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Un signe de vie sur Vénus ? Pourquoi il ne faut pas aller trop vite en besogne

La découverte d'une biosignature associée à la vie sur Terre dans les nuages de Vénus doit être tempérée, estime Francis Rocard, astrophysicien, responsable des programmes d'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales.

La planète Vénus (illustration)
La planète Vénus (illustration) Crédit : NASA
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Ce lundi 13 septembre, une équipe internationale de chercheurs de l'université de Manchester, de Cardiff et du Massachussetts Institute of Technology (MIT) a annoncé dans la revue Nature Astronomy avoir découvert des traces de phosphine dans les couches nuageuses de Vénus. 

"Nous avons détecté la présence d’un gaz rare, la phosphine, qui ne devrait pas être présent dans l’atmosphère de Vénus", a annoncé Jane Greaves, professeur d’astronomie à l’université de Cardiff, l'un des auteurs de la publication. "Il est possible que nous ayons trouvé les traces de micro-organismes qui vivent dans les nuages de Vénus".

La présence dans l'atmosphère de Vénus de cette molécule, essentiellement associée à l'activité humaine ou aux microbes sur Terre, a été qualifiée par le chef de la Nasa d'"événement le plus important" dans la recherche de vie extraterrestre.

Une partie de la communauté scientifique se montre plus prudente. "On ne peut pas conclure sur le fait qu'ils ont trouvé de la vie extraterrestre. Il ne faut pas aller trop vite en besogne", nuance Francis Rocard, astrophysicien en charge des programmes d'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales (CNES), joint par RTL.fr.

La phosphine : une molécule improbable sur Vénus

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La phosphine a été détectée par l'observation de l'atmosphère de Vénus à l'aide de deux télescopes terrestres. Selon les auteurs de la détection, sa présence pourrait être le fruit de processus chimiques inconnus ou la conséquence d'une forme de vie, par analogie avec la production biologique de ce gaz sur Terre. 

"La phosphine est une molécule assez difficile à synthétiser. Elle se synthétise soit par des réactions chimiques, dans des milieux très réducteurs et très riches en hydrogène comme Jupiter et Saturne, soit par des processus biologiques, fabriquée par des organismes vivants", résume Francis Rocard. 

Avec une pression 90 fois supérieure à celle de notre planète, son atmosphère acide et une température au sol de plus de 400 degrés, Vénus n'est pourtant pas la première candidate pour abriter une forme de vie. Son atmosphère n'est pas non plus connue pour générer les réactions chimiques susceptibles de produire la phosphine. Les chercheurs ont tenté en vain d'expliquer la présence de phosphine par différents scénarios chimiques et ont fini par formuler l'hypothèse biologique qui pourrait produire la quantité décelée.

"La détection de phosphine n'est pas indiscutable"

"C’est une conclusion par défaut", estime Francis Rocard. "Le raisonnement est de dire que l’on a détecté de la phosphine, mais que comme le processus chimique ne permet pas de la fabriquer, on essaie de trouver un autre mécanisme pouvant l’expliquer et l'on s'en remet à lui. Mais il faut d’abord confirmer que la phosphine a bien été détectée, et c’est peut-être le point le plus faible de l’article. Il faudrait que d’autres équipes détectent la phosphine avec leurs instruments indépendamment de l’équipe du MIT".

Cette conclusion spéculative rappelle à l'astrophysicien "ce que l'on vit depuis une décennie avec les détections de méthane sur Mars, dont beaucoup sont remises en question par des scientifiques". "Dans le cas de la phosphine, pas mal de gens s'interrogent", poursuit-il, "notamment les spécialistes de la spectroscopie des atmosphères planétaires qui soulignent que la détection est limite en terme de rapport signature/bruit. De plus, elle n'est basée que sur une raie d'absorption. Or, il en faudrait deux ou trois pour vraiment la confirmer".

"Carl Sagan disait que toute découverte extraordinaire nécessite des preuves extraordinaires. Aujourd'hui, cette détection de la phosphine n'est pas incontestable", assure le scientifique. Tout l'enjeu est désormais de confirmer la présence de cette molécule dans l'atmosphère de Vénus. La meilleure solution serait d'observer notre étoile du Berger avec des spectromètres à la recherche de nouvelles signatures. La mission indienne Shukrayann pourrait y contribuer d'ici 2025 à l'aide de l'instrument franco-russe VIRAL.

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