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Référendum en Nouvelle-Calédonie : 5 questions sur le vote de dimanche

ÉCLAIRAGE - 180.640 électeurs devront dire dimanche 4 octobre s'ils veulent que la Nouvelle-Calédonie reste française ou accède à l'indépendance.

Les couleurs indépendantistes flottent sur la ville de Koné, en Nouvelle-Calédonie.
Les couleurs indépendantistes flottent sur la ville de Koné, en Nouvelle-Calédonie. Crédit : Theo Rouby / AFP
Félix Roudaut
Félix Roudaut
et AFP

La Nouvelle-Calédonie retient son souffle : les électeurs sont appelés aux urnes dimanche 4 octobre 2020 pour signifier leur volonté, ou non, de voir l'archipel rester français. Un premier scrutin a déjà eu lieu le 4 novembre 2018 et avait été remporté par les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France avec 56,7% des suffrages. Un troisième référendum est encore possible d'ici 2022 dans le cadre du processus de décolonisation de l'accord de Nouméa (1998).

En l'absence de sondage, le résultat du vote est difficile à appréhender, mais pour chacun des camps l'enjeu est de gagner du terrain pour peser sur la définition de l'avenir "post-accord de Nouméa" de l'archipel. Aujourd'hui, la Nouvelle-Calédonie, dotée d'un exécutif collégial, est très largement autonome et les principales compétences restant à l'État sont d'ordre régalien (justice, défense, ordre public, monnaie).

1 - Pourquoi un référendum se tient-il ?

Tous les Néo-Calédoniens ont en mémoire les tensions des années 80 dans cet archipel du Pacifique sud, français depuis 1853, avec le boycott en 1984 des élections territoriales par les indépendantistes du FLNKS et surtout la prise d'otage et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988, au cours desquels 19 militants kanaks et six militaires français ont été tués. Moins de deux mois après, le 26 juin 1988, les accords tripartites dits "de Matignon" sont conclus non sans mal entre Jean-Marie Tjibaou pour le FLNKS, Jacques Lafleur pour le RPCR (anti-indépendantiste) et le Premier ministre socialiste Michel Rocard.

Ces accords, ratifiés par les Français lors d'un référendum le 6 novembre 1988, créent trois provinces (Nord, Sud, Iles Loyauté) et prévoient l'organisation d'un scrutin d'autodétermination en Nouvelle-Calédonie dans les dix ans. Mais le 4 mai 1989, Jean-Marie Tjibaou est tué par balle par le kanak indépendantiste Djubelly Wéa, qui ne lui a pas pardonné d'avoir signé ces accords. Wéa tire également sur Yeiwéné Yeiwéné, autre figure du FLNKS, avant d'être lui-même abattu par le garde du corps des deux victimes.

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Dix ans plus tard, le 5 mai 1998, la signature de l'accord de Nouméa, sous l'égide du Premier ministre Lionel Jospin, lui aussi socialiste, instaure en Nouvelle-Calédonie un processus de décolonisation sur vingt ans. Ce texte fondateur, conclu entre l'État, les anti-indépendantistes et les indépendantistes kanaks, puis ratifié à 72% par les Calédoniens lors d'un référendum, organise l'émancipation par étape de l'archipel. Un référendum d'autodétermination est prévu entre 2014 et 2018 au plus tard, avec la possibilité d'organiser deux nouvelles consultations, dont celle du 4 octobre 2020..

2 - Qui pourra se rendre aux urnes ?

Il existe actuellement trois listes électorales en Nouvelle-Calédonie : la liste générale (LEG) - qui permet de voter aux municipales, législatives et à la présidentielle -, la liste électorale spéciale provinciale (LESP) - qui donne droit de participer aux élections provinciales - et la liste électorale spéciale pour la consultation (LESC) - qui permet de voter au référendum du 4 octobre. Cette dernière liste comprend 180.640 électeurs. Ce sont donc eux qui devront dire s'ils veulent que la Nouvelle-Calédonie reste française ou accède à l'indépendance. 

Il est possible de voter par procuration, mais cette procédure est bien plus encadrée que pour les autres élections, comme l'expliquait Le Figaro en 2018. Chaque électeur qui ne peut se rendre dans un bureau de vote est obligé de fournir un justificatif aux autorités. Obligations professionnelles ou de formation, situation de handicap, raison de santé, absence de l’archipel... Seuls quelques motifs sont valables.

3 - À quelle question les électeurs devront-ils répondre ?

Le corps électoral devra répondre à une question simple dimanche : "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?" C'est l'ancien Premier ministre Édouard Philippe qui avait proposé cette formulation en mars 2018. Celle-ci avait été adoptée lors d'une réunion du comité des signataires de l'accord de Nouméa. Les réponses à cette question sont tout aussi simple : "oui" ou "non".

4 - Que se passera-t-il en cas de victoire du "oui" ?

En cas de victoire du "oui", la Nouvelle-Calédonie passera à la "pleine souveraineté", comme le stipule l'accord de Nouméa. Le "Caillou" devra ensuite bâtir un nouvel État indépendant et façonner une nouvelle relation avec l'Hexagone.

5 - Que se passera-t-il en cas de victoire du "non" ?

Si le "non" l'emporte, un troisième référendum est encore possible d'ici 2022. De nombreuses personnalités politiques ont appelé les électeurs à se mobiliser pour le "non", à commencer par Marine Le Pen. "Que le 'non' l'emporte de nouveau et vous conforterez une fois de plus, et comme vous l'avez fait dans tous les scrutins depuis 1958, l'appartenance de la Nouvelle-Calédonie dans la France. Que le 'oui' l'emporte, et votre territoire quittera à brève échéance notre patrie pour accéder à une indépendance pleine d'incertitudes et lourde de dangers et de déchirements", a déclaré la présidente du Rassemblement national (RN). L'UDI et Les Républicains ont également appelé les Calédoniens à voter "non".

Quel que soit le résultat, Jean Castex a indiqué qu'il réunirait "les acteurs politiques calédoniens au lendemain" de la consultation. "J'espère pouvoir le faire à Paris, mais je ne vous cache pas que les conditions sanitaires nous inviterons peut-être à faire évoluer des habitudes vieilles de 30 ans. Mais l'engagement de dialogue incarnés par la République sera maintenu", a assuré le Premier ministre. Le locataire de Matignon a en outre rappelé que "le président de la République s'exprimera après la consultation de dimanche".

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