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VIDÉOS - Mélenchon, Les Républicains... Pourquoi ont-ils quitté l'Assemblée en pleine séance ?

RÉCIT - La séance de débats à l'Assemblée de la loi Confiance s'est soldée par le départ des députés Insoumis et Républicains de l'hémicycle. Un épisode de plus dans l'argument d'amateurisme avancé par certains.

Jean-Luc Mélenchon et les députés de la France insoumise quittent l'Assemblée nationale en pleine séance, le 28 juillet 2017
Jean-Luc Mélenchon et les députés de la France insoumise quittent l'Assemblée nationale en pleine séance, le 28 juillet 2017 Crédit : Capture d'écran LCP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Les jours se suivent et les crises se ressemblent à l'Assemblée nationale. Après le député MoDem Jean-Louis Bourlanges, c'est au tour de Jean-Luc Mélenchon et du groupe la France insoumise de quitter l'hémicycle en plein débat, à 1 heure du matin, le 28 juillet. Cet événement vient allonger la liste des cafouillages et couacs en série depuis le début de la nouvelle législature. Trois jours plus tôt, les débats sur la loi de confiance dans la vie publique ne se sont pas déroulés dans la sérénité. Au cours de la même journée, Delphine Batho a recadré sèchement la vice-présidente de l'Assemblée, Danielle Brulebois ; le député communiste André Chassaigne s'est fait applaudir par Les Républicains après avoir critiqué l'organisation de la séance et François de Rugy a été rappelé pour reprendre les rennes de la séance.

Un nouvel épisode vient donc ponctuer cette série de couacs. Jeudi 27 juillet au soir, l'Assemblée nationale est réunie afin de poursuivre les débats sur la loi Confiance. "Tout est parti d'un amendement du MoDem, assez anodin, qui visait à remédier aux difficultés que rencontrent parfois des candidats pour ouvrir un compte de campagne dans une banque", raconte Le Parisien.

"Qui est pour ? Qui est contre ? L'amendement est rejeté"

L’amendement en question visait à permettre aux partis politiques l'intervention d'un médiateur de crédit, de trouver une solution de conciliation dans un délai d'un mois. Lorsqu'arrive le moment du vote, à 23h30, le président de la séance Hugues Renson (La République En Marche) déclare : "Je mets aux voix l'amendement 343 qui a reçu un avis défavorable de la Commission et du gouvernement. Qui est pour ? Qui est contre ? L'amendement est rejeté". Et c'est alors que d'une voix commune des "non" et de vives protestations se font instantanément entendre dans l'hémicycle. 

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Cependant, le président de séance poursuit : "Nous passons à l'examen de l'amendement suivant, numéro 311". Les cris se poursuivent. Et c'est la voix cassée qu'Hugues Renson leur répond : "Mes chers collègues, je suis à une place qui nous permet de voir les votes sur l'ensemble de ces bancs et sur l'ensemble des bancs de l'hémicycle. Je vous garantis que l'amendement et le vote ne souffrent d'aucune contestation". 

Mais cela ne suffit pas à calmer l'Assemblée. Les protestations redoublent d'intensité et "certains députés se lèvent d'eux-mêmes pour refaire le vote", décrit l'AFP. Le président de séance reste sur sa ligne. "Je vous rappelle que seul le président a la responsabilité du décompte des votes. Lui seul dispose d'une vision d'ensemble de l'hémicycle, lui permettant de dénombrer les effectifs des uns et des autres. Un vote acquis, tel que proclamé par le président de séance ne peut être remis en cause. La contestation des résultats d'un vote constitue une remise en cause de la présidence et il en sera référé comme il se doit à la conférence des présidents. je vous remercie infiniment". 

À ce moment, les députés de la France insoumise se lèvent de leur place, en colère face aux propos d'Hugues Renson. Une voix se fait alors  entendre à destination des députés : "Levez-vous ce qui sont d'accord". Les députés en faveur de l’amendement se tiennent désormais debout et demandent au président de la séance de refaire le vote.

Olivier Faure, le président du groupe Nouvelle Gauche, déclare : "Personne n'entend remettre en cause la présidence de séance". "'Dans un signe d'apaisement', le député a suggéré que la ministre ou la rapporteure demandent une seconde délibération sur l'amendement, comme le règlement leur en donne la possibilité. Mais la ministre de la Justice Nicole Belloubet, tout comme la rapporteure Yaël Braun-Pivet, ont refusé d'accéder à cette demande", raconte l'AFP.

Des députés "énervés" et "écœurés"

François Ruffin, le député de la France insoumise, prend alors la parole : "J'ai l'impression qu'on se fout de notre tronche. Monsieur le président, manifestement, il y avait plus de voix qui se sont levés. Vous n'en n'avez pas tenu compte. Il y a la possibilité de faire un 'assis-debout', je ne sais pas ce que c'est mais on peut jouer un petit peu. Vous le refusez. Qu'est-ce qu'on va faire ? On va devoir demander un scrutin public pour tous les votes ? Cela va prendre un temps fou. Plutôt que de regarder quand il y a une hésitation (...) Vous n'avez pas la science infuse, vous ne connaissez peut-être pas exactement au doigt mouillé ce qui se passe dans la salle. Juste, sans orgueil excessif, vous pouvez dire qu'on peut recompter". 

Le président de séance ne réagit pas et invite à la poursuite de la séance. C'est alors qu'un autre député prend la parole : "C'est moi aussi la première fois que je prends la parole et c'est une parole énervée. Il y a un mode de fonctionnement dans cette Assemblée que je ne comprends pas. On passe un temps fou à prendre des décisions incroyables. Il y a une forte attente de nos concitoyen par rapport à une situation économique. Et là, je ne comprends pas qu'il n'y ait pas un vote public sur une question aussi mitigée que cela. C'est juste lamentable, je suis écœuré par le mode de fonctionnement". Toujours aucune réaction du président de séance, qui continue de faire passer la parole. 

La députée La République En Marche Cendra Motin explique : "On n'est pas là pour jouer Monsieur Ruffin. On est là pour voter des lois, c'est sérieux, ce n'est pas un jeu. Ici, il y a un président et un seul et c'est Monsieur Renson. Je vous demande de le respecter parce que c'est important pour la bonne tenue de nos débats et que chacun puisse s'exprimer. Pour le vivre, je peux vous assurer que le point que l'on a ici dans l'hémicycle et le point de vue qu'il a sont différents".

Les Insoumis décident de partir

"Le bal des débutants, c'est drôle quelques minutes. Quand vous connaissez le coût horaire de la séance", leur répond alors Julien Aubert (LR) en dénonçant "une guerre de bac à sable". Les intervention s'enchaînent. Jean-Luc Mélenchon prend la parole : "Oui, c'est soûlant. On demande juste un geste de bonne volonté et vous ne le voulez pas. Que faut-il faire ? Je n'essaye pas de faire céder mais de faire respecter un minimum de droit pour les uns et les autres. Maintenant, vous nous dites que c'est trop cher. On vous dérange ? Et bien débrouillez-vous entre vous, nous on s'en va. Vous voterez la loi tranquillement, entre vous sans avoir à subir l'inconvénient d'avoir des gens comme nous. Vous aurez modernisé la vie politique, vous êtes entre vous. Allez bonsoir !"

Les Républicains quittent l'Assemblée

Cette séance rocambolesque ne marque pas la fin des problèmes. Nous voici à 1 heure du matin. "Plus de 350 amendements restaient encore à discuter d'ici vendredi soir sur les deux projets de loi (ordinaire d'abord puis organique ensuite) soumis aux députés. Mais vers 1 heure, un nouvel incident de séance a eu lieu, lorsque Hugues Renson a annoncé la poursuite des débats sur le projet de loi ordinaire mais avec un vote qui n'aurait lieu qu'à l'issue des débats sur le projet de loi organique, soit vendredi soir", explique l'AFP

Là encore, une vive contestation s'empare des députés Les Républicains et de la Nouvelle gauche. Ces derniers avaient prévu de rentrer dans leur circonscription et souhaitaient passer au vote. Le chef de file des Républicains, Christian Jacob, s'emporte : "Nous n'avons pour discuter ni le président de l'Assemblée, ni le ministre des Relations avec le Parlement, ni le chef du groupe majoritaire", tous trois absents des débats ce soir. Là encore, le président de séance décide de prolonger la séance. Les députés Les Républicains décident alors de quitter l'hémicycle. La séance sera finalement levée trente minutes plus tard.

Les députés affirment vouloir repartir sur de bonnes bases

Le lendemain, tous les partis ont décidé de repartir du bon pied. Olivier Faure a critiqué un "échec collectif global parce que cette Assemblée, elle est ridicule. Il n'y a pas ici des gens qui cherchent à tester la présidence de séance. Si hier, il n'y avait ni président de l'Assemblée, ni ministre des Relations avec le Parlement, ni président du groupe majoritaire, ce n'était pas notre faute. Le chef de file des élus MoDem, Marc Fesneau, lui a lancé : "Ne vous parez pas de la pureté virginale de l'enfant qui vient de naître. Sur ce texte autour de la restauration de la confiance, on essaye d'abord de la restaurer entre nous".

Mais selon Gilles Le Gendre, député La République En Marche, "depuis le début, vous essayez de nous faire croire que nous sommes incompétents, que nous sommes insuffisants. Certes, nous sommes nouveaux dans cette Assemblée. Est-ce que cela nous enlève une once de légitimité par rapport à la vôtre ?". 

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2017-07-28 15:08:00
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