1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Législatives 2022 : pourquoi la candidature de Taha Bouhafs a-t-elle tant fait polémique ?
5 min de lecture

Législatives 2022 : pourquoi la candidature de Taha Bouhafs a-t-elle tant fait polémique ?

ÉCLAIRAGE - Le journaliste militant Taha Bouhafs a dénoncé une "tempête d'attaques sans précédent" depuis que Nupes a confirmé son investiture en vue des législatives. De son côté, Jean-Luc Mélenchon s'en "veut de ne pas avoir su le réconforter autant que nécessaire".

Taha Bouhafs, ex-candidat LFI-Nupes dans la 14e circonscription du Rhône.
Taha Bouhafs, ex-candidat LFI-Nupes dans la 14e circonscription du Rhône.
Crédit : AFP
Marine Derquenne

Taha Bouhafs ne sera pas candidat à Vénissieux pour les législatives. "Je n'ai pas le droit d'exister politiquement", a-t-il regretté dans un communiqué publié dans la nuit du 10 mai. "J'ai sous-estimé la puissance de ce système quand il veut vous broyer", a-t-il écrit. "J'ai été soutenu, pas assez pour tenir, mais assez pour être reconnaissant. J'espère que cette déclaration ne vous fera pas baisser les bras. Continuez à vous battre. Pour ma part, j'ai essayé, mais je n'y arrive plus", conclut-il.

Dans un message publié sur Twitter, le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon a confirmé cette information : "Taha Bouhafs retire sa candidature aux législatives", a-t-il écrit. Quelques heures avant, l'actuel député LFI Alexis Corbière avait déclaré sur le plateau de France 2 que c'était "un grand constat d'échec". Julien Bayou, le secrétaire d'EELV, a également regretté le retrait de Taha Bouhafs : "c'est un échec collectif. Il aurait fait (et fera peut-être un jour) un très bon député.", a-t-il écrit dans un tweet

Jean-Luc Mélenchon a, de son côté, déploré le fait qu'une "meute" se soit "acharnée contre lui. À 25 ans, c'est lourd de vivre avec des menaces de mort et des mises en cause publiques quotidiennes", a-t-il écrit. Le leader insoumis s'en "veut de ne pas avoir su le réconforter autant que nécessaire". 

Taha Bouhafs avait été condamné en première instance pour "injure raciale"

Depuis la confirmation de son investiture dans la 14e circonscription du Rhône le 7 mai dernier, Taha Bouhafs a déploré "une tempête d'attaques sans précédent". Sa candidature sous l'étiquette LFI-Nupes avait même fait réagir Macron. Le 4 mai dernier, le Canard enchainé avait en effet rapporté des propos du Président où il décrivait l'investiture de Taha Bouhafs par LFI comme "une histoire de dingue" qui l'avait "abasourdi".

À lire aussi

"Nous avons dit à La France Insoumise qu'il y avait un problème", avait assuré de son côté le secrétaire du PCF Fabien Roussel sur France 2, à propos de la candidature du journaliste militant. L'ex-candidat à la présidentielle avait demandé de "revoir" la candidature du journaliste, appelant à "créer les conditions de gagner". "Je ne comprends pas que La France Insoumise puisse présenter quelqu'un, sous ses couleurs, qui a été condamné en première instance pour injure raciale" avait également déploré Fabien Roussel.

Pour rappel, Taha Bouhafs a été condamné en première instance après avoir qualifié la syndicaliste policière Linda Kebba d'"Arabe de service" dans un tweet, au lendemain d'une manifestation interdite contre les violences policières en soutien à la famille d'Adama Traoré, en juin 2020. Considérant que la décision rendue par la justice était "éminemment politique", Taha Bouhafs a fait appel de la décision qui le condamne à 1.500 euros d'amende, 2.000 euros de dommages et intérêts ainsi qu'à 1 euro à verser à la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme. 

De leur côté, les figures de La France Insoumise comme Manon Aubry, Adrien Quatennens et Mathilde Panot avaient défendu publiquement le journaliste. "Pas assez pour tenir, mais assez pour être reconnaissant", a reconnu Taha Bouhafs dans son communiqué. Par exemple, le 26 avril dernier, Adrien Quatennens avait été questionné par BFMTV sur l'investiture de Taha Bouhafs. "Je ne sais pas ce qu'il en est précisément de ce dossier. (...) Taha a été un journaliste talentueux", a-t-il répondu à la journaliste qui a souligné : "ça vous met mal à l'aise en tout cas". 

Le PCF veut maintenir la candidature de la maire communiste de Vénissieux dans la 14e circonscription

Face à Taha Bouhafs, la maire PCF de Vénissieux Michèle Picard avait par ailleurs assuré dans un communiqué qu'elle maintiendrait sa candidature dans la 14e circonscription. Elle avait critiqué le journaliste militant, décrivant un candidat "surtout connu dans les réseaux sociaux  (et qui) a été condamné en première instance pour propos racistes envers une jeune policière". Fabien Roussel assurait qu'il comprenait "parfaitement la colère et la candidature de Michèle Picard". De son côté, Taha Bouhafs appelait la maire communiste à "revenir à la raison", tel qu'il l'écrivait sur Twitter

Dans l'accord de la Nupes, cette circonscription est octroyée à LFI... mais les communistes de la 14e circonscription appellent désormais dans un nouveau communiqué à reconnaître Michèle Picard "comme la candidate qui peut rassembler toute la gauche", et demandent "le soutien" de la Nupes. Mais même avec le retrait de la candidature de Taha Bouhafs, le député LFI Alexis Corbière a assuré qu'"il y aura un candidat de La France Insoumise".

Une situation délicate pour LFI

L'investiture de Taha Bouhafs ne faisait pas l'unanimité au sein du parti communiste ni au sein de LFI. Si certaines figures le défendaient publiquement, d'autres la dénonçaient. Alexis Corbière a assuré toutefois sur France 2 qu'aucune "pression" n'avait été mise de la part de LFI à la demande de Fabien Roussel ou de Michèle Picard pour que le journaliste militant se retire.  

Cela dit, en interne, un élu LFI déclarait notamment que "c'est le genre de personne qui pourrait me faire quitter LFI", selon des propos rapportés par Marianne. Le journal raconte par ailleurs qu'au sein du parti, le chef Insoumis, proche de Taha Bouhafs, aurait lui-même insisté pour confier une circonscription gagnable au journaliste militant. Le communiste Christian Picquet, membre du conseil national du parti, le regrette : "Taha Bouhafs c'est le choix de Mélenchon, ce n'est pas le candidat de cœur ni de raison du PCF. Parce que nous voulions l'union de la gauche, on a choisi de faire un compromis, mais il n'inclut pas d'approuver tous les choix de LFI.", d'après des propos recueillis par Marianne

Déjà en 2017, Taha Bouhafs avait été investi par LFI en Isère. Il avait été éliminé au premier tour, récoltant moins de 12,5% des voix (11,1%). Puis en 2019, il s'était éloigné du parti LFI, expliquant sur Twitter que sa prise de distance était "le résultat de deux ans de sorties islamophobes, notamment de certains élus qui n'en ont jamais raté une pour rabaisser les femmes voilées". 

À ce moment-là, le journal Libération avait expliqué que Taha Bouhafs ne faisait pas l'unanimité au sein de LFI et qu'il suscitait la désapprobation de nombreux dirigeants. Par ailleurs, une tête pensante du mouvement avait assuré qu'il ne voulait "plus de lui" au sein du parti, tel que le rapportait le journal. 

Une candidature "trop extrême" qui aurait pu bloquer les électeurs de gauche

La candidature du militant Taha Bouhafs aurait pu, de manière plus générale, porter préjudice à la Nupes. Interrogé par RTL, Jean-Philippe Derosier a expliqué que LFI a récupéré de nombreuses circonscriptions. Cdécoupage peut bloquer les électeurs dans leur choix s'il y a une candidature "trop extrême" dans leur circonscription, comme c'était le cas notamment de celle du journaliste militant.

Dans l'accord de la Nupes, "l'équilibre se situe au niveau de la radicalité", tel que l'a souligné le constitutionnaliste. Sur le principe de l'union de la gauche, "les électeurs sont favorables, mais est-ce qu'ils vont vraiment voter en faveur de ce rassemblement dans les faits ?" s'interroge le constitutionnaliste. 

La rédaction vous recommande
À lire aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/