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Marine Le Pen et Jordan Bardella à Matignon le 11 mars 2026.
Crédit : Bertrand GUAY / AFP
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À un an de l’élection présidentielle, le Rassemblement national multiplie les gestes en direction des milieux économiques pour renforcer sa crédibilité sur ce terrain. Le 7 avril, Marine Le Pen a ainsi dîné avec plusieurs dirigeants du CAC 40, parmi lesquels Bernard Arnault, patron de LVMH, ainsi que des responsables de TotalEnergies et d’Engie. Ce lundi 20 avril, Jordan Bardella doit, lui, rencontrer le Medef pour la première fois dans un cadre formel, alors que l’organisation patronale reçoit également cette semaine d’autres responsables politiques.
Longtemps, sous la présidence de Laurence Parisot, le Medef s’était refusé à tout échange avec le RN. Cette ligne de fermeté ne fait plus consensus aujourd’hui. Dans une partie du patronat, le cordon sanitaire autour du parti d’extrême droite s’est nettement relâché, et les contacts avec le Rassemblement national sont désormais assumés plus ouvertement.
Je veux crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait massivement pris parti pour le Rassemblement National
Patrick Martin, président du Medef
Pour Patrick Martin, le patron des patrons, il n’est plus possible d’ignorer le Rassemblement national, fort de ses 122 députés à l’Assemblée nationale. "On ne peut pas ne pas prendre en compte le Rassemblement National. Est-ce que ça veut dire que nous avons fait le choix du Rassemblement National ? Je vous affirme que non. Je veux crever cette baudruche selon laquelle le patronat aurait massivement pris parti pour le Rassemblement National", explique-t-il, au micro de RTL.
Le président du Medef mettait en garde il y a deux ans contre un programme "dangereux pour l'économie". Aujourd'hui, il déjeune avec Jordan Bardella. Et pour organiser ses rencontres, le RN vient de recruter François Durvye, ancien directeur financier de la fondation du milliardaire Pierre-Édouard Sterin, un proche de l'extrême droite.
Une rencontre est également prévue entre les cadres du RN et Michel Picon, président de l’Union des entreprises de proximité, pour qui il est difficile de ne pas dialoguer avec le parti actuellement en tête des sondages pour la prochaine présidentielle. Pour les représentants des plus petites entreprises, l’enjeu est de défendre leurs intérêts auprès de l’ensemble des forces politiques, y compris le Rassemblement national. D’autant plus si le parti d’extrême droite venait demain à accéder au pouvoir.
"La dédiabolisation du RN, ce sont les Français qui l'ont fait. Et voilà, si on est républicain et qu'on respecte l'expression populaire, on ne doit pas dire : 'non, moi ça j'en veux pas, les Français vous êtes des abrutis d'avoir fait ça'. Mais qui a le droit de dire ça ?", lance Michel Picon.
Mais le programme économique du RN est encore loin de convaincre totalement les petits patrons. "Je suis encore dans le flou sur leur programme. Quand on regarde leur position au Parlement, c'est plutôt un peu attrape-tout", estime-t-il.
Le président de la Maïf, Pascal Demurger alerte de son côté sur le programme économique "funeste" RN "qui prévoit une explosion des dépenses publiques". Il dénonce également le rapprochement entre certains patrons et le RN comme "une erreur tactique" autant qu'"une illusion politique". "Les chefs d'entreprise pensent faire du RN un parti pro-business comme Meloni, mais ils se trompent", tacle une ancienne ministre.
Les diatribes antisystème de Marine Le Pen semblent désormais bien loin. Aux côtés de Jordan Bardella, la dirigeante du Rassemblement national défend aujourd’hui une ligne économique davantage susceptible de rassurer les milieux patronaux, en défendant une baisse de la fiscalité sur les entreprises et en renonçant à sa volonté de quitter l’Union européenne. Mais pour Jean-Philippe Tanguy, cadre du RN, c’est avant tout le regard du patronat sur le parti d’extrême droite qui a évolué.
"Sincèrement, c'est surtout qu'un certain nombre d'interlocuteurs l'assument davantage et c'est public. Mais c'est tout simple, c'est normal d'échanger autour d'un programme. Tout ça est parfaitement banal finalement et normal en démocratie", assure-t-il.
À un an de la présidentielle, le RN parle donc aux patrons sans oublier sa base électorale populaire : "Il nous manque 8 % des voix, est-ce qu'ils se trouvent dans les milieux économiques, je ne sais pas", concède un très proche de Marine Le Pen.
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