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"Je me disais que moi, ça ne m'atteindra pas" : à Sevran, un service spécialisé soigne les victimes du protoxyde d’azote

Le protoxyde d’azote, consommé massivement par des jeunes, provoque des atteintes neurologiques parfois irréversibles. À Sevran, un service spécialisé prend en charge des patients devenus paraplégiques.

Des bonbonnes de protoxyde d'azote qui contient entre 2 et 4 litres de proto, soit environ 200 ballons.

Crédit : Agathe Landais

Immersion dans un hôpital qui soigne des jeunes paraplégiques à cause du protoxyde d'azote

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Agathe Landais - édité par Eléonore Aparicio

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On le surnomme souvent "gaz hilarant", ou "proto". Le protoxyde d'azote est de plus en plus consommé comme une drogue par les jeunes. Selon Santé Publique France, 14% des 18-24 ans en ont déjà consommé. Ce matin l’association Antoine Alléno annonce mener une action de groupe contre les 2 sociétés (chinoises et polonaises) qui commercialisent en France d’énormes bonbonnes de protoxyde d’azote. 
 
Ce gaz que les jeunes inspirent dans des ballons est très dangereux pour la santé. Ces dernières années, les professionnels de santé voient débarquer dans leurs hôpitaux de plus en plus de jeunes d'une vingtaine d'années devenus soudainement paraplégiques. À l’hôpital René-Muret de Sevran (Seine-Saint-Denis), une filière spécialisée a même été ouverte en début d’année pour les prendre en charge.

On connaissait les risques. Mais je me disais que moi, ça ne m'atteindra pas et ça m'a atteint

Alain*, 23 ans, consommateur de protoxyde d'azote

Alain*, 23 ans, est hospitalisé depuis un mois dans ce service de neurologie. Il consomme ce qu'il appelle du "proto" depuis ses 19 ans. "Un jour, un ami l'a ramené. On a tous testé. C'était plus festif. On se voyait en groupe. Il y avait tout le temps du gaz. C'était devenu la nouvelle mode. Ça a commencé avec une bonbonne tous les 2-3 jours", raconte-t-il. 
 
Une bonbonne c'est bien plus gros que les petites capsules en métal. Elle permet de faire une cinquantaine de ballons qu'ensuite ces jeunes respirent, malgré les risques pour le cerveau. "Je voyais des gens autour de moi qui avaient des séquelles. Je connaissais une personne qui avait le bras bloqué. Et j'avais une autre connaissance qui est devenue paraplégique", explique-t-il. "On connaissait les risques. Mais je me disais que moi, ça ne m'atteindra pas. Et ça m'a atteint", ajoute-t-il. 

Après un an de forte consommation, Alain se met à perdre régulièrement l'équilibre, les muscles de ses jambes se raidissent et en quelques mois, il ne parvient plus à courir ni à marcher. Aujourd'hui paraplégique, il ne peut plus se déplacer sans béquilles.

La majorité peuvent garder des séquelles neurologiques toute leur vie.

Irène Coman, neurologue

Pour tenter de réparer les dégâts, il est hospitalisé depuis un mois en neurologie pour réapprendre la marche, notamment grâce à un exosquelette. Une sorte de grosse armure, à laquelle Alain est attaché, du bassin aux pieds pour l’accompagner dans la marche. La neurologue Irène Coman, responsable du service, reçoit de plus en plus de jeunes qui, comme Alain*, sont paraplégiques à cause du protoxyde d'azote.

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"On a vu ce phénomène qui s'est installé à partir de 2020. Ce sont des jeunes entre 18 et 24 ans. Ils peuvent avoir des paralysies, ils peuvent avoir des troubles de la concentration, de la mémoire. Et ce qu'il faut dire, c'est que tout n'est pas réversible. Oui, très souvent, les structures sont altérées. Ça veut dire que les neurones sont pratiquement morts. La majorité peuvent garder des séquelles neurologiques toute leur vie", assure-t-elle. 

Cette médecin souhaite que les pouvoirs publics luttent contre ce fléau qui fait de plus en plus de dégâts. L'ANSES recensait en 2023 près de 800 cas graves. Ce nombre de signalements a été multiplié par 8 en seulement 4 ans.

*Le prénom a été modifié

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