1. Accueil
  2. Actu
  3. Tech
  4. La guerre en Ukraine va-t-elle renforcer ou affaiblir les cryptomonnaies ?
5 min de lecture

La guerre en Ukraine va-t-elle renforcer ou affaiblir les cryptomonnaies ?

La guerre en Ukraine donne une visibilité inédite aux utilités concrètes des cryptomonnaies, pour la première fois impliquées dans un conflit majeur. Mais elle risque aussi de renforcer la pression réglementaire sur ces actifs numériques.

La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde (ici au côté de Bruno Le Maire) souhaite réglementer les cryptomonnaies au plus vite
La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde (ici au côté de Bruno Le Maire) souhaite réglementer les cryptomonnaies au plus vite
Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue

Si la guerre en Ukraine marque un changement d'époque pour l'Europe, elle est aussi bien partie pour bousculer le cours de l'histoire des cryptomonnaies. De plus en plus populaires auprès des petits porteurs comme des investisseurs professionnels à travers le monde, les "cryptos" sont pour la première fois partie prenante d'un conflit armé majeur aux conséquences géopolitiques globales. 

Depuis le début de l'invasion russe contre le pays voisin, elles ont trouvé leur utilité dans les deux camps en permettant des transferts d'argent internationaux rapides et sécurisés. Les Russes les utilisent pour mettre des fonds à l'abri face à la dévaluation du rouble et contourner l'isolement bancaire imposé par l'Occident, les Ukrainiens pour récolter des dons, vraisemblablement dédiés à l'aide humanitaire ou militaire.

Les cryptomonnaies étaient déjà une valeur refuge pour bon nombre d'Ukrainiens ces dernières années. Minée par la corruption, l'Ukraine était l'un des pays les plus en avance sur l'utilisation des monnaies cryptographiques avec plus de 5,5 millions d'utilisateurs estimés, soit 12% de sa population. Après le Salvador, Cuba et l'Allemagne, le pays était aussi l'un des rares à s'être doté d'un cadre législatif réglementant la possession et l'usage des cryptos, quelques jours avant l'invasion russe. 

Plus de 50 millions de dollars de dons en crypto envoyés à l'Ukraine

Depuis moins d'une semaine, le gouvernement ukrainien est devenu le premier à mobiliser les cryptomonnaies à grande échelle en sollicitant des dons internationaux en cryptos afin d'éviter les entraves russes. En l'espace de quelques jours, plus de 30 millions de dollars ont ainsi été envoyés au pays sur les différentes adresses de réception officielles créées pour l'occasion. L'aide crypto s'élève même à plus de 50 millions de dollars avec les initiatives menées par des ONG. 

À lire aussi

"Cette technologie permet d'accélérer les transferts de valeur car les flux se font de pair-à-pair sans passer par des tiers. Je ne suis pas certain que la communauté internationale ait déjà viré ses fonds pour l'Ukraine. Moi-même, pour l'ambassade, j'ai mis quatre jours à ouvrir un compte pour permettre les dons de la diaspora ukrainienne", souligne auprès de RTL Pierre Person, député LaREM favorable aux cryptomonnaies à l'origine de plusieurs amendements sur la fiscalité de ces actifs numériques et auteur d'un rapport sur le sujet à paraître courant mars.

Le conflit participe aussi à la démocratisation des usages du secteur en mettant en lumière des mécanismes propres à la finance décentralisée. Le gouvernement ukrainien a ainsi annoncé mercredi qu'il allait réaliser un "airdrop" pour récompenser ses donateurs en cryptomonnaies. Très courante dans l'écosystème crypto, cette pratique consiste à verser gratuitement des jetons numériques ou des NFT aux premiers investisseurs d'un projet pour favoriser son adoption. De la même manière, l'initiative a contribué à donner plus d'écho à l'appel aux dons du gouvernement ukrainien.

Une valeur refuge pour les épargnants russes

Après la mise en place des sanctions américaines et européennes visant à paralyser le secteur bancaire et la monnaie russe la semaine dernière, les Russes se sont aussi précipités vers le bitcoin pour y trouver une valeur refuge au moment où le rouble s'effondrait. La plus célèbre des cryptos a en effet l'avantage de fonctionner sur un réseau décentralisé et de ne pas être soumise aux sanctions d'une entité centrale. Malgré une volatilité importante, elle constitue une réserve de valeur plus intéressante pour les particuliers russes dans ce contexte de crise majeure. Tout comme les stablecoins, les cryptomonnaies indexées sur le dollar et donc peu en proie à la volatilité. 

Dans un contexte d'isolement de l'économie de la Russie, ces actifs permettent aussi aux Russes d'envoyer de l'argent à leurs proches à l'étranger en passant outre le blocage de Swift imposé aux banques locales qui rendent impossibles les échanges bancaires internationaux traditionnels. Le ministre ukrainien Mykhailo Fedorov a d'ailleurs appelé dimanche les principales plateformes d'échanges comme Binance ou Coinbase à bannir les comptes de tous les utilisateurs russes. Mais ces dernières lui ont opposé une fin de non-recevoir estimant qu'elles ne pouvaient pas geler les comptes de millions de personnes innocentes.

L'Europe aimerait bien accélérer son projet de régulation

En donnant de la visibilité aux avantages des cryptomonnaies en tant que réserves de valeur et devises décentralisées qui ne dépendent d'aucun pays, la guerre russo-ukrainienne semble de nature à renforcer l'attractivité du secteur au niveau mondial. Le marché crypto était d'ailleurs dans le vert ces derniers jours, quand toutes les bourses du monde étaient en berne. Mais en affichant aussi les limites du système financier traditionnel, le conflit n'a pas manqué de remettre au premier plan la question de la régulation de ces actifs numériques et pourrait même constituer une occasion d'accélérer les réflexions.

Déterminés à ne laisser aucune marge de manoeuvre à Vladimir Poutine, les États-Unis et l'Europe souhaitent à tout prix éviter que les entreprises et les banques russes n'utilisent les cryptomonnaies comme instruments de contournement des sanctions économiques, comme l'Iran et la Corée du Nord ont pu le faire par le passé. Le ministre français des Finances Bruno Le Maire a fait savoir mercredi que les pays du G7 et l'Union européenne allaient prendre des dispositions pour que les cryptomonnaies ne soient pas utilisées à cet effet. Aucune précision n'a été donnée sur les moyens envisagés mais des éléments de réponse pourraient être apportés dès la semaine prochaine, selon le site économique Agefi

Au-delà de la question de l'efficacité des sanctions prononcées contre la Russie, la guerre en Ukraine semble avoir renforcé la détermination de l'Europe à réguler les cryptos. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a fait savoir la semaine dernière qu'elle souhaitait réglementer le secteur au plus vite en accélérant l'adoption du projet européen MiCA (Market in Crypto assets) dont la présentation est censée avoir lieu en fin d'année. Selon elle, "il y a toujours des moyens criminels de contourner une interdiction, c'est pourquoi il est d'une importance capitale que MiCA soit adopté aussi rapidement que possible, pour qu'il existe un cadre réglementaire pour contrôler ces nouveaux flux monétaires."   

"C'est un faux sujet", tient cependant à tempérer le député français Pierre Person, qui échange régulièrement avec ses homologues européens impliqués dans la rédaction du texte. "MiCa n'entrera pas en vigueur avant deux ans. Et dans MiCa, rien ne permet véritablement aujourd'hui d'empêcher la Russie de procéder de la sorte. MiCa est indispensable pour assurer un cadre législatif à l'échelle de l'Union européenne pour qu'il n'y ait pas de concurrence déséquilibrée entre les États membres et pour permettre l'innovation. Mais Mica ne bloquera en aucun cas, aujourd'hui, la création d'un système monétaire de transmission de la valeur parallèle au secteur bancaire". 

Le député plaide plutôt pour "une prise de responsabilité des grandes plateformes d'échange afin qu’elles ne servent pas de chambre de blanchiment ou de transmission pour les oligarques", même si, à ce stade, "les cryptos semblent surtout utilisées par les petits porteurs russes qui sont contraints à la banqueroute de leur banque et qui ont du mal à retirer leur argent".

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/