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Les ingérences russes s'invitent dans la campagne de 2027 : faut-il médiatiser les fake news visant les candidats ?

Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal ont récemment été la cible d'une campagne numérique de désinformation orchestrée par des acteurs pro-russes. Ces faux contenus ont été très peu vus directement par les internautes. Mais ils ont largement été médiatisés. Pourtant, certains estiment que rendre ces attaques publiques est contre-productif. Explications.

Gabriel Attal, alors Premier ministre, en mars 2024

Crédit : GUILLAUME SOUVANT / AFP

Quentin Menu

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Début août, de faux enregistrements imitant la voix du journaliste Edwy Plenel ont émergé sur les réseaux sociaux. On l'entend raconter que la présentatrice du JT de France 2, Léa Salamé, par ailleurs en couple avec le pré-candidat à la présidentielle de 2027, Raphaël Glucksmann, faisait campagne auprès des médias pour qu'ils couvrent positivement son compagnon. La vidéo est fausse. Elle provient d'une campagne de désinformation russe menée par le groupe Storm-1516. Et elle n'a pas été largement vue. Mais, si elle avait été virale, elle aurait pu être dommageable pour la course à l'Élysée du député européen.

L'entourage de Raphaël Glucksmann a eu vent de cette fake news après avoir été alerté par un proche. "C'est quoi ce bordel ? Vous êtes dans la merde", a lâché le lanceur d'alerte, inquiet des potentielles répercussions d'une telle information sur l'opinion publique. Ce genre de contenu surfe sur le fantasme complotiste qu'il existerait une collusion entre le pouvoir médiatique et politique. Un terrain inflammable, surtout à quelques mois d'un scrutin crucial.

La décision a donc été prise de communiquer sur cette attaque venue de Russie. "Le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDN) m’a informé que j’étais la cible d’une attaque du groupe Storm1516, directement piloté par le GRU (les services secrets de l’armée russe). L’opération russe est identifiée, tracée, attribuée", a posté Raphaël Glucksmann sur ses réseaux sociaux. "Le but est de rendre viral un mensonge total pour salir des personnalités considérées comme hostiles par le régime russe."

Le cofondateur de Place publique n'est pas le seul dans la course à l'Élysée à avoir été ciblé par de fausses informations. Avant lui, Édouard Philippe, patron d'Horizons, a aussi fait l'objet de rumeurs sur sa santé (il aurait été diagnostiqué d'une démence) créées de toutes pièces par des agents russes. Gabriel Attal également. Le secrétaire général de Renaissance aurait hérité d'un empire de la drogue après la mort de son père, une info relayée sur une fausse Une du journal La Tribune dimanche.

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Si ces ingérences étrangères sont des attaques à la démocratie, elles restent néanmoins très peu vues, comme nous l'expliquions dans cet article. D'abord parce que les modes opératoires sont très peu efficaces. Mais aussi parce que les faux contenus sont généralement détectés par les plateformes et le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum). Or, ces opérations russes, pensées pour influencer l'opinion publique pour 2027, sont tout de même un succès. Car elles sont médiatisées.

Campagne médiatique de dénonciation

"À chaque fois que les médias relaient un faux contenu, ils lui donnent de la visibilité", déplore David Colon, chercheur à Sciences Po et grand spécialiste des ingérences numériques étrangères. "Le but recherché par les agents russes, ce sont les retombées médiatiques." "Ces MOI [modes opératoires informationnels] prorusses ne sont pas utilisés afin de chercher à convaincre les audiences des narratifs diffusés, mais à faire parler d’eux afin de déstabiliser notre espace informationnel et de brouiller un peu plus notre capacité à distinguer les frontières entre vrai et faux", soulignait également la cheffe de service adjointe de Viginum, Anne-Sophie Dhiver, lors de la parution du rapport sur les ingérences dans les élections municipales.

Dans un monde où le tout-numérique prévaut, et alors que ce genre d'attaque informationnelle va se multiplier à l'approche de l'élection de 2027, un débat agite les autorités, les personnalités publiques et les spécialistes : faut-il, ou non, médiatiser les tentatives d'ingérence ?

Dans le cas de Raphaël Glucksmann, les répercussions potentielles des faux enregistrements ont été jugées suffisamment sérieuses pour alerter le public. "Ce n'est pas anodin comme contenu", confie son entourage à RTL.fr. D'autant que la fake news avait atteint des internautes lambda, d'où le coup de fil qui les a alertés. Alors, en plus du communiqué du presque candidat à la présidentielle sur ses réseaux sociaux, Glucksmann a aussi fait la tournée des médias pour évoquer le sujet. Le 5 août, sur RTL, il dénonçait le régime de Vladimir Poutine, qui selon lui, "veut déstabiliser la France".

Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal sur RTL pour dénoncer les ingérences russes

Raphaël Glucksmann appelle à "la résistance" pour que 2027 ne soit pas "volée par une puissance étrangère"

L'invité RTL de 7h40

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Gabriel Attal dénonce des ingérences russes et accuse Moscou de vouloir "voler l'élection aux Français"

L'invité RTL de 7h40

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Gabriel Attal aussi a largement communiqué sur les faux contenus le visant. Comme son adversaire de gauche, le centriste s'est attelé à dénoncer publiquement les tentatives d'ingérence orchestrées par le Kremlin pour, selon lui, favoriser le Rassemblement national. Le 6 août, sur RTL également, le patron de Renaissance a alerté sur "une élection qui peut être volée aux Français". "Il raconte n'importe quoi", lui a rétorqué la députée RN Edwige Diaz.

Les spécialistes alertent contre la publicité faite aux "fake news"

Or, cette surmédiatisation des ingérences étrangères est complètement contre-productive, jugent de nombreux experts, qui pointent la responsabilité à la fois des candidats, mais aussi des médias. "C'est là que les vrais gens sont touchés, insiste David Colon, de Sciences Po. Même si le fact-checking des médias dément la fausse information, une partie du public peut croire au récit du Kremlin." D'autant plus dans un contexte de défiance grandissante des Français envers les médias et les politiques. 

Raphaël Glucksmann, le 16 mars 2025

Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

"La surmédiatisation de ce type d'opérations est souvent plus dangereuse que l'opération elle-même", abonde Kévin Limonier dans un post publié sur LinkedIn. Ce professeur en géopolitique et spécialiste du cyberespace et de la Russie rappelle que "les contenus de Storm-1516 (...) sont de très mauvaise facture et circulent assez peu de manière organique. Dès lors leur visibilité dans l'espace public passe surtout par leur médiatisation. Beaucoup auront probablement appris la fake news sur le papa de Gabriel Attal via les chaînes d'information en continu."

Au sein des services dédiés à la détection de ces ingérences étrangères, la question reste difficile à trancher. Les experts de Viginum sont la plupart du temps d'avis de ne pas rendre publiques ces manœuvres qui sont très peu vues sur internet et les réseaux sociaux. En parler est leur faire de la publicité. Mais d'un autre côté, il y a la nécessité d'éduquer et d'informer l'opinion publique sur ces pratiques dont le but est avant tout d'instiller le doute et de déstabiliser les sociétés. 

La stratégie s'adapte donc au cas par cas. Pour chaque campagne de désinformation, Viginum établit un Vigiscore évaluant la sensibilité et l'impact potentiel d'une telle manœuvre. Les analyses se basent sur l'audience, mais aussi sur la dynamique de propagation, la multiplicité des plateformes et le contexte socio-politique (les périodes électorales sont plus sensibles, par exemple). Lorsqu'une attaque étrangère est détectée, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), rattaché aux services du Premier ministre, alerte automatiquement le candidat visé. Libre à lui ou elle de communiquer dessus, ou non. 

Réagir avant qu'il soit "trop tard"

Gabriel Attal a fait le choix d'en parler publiquement pour "alerter massivement sur ces phénomènes, même faibles par leur visibilité". "Si on doit attendre que des opérations d’ampleur touchant des millions de Français existent, il sera déjà trop tard", justifie son entourage auprès de RTL.fr. "Il faut que les Français aient conscience que ce genre de manœuvres existe", considère l'entourage de Raphaël Glucksmann.

Édouard Philippe, lui aussi ciblé, a fait le choix inverse. Au sein de son équipe, on a jugé que la fake news concernant l'ancien Premier ministre n'était pas dangereuse. Elle avait été découverte et fact-checkée rapidement par TF1. Et elle n'avait été que très peu vue. "On ne veut pas mettre en lumière de fausses informations", nous explique-t-on.

Édouard Philippe s'exprime lors d'un meeting de campagne à l'Adidas Arena, dans le nord de Paris, le 5 juillet 2026.

Crédit : SIMON WOHLFAHRT / AFP

Mais la menace est tout de même jugée sérieuse par les candidats à l'Élysée. Les équipes de campagne ont donc mis en place des cellules de veille spécialement dédiées à la détection de faux contenus. Les experts en ingérences les invitent toutefois à rester prudents. "Quand on est à ce niveau d'hystérie en août, qu'est-ce que ce sera en mars ?", s'interroge David Colon. 

Les attaques numériques devraient se renforcer à l'approche de l'élection présidentielle. Et la nervosité des candidats aussi. Si l'entourage d'Édouard Philippe se montre serein concernant la fake news détectée en juillet, rien ne dit qu'il ne se sentira pas forcé de réagir si de fausses vidéos à son sujet faisaient leur apparition en ligne. "Je ne peux pas vous assurer que j'aurai le même discours si une autre attaque intervient dans quelques semaines", confie-t-on dans son équipe.

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