6 min de lecture Cécile Duflot

Robe, Hamou, Baupin, Macron... On a discuté sexisme avec Cécile Duflot

INTERVIEW - L'ancienne ministre a décidé de revenir sur l'affaire de "la robe" qui avait provoqué les sifflements de la part de certains députés à l'Assemblée. Une affaire qu'elle a, à l'époque, voulu "étouffer".

Cécile Duflot, le 1er juin 2017
Cécile Duflot, le 1er juin 2017 Crédit : Tristan Reynaud/SIPA
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

C'est l'histoire d'une robe. Une robe bleue et blanche qui a marqué les esprits dès qu'elle s'est avancée devant le micro de l'Assemblée nationale. Certains l'ont remarquée et l'ont sifflée. Le 17 juillet 2012, la ministre Cécile Duflot s'apprête à prendre la parole devant les députés et se fait siffler. Le motif ? Cette fameuse robe, qu'elle porte. Cinq ans plus tard, elle revient sur cette séquence : "Mon histoire est très simple. Il y avait eu une polémique parce que j'étais venue en jean le jour du premier Conseil des ministres. Donc j'ai décidé de m'acheter des vêtements qui ne poseraient pas de problème. Et j'ai acheté cette robe. Lors des premières questions au gouvernement, je n'ai même pas ouvert la bouche, que je me fais huer".

Cécile Duflot le raconte dans une vidéo postée sur YouTube. Elle fait partie des cinq femmes qui ont décidé de participer à l'initiative qu'elle a elle-même lancée : "L'opération robe". Sur son compte Twitter, elle explique aux internautes qu'ils pourront retrouver "tous les jours à 18 heures, le témoignage d'une femme pour comprendre le sexisme au quotidien". 

La naissance de "l'opération robe"

Au départ, cette robe était vouée à rester un vêtement quelconque. À RTL.fr, Cécile Duflot raconte même qu'elle voulait "étouffer cette histoire". "Je voulais que l'on parle de moi pour mon travail en tant que ministre et non pas pour quelque chose d'aussi sexiste", explique-t-elle. À l'époque, elle confiera seulement à l'antenne de RTL : "Ça fait maintenant des années et des années que j'ai travaillé dans le secteur du bâtiment et de la construction, je n'avais pas vu ça. C'est étrange, ça veut dire quelque chose de certain de ces députés et je pense à leurs femmes notamment". Mais l'histoire ne s'arrête pas là. En novembre 2016, les organisateurs de l'exposition Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale, au musée des Arts décoratifs de Paris, contacte l'ancienne ministre pour exposer sa robe

C'est une fois que Cécile Duflot la récupère, à la fin de l'exposition, que naît l'idée de "L'opération robe". Dounia Wone, sa collaboratrice, décide de porter cette robe et poste le cliché sur Instagram (Voir ci-dessous). "J'ai compris que ce n'était plus ma robe. Elle évoquait beaucoup de choses à beaucoup de femmes. Donc on a lancé cette opération. Le but était de permettre à d'autres femmes de s'exprimer sur le sexisme. On s'est habitué à supporter. À tel point qu'on ne réagit plus. Moi la première. Il faut être plus sourcilleuse", insiste-t-elle.

THE robe #teamduflot #hémicycle #république #france

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"Choquée et sidérée" en voyant la vidéo de Hamou

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Pour Cécile Duflot, lutter efficacement contre le sexisme passe par la parole. "Il faut en parler. Malheureusement sur les questions de moralisation, on n'avance qu'avec des scandales. Le sexisme s'est incrusté dans notre société", dénonce-t-elle, en prenant l'exemple du tennisman Maxime Hamou, qui a embrassé de force la journaliste May Thomas. "J'attendais un rendez-vous, j'étais sur mon téléphone portable et je décide de regarder une vidéo légendée 'trop drôle'. Et là... j'ai été scandalisée par ce que j'ai vu. Cette scène est surréaliste. Il essaye de l'étrangler. J'étais choquée et sidérée en la voyant et c'est pour ça que j'ai fait une série de tweets pour dénoncer son comportement. J'ai reçu d'ailleurs beaucoup de messages d'hommes qui m'écrivaient pour me remercier de leur avoir ouvert les yeux sur cette situation. Il faut que cela cesse, ajoute l'ancienne ministre. On peut y arriver avec l'aide des hommes. Les hommes doivent devenir des alliés".

Que répond-elle à ceux qui ont critiqué sa démarche ? "Inversez les choses. Pour savoir si c'est normal, inversez les choses. Est-ce que l'on image une tenniswoman faire ça avec un journaliste ? Pas une seule seconde. Ce n'est donc pas normal". Cécile Duflot a préparé une batterie de propositions pour lutter contre le sexisme au quotidien. "Il est important de sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge. Il faut mettre au clair des principes dans un apprentissage apaisé car c'est la période où l'on se construit. Il faut aussi rendre obligatoire le congé parental pour les hommes, égraine la candidate battue aux élections législatives dans la 6ème circonscription de Paris (14,69%). Il est aussi nécessaire d'améliorer le partage de l'espace public. La lutte contre le harcèlement passe aussi par le lancement d'un grand plan national à destination de tous les établissements publics, les administrations et aussi les collectivités territoriales".

J'étais anesthésiée

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Au fil de la conversation, Cécile Duflot revient elle-même sur l'affaire Baupin. Le 9 mai 2016, "huit femmes accusent le député Denis Baupin de harcèlement et d'agressions sexuelles. Il démissionne immédiatement de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale mais dément les accusations", rappelle Franceinfo. Le lendemain, la justice se saisira de l'enquête. En mars dernier, "la décision tombe, il n'y aura pas de procès Baupin. L'affaire est classée sans suite", explique le site. "Je savais mais je n'ai rien caché. J'étais anesthésiée", partage sans détour Cécile Duflot. 

Pour "lever toute ambiguïté sur le fait que les accusations sont avérées ou pas", le député avait annoncé son intention de déposer "quatre plaintes pour dénonciation calomnieuse" contre ses accusatrices. À RTL.fr, Anne Laher, élue écologiste et une des quatre personnes à avoir accepté de porter plainte à visage découvert, confiait : "Je trouve qu'il est dans le déni, c'est un jusqu'au-boutiste. C'est idiot. Je trouve ça dommage". Pour Sandrine Rousseau, secrétaire adjointe d'EELV et accusatrice, "il est dans une forme de déni, de violence, comme toute sa vie politique". 

Emmanuel Macron "surjoue la virilité"

Sur la volonté non aboutie d'Emmanuel Macron de créer un ministère consacré aux Droits des femmes, Cécile Duflot avoue ne pas être emballée par le rétropédalage menant à l'instauration d'un secrétariat d'État. "Les secrétaires d'État ne siègent même pas au Conseil des ministres, rappelle-t-elle en haussant les épaules. Emmanuel Macron surjoue la virilité. On le voit avec sa poignée de mains surcommentée avec Donald Trump". Cécile Duflot a une "inquiétude" concernant Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, "c'est qu'elle fasse de la communication. À l'époque Najat Vallaud-Belkacem était devenue une référence (elle a été ministre des Droits des femmes du 2 avril au 25 août 2014, ndlr)", assure-t-elle. Pourquoi ? "Parce qu'elle avait un ministère plein qui était consacré à cela, c'était devenu sa compétence et son domaine d'expertise", nous répond-elle. 

Je refuse de rester dans mon petit confort

Cécile Duflot
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Concernant les élections législatives, c'est avec un certain désarroi et une attitude blasée que Cécile Duflot enchaîne sur la répartition des candidats La République En MarcheLes Républicains, le Front national, le Parti socialiste et la France insoumise dans les circonscriptions à Paris. "Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise... C'est typique. Les partis envoient des hommes en tant que candidats dans les meilleures circonscriptions". Elle fait ainsi référence à une enquête du Monde qui explique que "sans surprise, le constat d’ensemble, tous mouvements confondus, est éclairant : les femmes sont systématiquement plus nombreuses là où leur candidature est vouée à l’échec ou presque. À l’inverse, elles sont beaucoup moins représentées là où leurs formations politiques ont obtenu les meilleurs résultats. Difficile, donc, d’imaginer que les législatives des 11 et 18 juin aboutissent à une Assemblée nationale paritaire". Et elle dans tout ça ? "Je ne lâcherai pas cette histoire de lutte contre le sexisme au quotidien et je refuse de rester dans le petit confort que j'ai obtenu grâce aux combats d'autres femmes. Il y a une tolérance vis-à-vis de cela qui s'est installée dans la société. Il faut qu'une solidarité se crée entre les femmes et il faut continuer d'en parler, prêche avec fermeté Cécile Duflot. Quant à moi ? Mon rôle est de transformer le constat fait par des associations ou par la société en politique publique".

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