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Pourquoi Sarah El Haïry demande une inspection de la Fédération des centres sociaux

ÉCLAIRAGE - L'association avait organisé le 22 octobre une rencontre à Poitiers entre 130 jeunes et la secrétaire d'Etat à la jeunesse. Un événement mouvementé qui n'a visiblement pas plu à Sarah El Haïry : celle-ci a diligenté une inspection de la structure.

Sarah EL HAIRY, secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'Engagement (MoDem, ex-UMP). Élue à Nantes depuis 2020 et députée depuis 2017, Sarah El Haïry a travaillé dans l'économie sociale et solidaire.
Sarah EL HAIRY, secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'Engagement (MoDem, ex-UMP). Élue à Nantes depuis 2020 et députée depuis 2017, Sarah El Haïry a travaillé dans l'économie sociale et solidaire.
Crédit : Thomas Samson / AFP
Marie Zafimehy

"Il y a eu une réelle incompréhension entre la ministre, les jeunes et nous." Dans un communiqué publié jeudi 12 novembre, la Fédération des centres sociaux et sociaux culturels de France (FCSF) est revenue sur une rencontre organisée par ses soins entre la secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à l'Engagement Sarah El Haïry et 130 jeunes âgés de 15 à 20 ans à la fin du mois d'octobre. Un événement dédié au sujet des religions dont le déroulé a déplu à la ministre : celle-ci a décidé de diligenter une inspection de l'association.

"Dialogue de sourd", "rendez-vous manqué" : le contenu de cette rencontre organisée à Poitiers a été relaté par l'hebdomadaire La Vie dans un long article publié le 30 octobre. Ce dernier fait état de l'incompréhension entre les adolescents et la secrétaire d'État à la Jeunesse. Les premiers sont décrits comme ayant à cœur de partager leurs vécus concernant la religion et le vivre-ensemble, face à la seconde qui semble perplexe à l'évocation du racisme et des discriminations.

Dans un entretien au Point publié ce vendredi, Sarah El Haïry a tenu à revenir sur cette matinée de discussion et à clarifier son point de vue. "Je ne considère pas cet échange comme vain, au contraire. Il est saisissant et il nous engage d'autant plus. Les jeunes, ce sont les adultes de demain et ne pas affronter la réalité, éviter ce genre de débats, serait une faute grave", confie la secrétaire d'État à l'hebdomadaire.

Que s'est-il passé lors des échanges ?

Comme l'explique la Fédération nationale des centres sociaux dans son communiqué, elle organise chaque année avec son Réseau Jeune qui comprend 45 centres sociaux, des discussions autour d'un sujet que les participants choisissent eux-mêmes des mois avant : cette année, ce fût "les religions". La rencontre avec Sarah El Haïry clôturait ainsi plusieurs jours de discussions ayant abordé cette thématique, et devait être consacrée à la restitution des débats. Un programme fluide sur le papier, mais loin d'être évident en réalité. "Le dialogue a été très difficile", reconnaît l'association.


Les élèves ont par exemple exprimé le besoin d'avoir des cours sur le fait religieux à l'école - une de leurs propositions pour lutter contre l'intolérance. "Les religions n’ont pas leur place à l’école, un point c’est tout, leur a répondu fermement Sarah El Haïry selon les propos rapportés par La Vie. Vous êtes des mineurs, la laïcité est là pour vous protéger !" 

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De la même manière, La Vie raconte un passage sur les violences policières. Alors qu'un élève aborde les contrôles au faciès, en précisant qu'il part d'expériences vécues, Sarah El Haïry s'empare du micro pour prendre la défense des forces de l'ordre. "Il faut aimer la police, car elle est là pour nous protéger au quotidien. Elle ne peut pas être raciste, car elle est républicaine !" s'exclame-t-elle. "Malaise dans la salle", décrit l'hebdomadaire.

La Marseillaise de la discorde

Une atmosphère pesante que reconnaît Sarah El Haïry dans son entretien au Point. "Il y a des silences, je vois les visages de chacun et je sens le monde adulte absent, comme abasourdi, relate-t-elle. Je conclus en disant qu'il est important de respecter le pacte républicain." C'est là qu'elle lance une Marseillaise... très peu suivie. Une partie de la scène a été filmée par France 3 Poitou-Charentes dont les caméras étaient également présentes lors de la rencontre. "Les jeunes ont rapidement pris le micro pour dire leur incompréhension face à cette initiative", relaie le média sur son site internet. 

"Ils ont complètement analysé qu’elle utilisait La Marseillaise pour clore le débat, explique Tarik Touahria, président de la FCSF, au magazine Politis. C’est une façon de claquer la porte à ces jeunes, de casser un processus où les jeunes ont envie de débattre, de comprendre, de faire société et la ministre aurait pu débattre avec eux, expliquer…" Une position que Sarah El Haïry dit avoir adoptée. "Mon devoir, ce jour-là, en tant que ministre de la République, c'est de leur expliquer en quoi leurs propos et leurs demandes n'étaient pas adaptés à notre Pacte républicain. La République n'est pas à la carte."

A la fin de la rencontre, La Vie raconte que la secrétaire d'État quitte le gymnase agacée, arguant que les 130 jeunes présents dans la salle ne sont pas "représentatifs". "Comment ont-ils été accompagnés ? Comment le travail pédagogique a-t-il été mené ? Comment, en plusieurs jours de travaux, en sont-ils arrivés à de tels propos sans que cela n'alerte personne ?" interroge-t-elle aujourd'hui dans le Point.

La FCSF en question

Comme l'a rapporté dès jeudi le média local d'investigation Médiacités, pour répondre à ces questions, Sarah El Haïry a demandé à l’Inspection Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche d'enquêter sur la Fédération nationale des centres sociaux. Une mission qui "a pour objet d’examiner les objectifs, des conditions d’organisation et d’encadrement du Réseau Jeunes et, plus largement, les conditions d’organisation et de fonctionnement de la FCSF", explique l'association dans son communiqué, en assurant aborder la chose "avec sérénité".

"On veut connaître le niveau des encadrants des ces centres sociaux, justifie le ministère auprès de Politis. On est dans un moment où il faut qu’on arrête avec ces petites compromissions et on est face à des jeunes qui ne sentent pas faire partie de la République : on se demande s'ils ont été suffisamment challengés et contredits dans leurs discours." Dans Le PointSarah El Haïry tente de rassurer : "On ne cherche pas à accuser, mais on veut comprendre comment ces débats et ces propositions se sont construits", explique-t-elle.


Dans tous les cas, le président de la FCSF Tarik Touahria dit à Politis trouver le procédé "extrêmement choquant". "C’est vrai que les jeunes ne sentent pas complètement faire partie de la République, reconnaît-il, mais leur façon de faire et de débattre sont plus que jamais dans la République". Dans son communiqué, la FCSF fait aussi part de ses préoccupations plus profondes. "Nos méthodes d’éducation populaire, nos postures, le cadre et le contenu de cette rencontre sont clairement interrogés. Nous le regrettons profondément", déplore-t-elle. 

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