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Storm-1516, Matriochka... Quels sont ces réseaux pro-russes accusés d'ingérence en vue de la campagne de 2027 et quel est leur mode opératoire ?

Derrière les récentes opérations de déstabilisation visant des candidats ou potentiels candidats à la présidentielle de 2027 se trouvent des réseaux pro-russes au mode opératoire bien rodé. Ils publient notamment du faux contenu largement partagé sur les réseaux sociaux dans un but de désinformation.

Une cyberattaque a paralysé la mairie de Fumel, dans le Lot-et-Garonne. (Illustration)

Crédit : Mathieu Thomasset / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Laurène Rocheteau & AFP

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C'est un enjeu grandissant à l'approche de la présidentielle de 2027 : celui de la désinformation diffusée par des réseaux pro-russes. En quelques jours seulement, trois candidats déclarés ou pressentis à l'élection ont été ciblés par des opérations de déstabilisation. 

Le patron d'Horizons, Édouard Philippe, a notamment été calomnié sur son état de santé, tandis que l'eurodéputé Raphaël Glucksmann a été visé par une fausse vidéo impliquant sa compagne, la journaliste Léa Salamé. Le candidat Renaissance et ancien Premier ministre, Gabriel Attal, a quant à lui été présenté comme étant atteint de la maladie de Parkinson. 


Derrière chacune de ces opérations se cachent des réseaux pro-russes au mode opératoire bien rodé. Ces réseaux créent du faux contenu sur les réseaux sociaux, généralement en reprenant les chartes graphiques de médias existants, d'ONG, d'institutions ou même de partis politiques. "C'est ce qu’on appelle les 'seeders' (semeurs en anglais, ndlr) ils vont semer une petite graine", explique dans une vidéo gouvernementale Hervé Letoqueux, chef de la division des opérations à Viginum, le service chargé de lutter contre les ingérences numériques étrangères en France.

Du faux contenu largement diffusé sur les réseaux sociaux

Dans un deuxième temps, la fausse publication sera reprise par d'autres comptes dont le seul but est d'amplifier la visibilité de ce contenu. "Vous avez d’autres comptes associés à ce mode opératoire, qui vont pousser ces contenus sur les réseaux sociaux à destination de personnalités, de médias, ou d’ONG, de fact-checkers en leur demandant de vérifier ces fausses informations", tout en saturant leurs capacités de vérification, explique le ministère.  

Une source sécuritaire a confirmé à l'AFP que Raphaël Glucksmann avait été ciblé par une opération menée par le groupe Storm-1516, directement piloté par le GRU, les services secrets de l'armée russe. Il avait ainsi été ciblé par un faux reportage, "usurpant l'identité du média français Blast", qui affirmait ainsi que sa compagne aurait "tenté de soudoyer plusieurs médias en échange d'une couverture favorable à sa campagne comme futur candidat à l'élection présidentielle de 2027", rapportait alors le parquet. L'eurodéputé dénonçait lui-même sur RTL une tentative qui "vise à créer le chaos, à créer le doute dans la société française et qui entend jeter le discrédit sur des personnalités qui s'opposent à l'impérialisme russe". 

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Car l'objectif derrière ces différentes opérations semble être le même : discréditer les candidats (ou potentiels candidats) à la présidentielle ouvertement opposés à la politique de Vladimir Poutine, voire à favoriser d'autres candidats qui sont plus enclins au Kremlin. "Il faut probablement s'attendre à la fois à ce qu'il y ait une ingérence du Kremlin contre certains candidats comme moi, mais aussi pour certains candidats, comme Marine Le Pen, parce qu'elle a toujours défendu les intérêts du Kremlin et de la Russie", mettait en garde sur RTL ce jeudi Gabriel Attal, qui a lui-même été visé par une opération imputée au réseau pro-russe Matriochka. 

Ce dernier est actif depuis au moins septembre 2023, indique le ministère des Armées sur son site. En février 2024, Matriochka avait notamment été à l'origine d'une vaste campagne de désinformation, lorsqu'une vidéo montrant la Banque de France en feu et l'accusant de mentir sur sa solvabilité avait été largement diffusée sur les réseaux sociaux, dans le but de créer un chaos bancaire. 

Les politiques appellent à un meilleur contrôle du contenu en ligne

Face au risque de voir ce type de contenu se multiplier sur les réseaux sociaux à l'approche de la présidentielle de 2027, les politiques appellent à un meilleur contrôle du contenu diffusé sur ces plateformes, notamment X et TikTok. Raphaël Glucksmann rappelle ainsi l'impact qu'avait eu la désinformation lors de la présidentielle de 2024 en Roumanie : le candidat d'extrême droite Calin Georgescu, arrivé en tête au premier tour à la surprise générale, avait été accusé d'avoir bénéficié d'une campagne de soutien illicite orchestrée par Moscou. L'élection avait alors été annulée, et le pro-européen Nicusor Dan a finalement remporté le scrutin.

Pour Vladimir Poutine, la présidentielle de 2027 est "l'occasion de remporter politiquement en France la victoire que la résistance ukrainienne lui refuse militairement sur le front", alerte Raphaël Glucksmann sur RTL. "Parce que si la France bascule, si des pantins de la Russie prennent le pouvoir chez nous, c'est la fin du front européen, c'est la fin de la cohérence européenne face à ces visées militaires". 

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L'écologiste Marine Tondelier a même proposé, dans un entretien à Libération, de "menacer des plateformes comme X d'une interdiction pendant les élections" lui semblait "nécessaire", et que cette interdiction devait être appliquée "en cas d'ingérences constatées en amont". La candidate écologiste s'est attiré les foudres du patron de X, Elon Musk, qui a alors "exigé" de "faire taire" Marine Tondelier "pour trahison envers la France". Marine Tondelier lui a elle-même répondu que "la démocratie n'est pas à vendre" et qu'elle préfère "être accusée de défendre la démocratie que d'essayer de l'acheter". 

Après ces récentes opérations de désinformation, Sébastien Lecornu a réagi en rappelant que le gouvernement avait présenté fin juillet un projet de loi concernant les ingérences étrangères en Conseil des ministres. Le texte prévoit un durcissement des peines pour les personnes ayant diffusé des fausses informations dans un contexte électoral - d'un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende, elles seront portées à trois ans et 45.000 euros. Et elles pourront aller jusqu'à six ans de détention lorsque l'altération du scrutin a été réalisée "pour servir les intérêts d'une puissance, d'une entreprise ou d'une organisation étrangères".

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