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Présidentielle : Lionel Jospin raconte le moment où il a décidé d'être candidat

LE JOUR OÙ J'AI DIT OUI - La décision de Jacques Delors de ne pas être candidat en 1995 a projeté Lionel Jospin dans la course à l'Élysée. Retour sur cette décision qui a changé son parcours politique.

Lionel Jospin
Lionel Jospin
Crédit : Marie-Bénédicte Allaire
Lionel Jospin revient sur sa candidature en 1995
05:09
Marie-Bénédicte Allaire - édité par Marie-Pierre Haddad

À neuf mois de la présidentielle 2022, RTL vous propose tous les mercredis de l'été des rencontres et des confidences d'anciens candidats à l'Élysée. Comment ont-ils franchi cette étape, cette déclaration de candidature décisive dans le lancement d'une campagne. Premières confessions : celles de Lionel Jospin, deux fois candidat en 1995 et en 2002. L'ancien premier ministre socialiste parle rarement de lui, mais il a ouvert sa porte à RTL.

Pour Lionel Jospin, tout commence ce 11 décembre 1994, devant la télévision. Ce soir-là, le socialiste Jacques Delors, le favori des sondages, est l'invité très attendu de 7 sur 7, l'émission d'Anne Sinclair sur TF1. "J'ai décidé de ne pas être candidat à la présidence de la République", annonce-t-il.

27 ans après, dans sa jolie petite maison d'Ars en Ré, Lionel Jospin se souvient : "Nous n'abordons que timidement la suite, nous sommes dans la surprise", nous confie-t-il. Contrairement à d'autres, il n'a pas fait de l'Élysée son but ultime.

À ce moment-là, je me dis qu’une porte s’ouvre. Mais pour qui ? Je ne le savais pas encore

Lionel Jospin

"Non, jamais je n’avais affirmé cette prétention. Car je considérais que pour un tel rendez-vous avec le peuple, il fallait être en situation. Je m’apprêtais à faire campagne, comme d’autres, pour Jacques Delors", explique-t-il. 

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À l'époque, l'ancien premier secrétaire du parti est une "planète isolée" de la constellation socialiste, comme l'écrit le journal Libération. Il ne fait plus partie de la direction du PS et pourtant, ce dimanche de décembre, une petite mécanique intérieure s'enclenche. "À ce moment-là, je me dis qu’une porte s’ouvre. Mais pour qui ? Je ne le savais pas encore", se souvient Lionel Jospin.

Les socialistes ne se bousculent pas pour reprendre le flambeau mais de grands noms du parti, comme Pierre Mauroy ou Michel Rocard, pressent Lionel Jospin de se porter candidat. "Les choses ensuite mûrissent. Je dois d’abord vaincre des hésitations", raconte-t-il.

Le repas décisif du 31 décembre

En effet, deux ans plus tôt, il a été battu aux législatives en Haute-Garonne. La présidentielle, c'est encore une autre affaire... "Il ne peut pas s’agir pour les socialistes d’une candidature de témoignage. Il s’agit vraiment d’aller, sinon pour gagner, parce que c’est très difficile en 1995, mais au moins pour faire un très bon résultat", explique l'ancien premier ministre.

D'un autre côté, c'est lui que François Mitterrand a choisi comme successeur à la tête du PS. Mitterrandiste, mais pas "mitterandolâtre", il a éprouvé l'exercice de l'État comme ministre de l'Éducation et il a contribué au rapprochement de la gauche et des écologistes. Alors, peu à peu, ses hésitations s'estompent. 

"Le 31 décembre, je ne suis pas loin de Paris, chez des amis pour le réveillon, deux couples, avec Sylviane, ma femme. L'un est un imprimeur, un ancien résistant plutôt gaulliste de tradition et ne s'occupe pas vraiment de politique. L'autre est un ami de sensibilité de gauche, mais pas encarté. On va se promener dans la campagne et je leur dis : 'Voilà, je m’apprête à prendre une décision, je voudrais avoir votre sentiment', raconte Lionel Jospin. Et leur réaction plutôt positive, le fait qu’ils trouvent que ça fait sens, me parle parce que c’est quatre personnes, deux couples, que j’estime".

L'élan de la campagne de 1995

Les encouragements de ses amis le confortent. Il faut maintenant se lancer hors du cercle des intimes. Lionel Jospin va voir Henri Emmanuelli. Le premier secrétaire du PS a bien l'intention d'être candidat, lui aussi. Le voici face à un compétiteur. "Je lui ai annoncé bien sûr ma décision. Je ne vais pas lui faire la surprise, il est le premier dirigeant du PS.Il me demande d’attendre. Je lui dis non, ma décision est prise, je viens parler devant le bureau exécutif. Et je dis qu’à mes yeux, seuls les adhérents du Parti socialiste pourront trancher", se souvient-il.

Lionel Jospin et Henri Emmanuelli, chacun de son côté, annoncent leur décision aux militants par une simple lettre. Le premier secrétaire part favori. Les militants tranchent : ils choisissent Lionel Jospin par 65% des voix. Un formidable élan qui portera toute sa campagne de 1995. 

Rien à voir avec sa seconde candidature, celle de 2002 prélude à une campagne maudite, mais celle-ci, Lionel Jospin ne veut plus l'évoquer : "En 2002 bien sûr, les choses ne se sont pas présentées de la même manière, parce que c’était un peu dans la logique que je sois candidat à l’élection présidentielle, après ces cinq ans de gouvernement. Simplement pour qu’on puisse gagner, il aurait fallu que la majorité plurielle reste ensemble, ce qui n’a pas été le cas, regrette-t-il. Ce qui veut dire que les candidatures devant lesquelles on hésite peuvent être finalement plus fécondes que les candidatures qui paraissent s’imposer d’elles-mêmes. Mais ça, c’est la vie". 

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