8 min de lecture Présidentielle 2017

Présidentielle 2017 : Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou... Pourquoi ils sont encore candidats

INTERVIEWS - Six candidats déjà déclarés pour 2017 étaient déjà présents en 2012 et semblent prêts à rejouer le match.

Ces candidats à la présidentielle en 2012 retentent leur chance en 2017
Ces candidats à la présidentielle en 2012 retentent leur chance en 2017 Crédit : AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

L'élection présidentielle 2017 sera-t-elle un simple "remake", un match retour, du scrutin de 2012 ? Si François Hollande et Nicolas Sarkozy, les deux personnalités qualifiées pour le second tour il y a quatre ans, ne se sont pas encore officiellement lancés dans la course à l'Élysée, six candidats ont déjà annoncé qu'ils repartaient, cinq ans après leur dernière tentative. Les Français se montrent pourtant particulièrement sévères à l'égard d'une classe politique qui ne changerait pas assez. Selon un sondage Odoxa publié le 1er janvier 2016, 88% des Français estiment que notre monde politique souffre d'un manque de renouvellement de son personnel. 

Porter une candidature à l'élection suprême, Nathalie Arthaud, Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou, Jacques Cheminade, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen l'ont déjà fait. Pourquoi réitèrent-t-ils l'expérience ? Avec quelles ambitions, alors que les Français se détournent de la politique des partis ? RTL.fr a interrogé ces candidats à la recherche de leurs 500 parrainages sur cette question, à un peu plus d'un an du scrutin.

Nathalie Arthaud, "la révoltée"

Elle a pris la suite d'Arlette Laguiller, ses six candidatures à la présidentielle et son célèbre "Travailleuses, travailleurs". Nathalie Arthaud, "révoltée" qui ne "peut s'empêcher de l'être", représentera pour la deuxième fois les couleurs de Lutte ouvrière. Pour celle qui a recueilli 0,56% des voix en 2012, "être là en 2017 est une évidence (...) ce n'est pas un rêve d'enfant." À Lutte ouvrière, le choix du candidat est un aspect secondaire. "Je milite pour que les travailleurs en tant que force politique soient représentés. Ça dépasse ma candidature. Je ne suis pas mise sur un piédestal et je ne vise pas une carrière politique. Sinon, je ne serais pas à Lutte ouvrière." 

Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière aux régionales 2015 en Île-de-France
Nathalie Arthaud, candidate Lutte Ouvrière aux régionales 2015 en Île-de-France Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP
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Entre les deux présidentielles, cette enseignante en économie-gestion dans un lycée d'Aubervillers (Seine-Saint-Denis) a poursuivi son activité. Elle confie que la présidentielle est "une tâche militante pendant laquelle la pression est importante". Elle ajoute : "Je suis fière de mener ce combat politique. D'autant que Lutte ouvrière est présent à chaque élection depuis 1974." 

En interne, faire percer un autre visage, faire entendre une autre voix du mouvement d'extrême gauche en 2017 n'a pas été envisagé. "Mes camarades considèrent que je remplis mon rôle de porte-parole. Un rôle qui m'a donné une expérience. Puis nous ne pouvons pas changer comme ça de porte-parole au vu de notre couverture médiatique. Il faut que cela soit facile de repérer notre mouvement. Beaucoup d'électeurs ne nous connaissent pas", reconnaît celle qui se considère comme "une nouveauté de la vie politique parce que (sa) voix est rare."

Philippe Poutou veut "résister à la logique de superstar"

Les Français l'ont découvert pendant la campagne présidentielle de 2012. Avant d'être un candidat, Philippe Poutou est ouvrier et militant syndical. Lui aussi a pris la suite d'une institution au sein de son mouvement : Olivier Besancenot. Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) n'a pas de mal à le reconnaître, une autre personnalité aurait pu prendre sa place en 2017. "Je ne suis pas plus compétent qu'un autre. Mais les médias invitent toujours les mêmes. Chez nous, c'est Olivier (Besancenot, ndlr) ou personne. Si on n'est pas connu, on ne passe pas. Si j'y retourne, c'est pour se simplifier la vie. Sinon, on aurait changé." 

Philippe Poutou (NPA) ancien candidat à la présidentielle de 2012.
Philippe Poutou (NPA) ancien candidat à la présidentielle de 2012. Crédit : FRED TANNEAU/AFP

Pour ce scrutin, Philippe Poutou ne sera pas le seul à prendre la parole dans les médias. "Nous allons essayer de montrer un visage collectif. Quatre personnalités se répartiront sur les plateaux. On va essayer de résister à la logique de la superstar." Le candidat, qui avait recueilli 1,15% des voix en 2012, n'a pas vocation à devenir président de la République. "Il y a un côté inquiétant dans le fait d'aspirer à devenir président. C'est un travers psychologique dramatique. Il y en a marre de ceux qui se prennent pour Zorro et qui croient avoir la solution", conclut celui pour qui Nuit debout est "un point d'appui dans ce rendez-vous important pour lutter contre le présidentialisme." 

Jacques Cheminade, un "Bernie Sanders" à la française ?

Il part à la conquête des 500 parrainages pour la septième fois de son existence. Après avoir réussi à les obtenir en 1995 et en 2012, Jacques Cheminade prétend y parvenir une nouvelle fois. En 2017, il représentera les couleurs de Solidarité et Progrès. C'est la première fois que l'homme de 75 ans part aussi tôt dans la bataille. "La dynamique de la campagne m'intéresse. Cette fois, on est plus sûrs que jamais d'avoir nos 500 signatures", raconte-t-il sans toutefois préciser où il en est dans sa recherche. 

Jacques Cheminade
Jacques Cheminade Crédit : BERTRAND LANGLOIS / AFP

L'homme de 75 ans, référencé "candidat de l'espace" dans l'esprit collectif depuis 2012, ne croit pas présenter la candidature de trop. "Il y a un effet Bernie Sanders" dans ma candidature. "Il a mon âge et, comme moi, il est entouré de jeunes", analyse-t-il dans le local de son parti, qui compte à ce jour 2.000 abonnés au journal et 100.000 connexions au site internet. "Je reviens plus que jamais disposé à contester le système mis en place il y a une trentaine d'années. On assiste à une crise de civilisation", estime-t-il.
N'y avait-il pas une alternative à sa candidature au sein de ce mouvement ? Se représenter ou non est, selon lui, "une question majeure". Il s'explique : "J'y retourne parce que j'ai une expérience personnelle et reçu de nombreux coups. On a tout dit sur moi : que j'étais du KGB, de la CIA ou encore antisémite. Je suis plus blindé, je vis ces attaques avec moins d'émotion et de passion et je réponds par du dédain. Je suis plus armé". Le candidat qualifie la présidentielle de "lessiveuse". Il avait obtenu 0,25% des voix en 2012.

Jean-Luc Mélenchon plus fort que François Hollande ?

Contrairement aux cinq autres candidats, Jean-Luc Mélenchon n'est pas encore officiellement candidat. "Il a proposé sa candidature via une plateforme sur Internet, rappelle son directeur de campagne, Manuel Bompard, qui a répondu aux questions de RTL.fr. Sa candidature suscite un enthousiasme : 100.000 personnes ont déjà appuyé sa démarche(95.455 exactement, ndlr). C'est une opportunité historique de changer les choses."

Pour l'homme de confiance du quatrième candidat de 2012 (11,1%), la candidature de Jean-Luc Mélenchon est on ne peut plus légitime. "Il a montré qu'il était toujours là pour résister. Il incarne une figure de la résistance et de l'insoumission (d'où le nom de son blog, "La France insoumise")." Sur la question du renouvellement que les Français appellent de leurs vœux, Manuel Bompard a son analyse : "Bien sûr qu'il en faut. Mais ce qui est important, c'est la teneur des idées. Celles de Jean-Luc Mélenchon sont nouvelles, elles incarnent un enthousiasme et un optimisme."

Jean-Luc Mélenchon sur le perron de l'Élysée, le 1er février 2016
Jean-Luc Mélenchon sur le perron de l'Élysée, le 1er février 2016 Crédit : AFP / Alain Jocard

S'il devient candidat officiel, Jean-Luc Mélenchon ne représentera pas seulement les couleurs du Front de gauche, comme en 2012. "Il est pour l'heure hors du cadre des partis. Il est prêt à être soutenu par un certain nombre de partis. Il pourrait très bien représenter un espace politique plus large", termine son directeur de campagne. L'ancien ministre de Lionel Jospin est pour l'heure soutenu par le Parti de gauche et la Nouvelle gauche socialiste, "qui soutenait François Hollande en 2012", note Manuel Bompard. Une passation de pouvoir à gauche qui se vérifie aussi dans l'enquête d'intentions de vote TNS Sofres-OnePoint réalisée pour RTL le 17 avril. Jean-Luc Mélenchon talonne désormais le président de la République (12% contre 13%).

Nicolas Dupont-Aignan "enfin à la table des débats" ?

"Une élection présidentielle n'a jamais été aussi ouverte". Pour 2017, Nicolas Dupont-Aignan est ambitieux. Le candidat du parti gaulliste Debout la France s'imagine même au second tour de cette élection "passionnante" et "dramatique". "En 2012, j'étais un nouveau candidat inconnu des Français. Avec Debout la France, on a mis très peu de temps à se faire connaître. On est désormais le sixième parti de France (13.000 adhérents en 2013, 827.390 suffrages recueillis au premier tour et une moyenne nationale oscillant entre 2 et 6% aux élections régionales, ndlr). On va enfin être à la table des débats", explique celui qui propose "un discours de rupture sans les excès du Front national."

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan repart à l'abordage de la présidentielle
Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan repart à l'abordage de la présidentielle Crédit : SIPA

Pour le député-maire d'Yerres (Essonne), sa présence à la présidentielle ne faisait aucun doute. "Une candidature à l'élection présidentielle est une candidature d'un homme, d'un chef, ce n'est pas une candidature des partis. C'est pour cette raison que la primaire est un dévoiement de la présidentielle", estime celui dont la politique s'inspire du général de Gaulle. Pour celui qui avait récolté 1,78% des suffrages en 2012, "l'élection présidentielle est un défi immense. La seule question que je me pose, c'est : 'Est-ce que je suis capable de réveiller la France ?'"

Marine Le Pen, "la candidate de la vérité"

Marine Le Pen, qui n'a pas souhaité répondre à nos questions, a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle le 8 février dans le 20 Heures de TF1. "Je serai candidate parce que la vie politique française a besoin de vérité, la vie politique française a besoin de courage. Elle a besoin de gens qui croient en ce qu'ils défendent. Je ne vois pas beaucoup de responsables politiques qui sont dans ce cas. Je suis la candidate de la vérité même si elle est difficile à dire, même si elle est difficile à entendre."

Marine Le Pen à Nîmes, le 2 décembre 2015
Marine Le Pen à Nîmes, le 2 décembre 2015

La présidente du Front national était arrivée à la troisième place, derrière François Hollande et Nicolas Sarkozy, au premier tour en 2012. Elle avait recueilli 18,3% des suffrages, le plus haut score du Front national à une élection présidentielle. Hors de question de s'arrêter là pour celle qui a d'abord dédiabolisé l'image de son parti avant de partir à la conquête de collectivités et de former des élus de terrain. Forte des succès du FN aux élections municipales et européennes en 2014, Marine Le Pen souhaite accéder à l'échelon supérieur et permettre ainsi au Front national de ne plus seulement être réduit à un parti de premier tour, comme cela a été le cas après les élections départementales et régionales en 2015.

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2016-04-18 08:10:00
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