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"On va se retrouver à bricoler" : pourquoi l’interdiction du téléphone portable au lycée ne pourra pas s’appliquer partout dès la rentrée

À une semaine de la rentrée scolaire, le gouvernement a assuré, ce lundi 24 août, que l’interdiction du téléphone portable au lycée pourra s’appliquer dès le 1er septembre. Mais sur le terrain, plusieurs chefs d’établissement estiment que les lycées ne sont pas prêts.

Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, distribue les épreuves de mathématiques organisées à l'occasion du baccalauréat, au lycée Gabriel Fauré à Paris, le 12 juin 2026.

Crédit : SIMON WOHLFAHRT / AFP

"On va se retrouver à bricoler" : pourquoi l'interdiction du téléphone portable au lycée ne pourra pas s'appliquer partout dès la rentrée

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Marie-Pierre Haddad

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L'interdiction des téléphones portables dans les lycées sera-t-elle effective dans huit jours ? D'après le gouvernement, cette mesure "pourra l'être dès la rentrée", comme l'a indiqué ce lundi 24 août la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. Emmanuel Macron "a pris la décision de promulguer la loi" qui contient cette mesure, malgré la censure par le Conseil constitutionnel de sa disposition phare, à savoir l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans, a-t-elle dit devant la presse à l'issue du Conseil des ministres. 

Dans les faits, est-ce possible ? Invitée de RTL ce lundi 24 août, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, assure que cette mesure ne pourra pas être appliquée au 1er septembre. 

"Applicable à la rentrée ne signifie pas que dès le 1er septembre ce sera interdit dans tous les lycées", indique-t-elle. "Il faut être réaliste, ce ne sera pas possible partout. La loi va être promulguée mais dans les quelques jours qui nous séparent de la rentrée, nous n'avons pas le temps de changer les règlements intérieurs et d'avoir matériellement la possibilité de stocker les téléphones portables", explique-t-elle.

Un changement du règlement intérieur impossible au cœur de l'été

Afin d'appliquer cette interdiction, les établissements doivent modifier leur règlement intérieur, ce qui suppose de consulter plusieurs instances, notamment le conseil des délégués pour la vie lycéenne et le conseil d'administration. Nombre de lycées n'ont pas été en mesure de mener cette procédure avant la rentrée, les établissements étant restés fermés pendant les vacances d'été. 

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Selon Sophie Vénétitay, "on paye un peu la très grande précipitation avec laquelle cela a été fait de la part du ministère de l'Éducation nationale qui n'a pas écouté toutes nos alertes". "Encore une fois, à la rentrée, on va se retrouver à bricoler pour l'interdiction des téléphones portables", dénonce-t-elle en évoquant une "cacophonie" à venir avec les élèves.


Dans un bulletin officiel datant du 2 juillet et mis à jour ce lundi 24 août, le ministère de l'Éducation nationale confirmait dans un texte envoyé aux recteurs académiques l'entrée en vigueur de cette mesure. Afin de l'appliquer, cette circulaire indiquait que l'inscription du principe d’interdiction de l’utilisation du téléphone portable et des autres objets connectés au lycée "a vocation à figurer dans la loi actuellement en cours de discussion à défaut d’adoption de celle-ci avant la rentrée, dans le règlement intérieur de l’établissement". Il était demandé aux établissements d'anticiper l'entrée en vigueur de la mesure.

Une demande qui ne correspond pas aux contraintes de la réalité, met en avant la secrétaire générale du SNES-FSU qui évoque auprès de RTL "une circulaire très acrobatique". À la date où cette directive a été publiée - le 2 juillet - "des élèves passaient le baccalauréat" et "il n'y avait plus grand nombre dans les établissements scolaires", rappelle-t-elle. "Une circulaire qui sort le 2 juillet et qui vous dit qu'il faudra revoir le règlement intérieur, c'est de l'amateurisme de la part de l'Éducation nationale de croire que les choses peuvent se faire en un claquement de doigt le 2 juillet ou le 24 août", critique-t-elle.

Des lycéens dénoncent une "restriction des libertés"

Les principaux concernés ne sont guère plus convaincus par l'interdiction des téléphones portables. "Je trouve que ça nous restreint nos libertés", a estimé une lycéenne au micro de RTL. "Dans mon lycée, on enlève déjà les téléphones à l'entrée des cours, donc je trouve ça inutile", a ajouté une autre qui estime que le gouvernement "cherche la petite bête". Les deux adolescentes jugent que cette mesure ne freinera pas le cyberharcèlement qui a lieu "en dehors du lycée". 

À l'inverse, une autre élève qualifie la mesure de "positive". "Il y aura plus de liens entre les élèves, ça va nous forcer à plus communiquer", énumère-t-elle. Une lycéenne invoque "plus de concentration", quand un autre souligne que cela "limitera le recours à ChatGPT".

Une nouvelle rédaction du texte sur les réseaux sociaux

Saisi fin juillet par des députés socialistes et de La France insoumise, le Conseil constitutionnel a estimé mi-août, pour justifier sa censure, que la loi votée par le Parlement pour protéger les enfants et jeunes adolescents des effets nocifs des réseaux sociaux "porte une atteinte qui n'est pas adaptée, nécessaire et proportionnée" à leur liberté d'expression et de communication. 

Le Premier ministre Sébastien Lecornu va "réfléchir", à la demande du chef de l'État, à une nouvelle rédaction du texte sur les réseaux sociaux "qui prendrait en compte les remarques du Conseil constitutionnel", a précisé Maud Bregeon. "L'objectif du président de la République, c'est d'avoir un cadre stabilisé d'ici au printemps prochain pour protéger nos enfants et nos jeunes", a-t-elle rappelé. 

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