3 min de lecture Gilets jaunes

Un an des "gilets jaunes" : pourquoi le mouvement crispe encore Emmanuel Macron

DÉCRYPTAGE - La crise des "gilets jaunes" est-elle derrière Emmanuel Macron ? Les proches du président de la République craignent une accumulation et une convergence des luttes.

Emmanuel Macron face à 600 maires le 15 janvier à Grand Bourgtheroulde (Eure), le jour du lancement du grand débat national.
Emmanuel Macron face à 600 maires le 15 janvier à Grand Bourgtheroulde (Eure), le jour du lancement du grand débat national. Crédit : Ludovic MARIN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Tétanisés. C'est le mot choisi par un proche d'Emmanuel Macron pour décrire l'état d'esprit dans lequel se trouve les conseillers du président de la République. Le spectre du 17 novembre, c'est-à-dire la date anniversaire du mouvement des "gilets jaunes" s'est fait de plus en plus pesant, comme le rapportait dès fin octobre Le Figaro

À mi-mandat, le chef de l'État a donc décidé de mettre en avant le bilan de la première partie de sa présidence. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a rapporté qu'Emmanuel Macron "a souhaité rappeler que ce quinquennat était un quinquennat des promesses tenues". 

"Il est important de le rappeler dans un moment où parfois on peut avoir le sentiment que le doute s'installe (...) sur ce qui a été fait et sur ce qui n'a pas été fait", a-t-elle assuré. Une allusion aux mouvements sociaux dans le monde de l'hôpital, mais aussi aux manifestations des pompiers, des avocats, des infirmiers, des policiers et des cheminots. 

Un changement de méthode de la part de Macron

Il y a un an jour pour jour débutait le mouvement des "gilets jaunes" avec ses premières mobilisations. Cette date marque le début d'une crise sociale inédite qui allait entraîner des semaines de flottement au plus haut niveau de l'État. Un an après, Emmanuel Macron a surmonté la tempête mais de nouvelles bourrasques s'annoncent. La grogne monte dans de nombreux secteurs, comme l'illustrent la mobilisation jeudi 14 novembre pour l'hôpital ou l'approche de la journée contre la réforme des retraites du 5 décembre.

À lire aussi
Tribunal correctionnel (Illustration) faits divers
Loire : le tribunal demande une requalification criminelle contre des "gilets jaunes" incendiaires

Au plus fort de la crise, en décembre, le chef de l'État était de fait apparu sonné par la violence du rejet de sa personne, symbolisé par les "Macron démission" repris en cœur dans les rassemblements ou les huées et insultes de manifestants furieux coursant son convoi lors d'une visite au Puy-en-Velay.

Auparavant, Emmanuel Macron "pensait qu'en étant jupitérien il pouvait imposer ses réformes", souligne le politologue Jean Garrigues. Cette crise "lui a fait comprendre que l'hostilité exprimée par une majorité des Français lui imposait une autre méthode", basée sur "la recherche du dialogue avec les citoyens mais aussi les corps intermédiaires". "La prise en compte du ressenti collectif a été quelque chose de nouveau" chez ce jeune président novice en politique, estime l'expert.

Emmanuel Macron le reconnaît lui-même, dans un entretien à l'hebdomadaire américain Time"D'une certaine façon, les gilets jaunes ont été très bons pour moi (...) parce que cela m'a rappelé comment je devais être".

Un mouvement soutenu par l'opinion publique

François Hollande met en garde le président de la République : "La crise est terminée" sous la forme qu'elle avait prise il y a un an mais "elle ne l'est pas sous ce que j'appelle la colère rentrée, frustrée".

L'ancien président de la République pose ainsi la question de l’essoufflement du mouvement des "gilets jaunes". Un an après, 55% des Français approuvent la mobilisation, mais 63% ne souhaitent pas qu'elle reprenne, selon un sondage Elabe diffusé, mercredi 13 novembre. Si plus d'un Français sur deux soutient ou a de la sympathie pour cette mobilisation (+4 points par rapport à une enquête des 5/6 novembre), 29% (-8) y sont opposés ou hostiles et 15% (+3) indifférents.

Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2017 sont les plus nombreux (72%) à approuver le mouvement des "gilets jaunes". Ceux d'Emmanuel Macron et de François Fillon y sont les plus hostiles, avec seulement 31% de soutien ou d'approbation, selon cette enquête pour BFMTV. Pour 64% des personnes interrogées, le mouvement a permis de "créer du lien social" entre les personnes mobilisées et pour 56% aux citoyens de débattre des politiques publiques.

Inspecteur des réformes

À Epernay, puis Congrès des maires puis à Amiens la semaine prochaine, Macron retourne au contact des Français au moment où les tensions sociales se multiplient, à quatre mois des municipales. Ces déplacements coïncident avec plusieurs mobilisations sociales, dont une grande manifestation pour l'hôpital, jeudi 14 novembre à Paris. 

Et ce week-end, les "gilets jaunes" ambitionnent d'être nombreux sur les ronds-points et à Paris pour le premier anniversaire de leur mouvement. Sans oublier le cri d'alarme des étudiants et la perspective d'une grande grève nationale le 5 décembre à la SNCF et à la RATP.

Le chef de l'État, deux ans et demi pile après son entrée en fonction, demandera au préfet des comptes sur les indicateurs de l'action de l'État - surnommés les "OVQ" ("objet de la vie quotidienne") - censés donner des mesures chiffrées de l'avancement des réformes. Il lui demandera ainsi où en sont les rénovations thermiques des logements, l'ouverture des maisons de santé, le nombre d'apprentis, la scolarisation des enfants handicapés ou les maisons France Services réunissant plusieurs services publics.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Gilets jaunes Emmanuel Macron
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants