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VIDÉOS - Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac : de l'admiration à la trahison

ÉCLAIRAGE - Les deux anciens Présidents se sont côtoyés une trentaine d'années et n'ont eu de cesse de s'éloigner à partir du milieu des années 90.

Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy
Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy
Crédit : THOMAS COEX / AFP
Romain Renner
Romain Renner

"Jacques Chirac restera une partie de ma vie". En meeting près de Tours, Nicolas Sarkozy s'est livré au plus inattendu des hommages, mercredi 15 octobre, en évoquant l'admiration qu'il avait éprouvée pour Jacques Chirac.

Une déclaration d'autant plus étonnante qu'elle intervient deux semaines après que l'ancien président de la République (1995-2007) a affirmé son soutien inconditionnel à Alain Juppé, le principal rival de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2017.

"Je ne peux pas oublier que quand je me suis engagé, j'avais 18 ans et il était là, je l'admirais", ajoute un Nicolas Sarkozy soudain nostalgique de ses années passées aux côtés de l'ancien maire de Paris. Car les deux hommes ont une longue histoire commune. Leur rencontre en 1976 - l'année à laquelle Alain Juppé et Jacques Chirac ont également commencé à travailler ensemble - permet à l'ambitieux Sarkozy d'entamer son ascension politique.

Je l'admirais

Nicolas Sarkozy à propos de Jacques Chirac

"Le destin qui est le sien est grand", affirme le candidat à la présidence de l'UMP, en 1978. Il prendra même la tête des jeunes du RPR durant la campagne présidentielle en 1981. Si la relation qu'entretiennent les deux hommes n'est pas aussi filiale que celle qui unit Alain Juppé à son mentor, Nicolas Sarkozy sait se rendre indispensable.

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Mais les deux échecs de Jacques Chirac (1981 et 1988) auront raison de la loyauté de l'ancien maire de Neuilly. En 1995, il se range du côté d'Édouard Balladur, favori de la présidentielle jusqu'à quelques mois de l'élection. Une erreur qui lui coûtera cher : son candidat ne passe pas le premier tour et Jacques Chirac est élu président de la République. S'en suivra une longue traversée du désert pour Nicolas Sarkozy et la rancœur éternelle du nouvel entrant à l'Élysée.

La campagne des européennes de 1999 remet finalement en selle Nicolas Sarkozy malgré l'échec électoral qui s'en suivra (les listes RPR terminent derrière les listes PS de François Hollande et RPF de Charles Pasqua). Nicolas Sarkozy, honni et hué par les chiraquiens, majoritaires au RPR, réussit même à revenir en première ligne lors de la campagne victorieuse de 2002. Si le président réélu le fait entrer au gouvernement, il ne le nomme pas à Matignon, son objectif, mais place Beauvau, au ministère de l'Intérieur.

Il subsiste trop de zones d'ombre et de malentendus entre nous

Jacques Chirac à propos de Nicolas Sarkozy

"Nicolas Sarkozy paraît le mieux préparé à occuper la fonction de premier ministre", expliquera Jacques Chirac dans Mémoires. Mais "il subsiste trop de zones d'ombres et de malentendus" entre les deux hommes. Une situation ambiguë et tendue qui ne se calmera jamais véritablement.

Omniprésent durant le quinquennat, Nicolas Sarkozy adoptera au fil des mois une attitude de plus en plus agressive envers le chef de l'État. En off, le ministre de l'Intérieur multiplie les critiques - "Le pauvre, je ne peux pas lui dire qu'il n'a fait que des conneries" - et les remarques désobligeantes, notamment sur la passion du Président pour les sumos.

Trop présent, trop gênant, Nicolas Sarkozy a besoin d'un rappel à l'ordre. Celui-ci interviendra le 14 juillet 2004. "Il n'y a pas de différends entre le ministre des Finances et moi, (...) Je décide, il exécute", lance-t-il sans ménagement. "La polémique ne m'intéresse pas, je n'y céderai donc pas", répond un Nicolas Sarkozy prêt à affronter un conflit larvé.

Écarté du gouvernement pour ne pas cumuler les rôles de président de l'UMP et ministre, Nicolas Sarkozy y effectuera son retour en 2006 et mènera sa campagne élyséenne avec un soutien très discret du président de la République. 

Je veux être le candidat qui dira aux Français ce qu'il fera (...) Je suis donc différent de Jacques Chirac

Nicolas Sarkozy

"Je veux être le candidat qui dira clairement aux Français ce qu'il fera s'ils me font confiance. C'est ma spécificité. Je suis donc différent de Jacques Chirac", se permet-il même d'annoncer dans la presse. Jacques Chirac ne répond pas mais les confidences qu'il fait à ses visiteurs du soir sur la nécessité "d'écraser Sarkozy du pied gauche car ça porte chance" en disent long sur les sentiments qui l'animent.

La victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 donne au président sortant une dernière raison d'en vouloir à son successeur. "Le 6 mai 2007 (...) nous sommes réunis à l’Elysée (...) pour entendre la première déclaration du futur chef de l’État. Chacun de nous écoute (...), guettant secrètement le moment où il citera sans doute le nom de celui auquel il s’apprête à succéder, ou même le remerciera du soutien qu’il lui a apporté. Mais ce moment ne viendra jamais. Pour ma part, je m’abstiens de manifester la moindre réaction. Mais au fond de moi je suis touché, et je sais désormais à quoi m’en tenir", raconte-t-il dans Mémoires.

Une raison suffisante pour exposer dans ce même ouvrage ses doutes concernant l'implication de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des terrains de Vigneux : "Il m’a toujours manqué la preuve qu’elle avait été initiée par le ministère du Budget, comme on me l’assurait. Mais cette affaire montée de toutes pièces ne me paraissait évidemment pas étrangère à la campagne présidentielle".

Désormais loin de la politique, Jacques Chirac serait, selon les récits de ses proches, toujours extrêmement hostile à Nicolas Sarkozy. Comble de l'ironie, ce dernier est soutenu très activement par son épouse, Bernadette. Pendant ce temps, Jacques Chirac ne rêve plus que d'une chose : la victoire de son fidèle ami Alain Juppé contre Nicolas Sarkozy dans une bataille électorale aux allures de guerre fratricide.

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