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"Les confessions n'étaient pas toutes vraies" : quand les entreprises demandent désormais à leurs salariés de jouer aux influenceurs

Pour gagner en visibilité sur TikTok, de plus en plus d’entreprises mettent en scène leurs salariés dans des vidéos virales et humoristiques. Une pratique, présentée comme ludique et volontaire, mais qui soulève des questions sur le droit à l’image et les limites du pouvoir de l’employeur.

De nombreux salariés deviennent des influenceurs sur les réseaux sociaux pour leurs entreprises en suivant les trends du moment.

Crédit : Capture d'écran TikTok / @carrefour.laval0, @century21gp, @leclercpontlabbe

Alexian Giron

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Une audience massive et intergénérationnelle. Pour gagner en visibilité, nombreuses sont les entreprises à miser sur les réseaux sociaux à travers des "trends" qui cumulent des millions de vues. Depuis plusieurs mois, des employés sont même devenus de véritables stars d'internet. C'est le cas par exemple du Carrefour de Laval (Mayenne) avec sa caissière Léonie, ou encore du Leclerc de Pont-l'Abbé avec l'un de ses salariés (community manager pour l'enseigne), Thomas Cambou, devenu égérie d'une série de vidéos humoristiques pour promouvoir les produits et les promotions du magasin.

La dernière tendance en date : "J'écoute mais je ne vire pas." Le concept est simple : les employés d'une entreprise doivent avouer leurs petites et grandes fautes, debout derrière leur patron. L'employeur est lui assis face à la caméra. Le dirigeant est censé faire preuve de clémence face à ces aveux en répétant à chaque fois "J'écoute mais je ne vire pas".

"Des clients nous ont découvert grâce à cette trend, et nous ont appelé pour travailler avec nous"

L'une des vidéos les plus relayées sur la plateforme chinoise, réalisée par une agence Century 21 basée en région parisienne, a ainsi cumulé plus d'un million de vues. Un succès auquel ne s'attendait pas Maria Sanchez. L'assistante commerciale et community manager de l'agence est à l'origine de cette idée. "On ne s'attendait pas à ce succès à la base, on le faisait pour s'amuser", explique-t-elle à RTL.fr.

@century21gp J’écoute mais je ne vire pas…😂##immobilier##jecoutemaisjenevirepas##century21##gpimmobilier ♬ Weekend plans (Hip Hop Upbeat) - BLESKSOUND

Elle admet avoir suivi cette trend pour "gagner en visibilité" : "Avec l'algorithme ça va vite. Pour une entreprise, miser sur les tendances et les réseaux sociaux ça permet de gagner en visibilité, c'est évident". Avec à peine plus de 1.400 abonnés sur TikTok, Maria Sanchez se satisfait des retombées de cette vidéo. "À l'agence on a vu une évolution. Des clients nous ont découverts grâce à cette trend, et nous ont appelés pour travailler avec nous", ajoute-t-elle.

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"J'ai rayé la voiture du patron", "J'ai vomi dans les toilettes de l'agence lors d'une soirée"... Voici les confessions des salariés. Mais attention, Maria Sanchez reconnaît toutefois que "les confessions n'étaient pas toutes vraies" : "L'objectif était qu'on se surprenne et que personne ne se concerte en amont. On est une équipe extrêmement proche, on l'a fait pour s'amuser avant tout. On aime faire des vidéos ensemble". 

L'assistante commerciale assure également que l'équipe ayant participé à la vidéo n'a pas été rémunérée pour sa participation. Celle-ci était sur la base du volontariat. "J'ai proposé l'idée à l'équipe et tous les participants étaient volontaires. C'était hyper sympa à faire. Après ce qui ne veulent pas apparaître sur les réseaux sociaux ne sont pas obligés de participer. On est plus de 14 dans l'agence et tout le monde n'est pas dans la vidéo", explique-t-elle. 

Un patron ne peut pas forcer son salarié à participer à ce genre de vidéos

Qu'en est-il sur le plan juridique ? Yann-Maël Larher, avocat spécialisé en droit du travail, précise à RTL.fr qu'un patron ne peut pas forcer son employé à participer à ce genre de vidéos si ce n'est pas précisé dans sa fiche de poste. "S'il y a une sanction de l'employeur en cas de refus du salarié, celle-ci doit être annulée", ajoute-t-il. 

Si le salarié accepte, son droit à l'image ne peut toutefois pas être bafoué malgré sa participation. "L'employé peut changer d'avis en cours de route et retirer son droit à l'image. Quand les gens s'en vont de l'entreprise lorsque ce n'est pas bien encadré, les vidéos doivent disparaître". "Le salarié peut récupérer son pouvoir de négociation et demander une indemnisation. Une fois indemnisé, il a vendu son droit à l'image à la société", précise l'avocat. 

Tant que le salarié est en contrat avec l'entreprise, celui-ci ne peut pas réclamer une prime supplémentaire même si ce n'est pas dans sa fiche de poste initiale. "Dans la mesure où ce n'est pas forcément commercial, ce n'est pas un produit. Et puis il faut rappeler que c'est sur la base du volontariat et que l'employeur ne peut pas forcer son salarié à y participer", explique Maître Yann-Maël Larher. 

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