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Mélenchon, Le Pen, Les Républicains... Qui incarne l'opposition ?

DÉCRYPTAGE - Qu'elle émane de la France insoumise, du Front national ou des Républicains, l'opposition se cherche une identité et surtout une incarnation.

Jean-Luc Mélenchon, le chef du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, le 26 juillet 2017 Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

L'Assemblée nationale a été renouvelée lors des dernières élections législatives : le groupe de la majorité La République En Marche a fait son entrée dans l'hémicycle, celui du Parti socialiste a été rebaptisé Nouvelle Gauche et une partie des Républicains sont devenus des Constructifs. Des personnalités politiques ont aussi fait leur entrée au sein du Palais Bourbon, comme Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Ainsi, Franceinfo prédisait l'arrivée de "deux grandes gueules à l'Assemblée", La Dépêche estimait qu'il s'agissait du "retour des tribuns".

Où se trouve l'opposition ? Le député Les Républicains Claude Goasguen semble avoir trouvé son incarnation. Jean-Luc Mélenchon est "pour le moment, l'opposant le plus vigoureux". Lundi 31 juillet, l'élu de Paris a expliqué sur LCI que le président du groupe La France insoumise "est un orateur exceptionnel, ce que dit Mélenchon correspond à une partie de la population qu'il représente et que Macron ne représente pas". 

Jean-Luc Mélenchon ou l'opposition "frontale"

L'ancien candidat aux élections présidentielles de 2012 et 2017 a fermement marqué son opposition avec la majorité à l'Assemblée nationale. Lors d'un débat sur le projet de loi pour la confiance de la vie publique, il a préféré quitter la séance avec son groupe. "On vous dérange ? Et bien débrouillez-vous entre vous, nous on s'en va. Vous voterez la loi tranquillement, entre vous sans avoir à subir l'inconvénient d'avoir des gens comme nous. Vous aurez modernisé la vie politique, vous êtes entre vous. Allez bonsoir !", a-t-il lancé aux députés de La République En Marche.

Début juillet, Jean-Luc Mélenchon donnait déjà le ton dans un entretien au Journal du Dimanche. "L'opposition sera globale et frontale. Mais surtout nous serons une opposition qui argumente et propose afin de convaincre. Le pays nous écoutera. Et je fais le pari qu'on peut faire changer d'avis beaucoup de députés de La République En Marche ! Voyez la composition sociale de ce groupe : des cadres supérieurs. Dans la vie, ils donnent des ordres et n'ont pas l'habitude d'en recevoir. Donc, si on argumente, ils ne se plieront pas forcément à la discipline imposée par le Président et Richard Ferrand, le vrai numéro deux du régime. Notre but est de démanteler la forteresse que ces deux hommes veulent construire au sein de l'Assemblée", explique le chef du groupe de la France insoumise. Quant à sa façon "tempétueuse" de procéder, il confie être "lassé" qu'on l'"enferme dans cette formule". "J'assume le bruit et la fureur comme stratégie pour l'élection de 2012. Mais je suis passée à autre chose depuis longtemps. Dire non à la monarchie et argumenter, ce serait tempétueux ? À ce compte-là, quand Jean-Baptiste Drouet arrête la fuite de Louis XVI à Varennes, ce serait une impolitesse et une brutalité !". 

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Et comment compte-t-il incarner cette opposition "frontale" et "globale" ? Là encore, Jean-Luc Mélenchon évacue toutes hypothèses concernant des négociations. "Négocier ? Comment ? Le système de l'ordonnance ne le permet pas. Qui, à part le Medef, a demandé une réforme du Code du travail ? En trente ans, la flexibilité accrue n'a pas créé un seul emploi. Nous ne lâcherons rien. Nous informerons, nous mobiliserons. S'il le faut, nous appellerons nous-mêmes à des mobilisations populaires avec la jeunesse et dans les quartier", déclarait-il au Journal du Dimanche.

Marine Le Pen et les "assises de l'opposition"

Élue députée dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais, Marine Le Pen fait donc partie des huit élus frontistes de l'Assemblée nationale. Fin mai, donc peu de temps après l'élection d'Emmanuel Macron à l'Élysée, Marine Le Pen indiquait vouloir mettre en place des "assises de l'opposition". Dans l'émission Questions d'info sur LCP, la présidente du Front national déclarait : "Je pense que les Français souhaitent que je prenne la tête de l'opposition à l'Assemblée nationale (...) À l'issue de cette élection législative, je prendrai l'initiative d'organiser des assises de l'opposition où j'inviterai tous ceux qui se considèrent comme étant dans l'opposition à la politique gouvernementale (...) Il y aura peut-être quelques Républicains. Peut-être, ce n'est même pas sûr, parce que pour l'instant ils ont l'air plutôt en soutien, en complicité avec Emmanuel Macron".

Mais il est important de noter que ce n'est pas assez pour constituer un groupe parlementaire (le minimum étant de 15 députés). "Sans groupe, les députés du Front national auront peu de temps de parole dans l'hémicycle. Pour les questions au gouvernement, ils ne pourront poser qu'une question toutes les huit séances", explique FranceinfoLe Figaro indique que "pour avoir plus de chances de constituer un groupe, les frontistes considèrent que Marine Le Pen ne doit pas forcément s'afficher comme sa présidente prédésignée. Ils veulent avancer dans un esprit de rassemblement tactique". Le député frontiste Sébastien Chenu explique au journal : "Nos seuls moyens sont nos convictions. Nous prenons plaisir à travailler sur le fond des choses en suivant notre programme présidentiel comme feuille de route et en tirant le débat vers le haut". Il mise ainsi sur , une "opposition offensive et sérieuse", tout en précisant que cela doit se faire sans "gueuler tout le temps" ni verser dans les "effets d'estrade". 

Mais selon Le Monde, "Marine Le Pen ne parvient pas à incarner une opposition audible (...) Sur le terrain de l’opposition franche à l’exécutif, le parti d’extrême droite se trouve pour l’instant devancé par certains adversaires directs, comme la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. La faute en revient, notamment, à une méconnaissance du fonctionnement de l’Assemblée nationale". Le journal cite un député Les Républicains qui juge que le Front national "n’est pas au mieux de sa forme".

Les Républicains affaiblis par les Constructifs

Numériquement, ils sont la première force d'opposition dans l'Assemblée nationale : Les Républicains. Cependant, la question pour le parti est de savoir s'ils sont dans une opposition franche ou plutôt constructive. Depuis la fin de la présidentielle, le parti de droite se déchire sur cette question et cela s'est conclu par une division du mouvement entre Les Républicains et les Constructifs. Ces derniers qui sont composés de Républicains et de membres UDI ont pu constituer un groupe de 35 députés au sein du Palais Bourbon. Les relations ne sont pas prêtes de s'améliorer puisque les 10 et 17 décembre prochain, ils risquent l'exclusion du parti. Début juillet, le chef de file des Républicains, Christian Jacob, juge que les droits de l'opposition sont bafoués au sein de l'hémicycle. Dans une lettre envoyée à Emmanuel Macron que s'est procurée l'AFP, il écrit : "Dans la mesure où le président de l'Assemblée nationale comme le président du groupe majoritaire n'ont pas été en mesure de faire respecter les plus élémentaires droits de l'opposition, j'ai tenu à en appeler à votre arbitrage". 

Il ajoute qu'"un parlementaire, qui n'a cessé de vous soutenir et a appelé à voter la confiance au Gouvernement que vous avez nommé, se plaçant ainsi clairement dans la majorité, occupe une charge importante de l'Assemblée nationale qui, de pratique constante, doit être exercée par un député de l'opposition (...) Il s'agit d'une dérive extrêmement grave et préoccupante du fonctionnement de l'Assemblée nationale. Nous ne pouvons imaginer que vous cautionniez cette pratique. Nous vous prions par conséquent de demander à votre majorité de respecter les droits de l'opposition avec lesquels, dans une grande démocratie, on ne transige pas".

Selon Paris Match, Les Républicains ne parviennent pas à s'imposer en figure de l'opposition. "Ce fut la surprise de cette rentrée. Les Républicains 'Canal historique', une petite centaine tout de même, se sont divisés lors du vote de confiance : une partie, les trois quarts, se sont abstenus, les autres (plutôt les sarkozystes) votant contre. La droite a, pour l’instant, bien du mal à s'opposer et à se faire entendre. Logique après la débâcle du printemps", peut-on lire.

La République En Marche face à La Démocratie En Marche

Et si comme François Hollande, Emmanuel Macron devait faire face à une fronde ? Même si elle n'existe pas encore officiellement, des avis divergent sur la ligne dictée par La République En Marche commence à se faire entendre au sein du parti macroniste. Un collectif d'une trentaine d'adhérents, appelé La Démocratie En Marche, a saisi la justice par rapport aux statuts de La République En Marche qui sont en train d'être votés. Leur porte-parole estime que les adhérents ne sont pas assez consultés au sein du mouvement, créé en avril 2016.

La justice a validé le vote sur les statuts de REM. La chambre des référés du tribunal ordonne "la prorogation de la date de la fin de la consultation d'un nouveau délai de 15 jours à compter de la diffusion de la présente ordonnance" sur le site de la REM. Le parti, qui devait dévoiler le 1er août les résultats du scrutin, va donc devoir attendre. Ses statuts prévoient la création d'un "Conseil". Il sera comme une sorte parlement du parti et sera composé pour un quart de militants, tirés au sort, et pour le reste de députés, sénateurs et élus locaux désignés et non élus. "Ce Conseil élira à son tour le bureau exécutif, composé d'une trentaine de membres dont dix de la société civile. Il élira également la direction du nouveau parti, probablement collégiale au moins dans un premier temps, pour trois ans dans la limite de deux mandats consécutifs", dit l'AFP

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