3 min de lecture Nouvelle-Calédonie

Nouvelle-Calédonie : que s'est-il passé dans la grotte d'Ouvéa ?

Il y a 30 ans, l'île néo-calédonienne a été le théâtre de violences extrêmes entre indépendantistes kanaks et forces de l'ordre. 25 personnes y ont trouvé la mort.

Un groupe de kanaks indépendantistes montant la garde, le 27 avril 1988
Un groupe de kanaks indépendantistes montant la garde, le 27 avril 1988 Crédit : REMY MOYEN / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet
et AFP

À Ouvéa, la plaie est encore béante. Emmanuel Macron a pourtant pris le risque de se rendre sur cette petite île néo-calédonienne. Il sera d'ailleurs le premier président de la République à revenir sur les lieux de la sanglante prise d'otages de 1988. Avant son voyage, "le président de la République a rencontré toutes les forces politiques calédoniennes à huis clos pour les écouter. L'ensemble des contacts y compris sur place nous disent que les conditions sont réunies pour que le déplacement ait lieu" a assuré l'Élysée. 

L'objectif de la venue d'Emmanuel Macron est simple : conclure un "long processus de rapprochement", engagé bien des années après la tragédie d'Ouvéa, où 4 gendarmes, 2 militaires et 19 kanaks indépendantistes avaient été tués. Dans les années 1980, cette île a en effet été le théâtre paroxystique des violences entre indépendantistes kanak et loyalistes caldoches (la population blanche essentiellement d'origine européenne installée en Nouvelle-Calédonie, ndlr). 

27 gendarmes pris en otage

Si des tensions règnent sur toute la Nouvelle-Calédonie à partir de 1984, l'élément déclencheur a lieu le 22 avril 1988, lorsque des indépendantistes attaquent la gendarmerie de Fayaoué, chef lieu de la commune d'Ouvéa. Ils tuent alors quatre gendarmes et en prennent 27 autres en otage.
À l'annonce l'événement tragique, le ministre des DOM-TOM de l'époque Bernard Pons est envoyé à Nouméa et dépêche sur place des renforts de gendarmerie et des unités d'élite, qui procèdent à des interrogatoires musclés dans les tribus pour savoir où ont été emmenés les otages. 12 gendarmes sont alors rapidement relâchés tandis que le 27 avril, le chef du GIGN Philippe Legorjus mais aussi 6 militaires et un magistrat se retrouvent prisonniers dans la grotte de Gossanah, au nord d'Ouvéa.

Un lourd bilan très commenté

La métropole réagit le 5 mai 1988, soit à trois jours du second tour de l'élection présidentielle. Et pas de n'importe quelle manière : l'opération militaire "Victor" est lancée. Si elle permet la libération des otages, sains et saufs, elle se termine en bain de sang : deux militaires et 19 kanaks sont tués, certains exécutés d'une balle dans la tête.

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Le bilan de l'opération n'est pas analysé de la même façon par les deux candidats à la présidence de la République : quand François Mitterrand déplore un "bilan douloureux", Jacques Chirac adresse ses "chaleureuses félicitations" à l'armée. Beaucoup estiment que cette déclaration et le drame d'Ouvéa a contribué à la défaite du Premier ministre de l'époque.

Les accords de Matignon signés, la paix retrouvée ?

De l'autre côté du globe et pour mettre fin aux affrontements, le leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou et son rival loyaliste Jacques Lafleur se réconcilient moins de deux mois après le drame. Le 26 juin, les accords de Matignon sont ainsi signés, sous l'égide du nouveau Premier ministre, le socialiste Michel Rocard.

Mais cet "accord de paix" ne signe finalement pas la fin des violences. Un an plus tard Jean-Marie Tjibaou est assassiné, en représailles. Le dirigeant kanak de l'île d'Ouvéa et son lieutenant Yeiwéné Yeiwéné sont également tués, par l'indépendantiste ultra Djubelly Wéa. Ces nouveaux événements tragiques font se replier sur eux-mêmes les habitants de la petite île, qui commenceront à se reconstruire par un "travail de réconciliation".

Emmanuel Macron va rendre hommage aux victimes

En 2004, une coutume kanak de réconciliation et de pardon entre les familles Tjibaou, Yeiwéné et Wéa contribue à ramener la paix sur le territoire. Aujourd'hui, 30 ans après, Emmanuel Macron va rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie au cours de ces événements. Il effectuera à Ouvéa "trois gestes de mémoire et de recueillement".

En premier lieu il participera à une cérémonie devant la stèle commémorative de la gendarmerie de Fayaoué, avant de se recueillir à Wadrilla où Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné ont été tués. Enfin, il se rendra devant le monument dédié aux victimes de l'assaut de la grotte de Gossanah.

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