation de la mission est prêt pour l'instant. Le vaisseau Orion, qui doit mener les deux astronautes sur l'orbite de la Lune. Les deux autres éléments sont toujours cloués au sol. La crise sanitaire n'a pas arrangé les affaires de la Nasa qui a dû fonctionner au ralenti pendant le confinement.

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Le Space Launch System, la fusée la plus puissante jamais construite par la Nasa, est toujours en phase de test. En développement depuis 2010, elle enchaîne les retards et les dépassements de coûts. Un premier allumage doit avoir lieu en octobre et son premier vol est espéré pour l'an prochain, quatre ans après l'objectif initial. La cour des comptes américaine estime que la Nasa a déjà dépassé de plus d'un tiers le budget et les délais initiaux.

Le super lanceur SLS de la mission Artemis de la Nasa
Le super lanceur SLS de la mission Artemis de la Nasa Crédit : Nasa

La situation de l'atterrisseur lunaire HLS (Human Lander System) n'incite pas plus à l'optimisme. En avril, la Nasa a présélectionné trois industriels et leur a alloué une enveloppe d'un milliard de dollars pour développer l'engin qui aura la charge de poser une femme et une homme à la surface de la Lune puis de les ramener à bord de la capsule Orion en 2024.

Trois projets sont en concurrence. Le premier est développé par Blue Origin, fondée par le patron d'Amazon Jeff Bezos, en partenariat avec Lockheed Martin, Northrop Grumman et Draper. Les deux autres projets sont développés par SpaceX, fondée par Elon Musk, et par la société Dynetics. Une première sélection doit avoir lieu au début de l'année prochaine. Mais des experts de la Nasa ne sont pas convaincus que le lauréat sera prêt à temps.

Un plan à 28 milliards suspendu au soutien du Congrès

Malgré ces difficultés, l'agence spatiale américaine n'entend pas déroger au calendrier fixé par Donald Trump. Mais l'administration va devoir sortir le chéquier si elle souhaite tenir ses objectifs. La Nasa a indiqué lundi qu'elle chiffrait à 28 milliards de dollars sur cinq ans, dont 16 milliards dédiés à la conception de l'alunisseur, la faisabilité du retour des astronautes américains sur la Lune en 2024. 

La validation de ce plan de financement sera l'un des premiers dossiers chauds du Congrès qui sera renouvelé le 3 novembre prochain après les élections américaines. La chambre basse a déjà validé un projet de budget d'un peu plus de 600 millions de dollars en juillet. 

Si le Congrès vote les premiers 3,2 milliards pour l'alunisseur d'ici Noël, "nous serons toujours dans les clous pour un alunissage en 2024. S'il ne le finance pas, il ne sera pas réalisé, c'est aussi simple que cela", a affirmé Jim Bridenstine, administrateur de la Nasa, lundi. Selon lui, "les risques politiques" sont souvent plus dangereux que les considérations techniques pour l'agence spatiale, surtout après une élection présidentielle. Les milliards de dollars investis par George W. Bush n'avait pas empêché Barack Obama d'annuler le programme Constallation d'exploration de Mars en 2010.

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