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Langues régionales : comment une proposition de loi s'est transformée en épine dans le pied de Macron

DÉCRYPTAGE - Dans un post sur Facebook, Macron a rappelé son attachement aux langues régionales qu'il qualifie de "trésor national". Une tentative pour apaiser des tensions qui ne cessent d'être alimentées depuis début avril.

Emmanuel Macron, le 21 mai 2021
Emmanuel Macron, le 21 mai 2021
Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
Marie-Pierre Haddad

Les langues régionales, ce sujet très politique. Sur Facebook, Emmanuel Macron a indiqué que "rien ne saurait entraver" l'enseignement immersif en langues régionales. Le président de la République a "demandé au gouvernement et au Parlement de trouver les moyens de garantir leur transmission". Pourquoi ces déclarations ? Le chef de l'État joue les arbitres sur un sujet épineux qui divise l'Assemblée et la majorité depuis plusieurs semaines. 

Au commencement, il y a le député breton d'opposition Paul Molac. Ce dernier a déposé une proposition de loi "relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion". Une première depuis 70 ans. La "loi Molac" avait été adoptée par le Parlement le 8 avril après un vote surprise de l'Assemblée, malgré l'opposition du gouvernement.  

Cette loi permet deux nouveautés : l'instauration de l'enseignement immersif, c'est-à-dire un enseignement effectué pour une grande partie du temps scolaire dans une langue autre que la langue dominante et la création d'un forfait scolaire pour les écoles privées dispensant une scolarisation en langues régionales. 

François Bayrou monte au créneau

Le Conseil constitutionnel a décidé de censurer partiellement la proposition de loi. Concrètement, les "Sages" ont censuré l'"enseignement immersif" de ces langues et l'utilisation de signes diacritiques comme le tilde (~) dans les actes de l'état civil. Ils ont cependant donné leur feu vert aux nouvelles dispositions permettant la prise en charge financière par les communes de la scolarisation d'enfants suivant des enseignements de langue régionale.

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Le ministre des Affaires étrangères et ex-président de la région Bretagne Jean-Yves Le Drian prône "un apaisement" "indispensable sur la question des langues régionales". Ce pilier de la branche gauche de la macronie n'est pas le seul à s'inquiéter de la situation. 

Le président de la République doit s'emparer de cette question

François Bayrou dans "L'Express"

Cette décision a provoqué aussi l'inquiétude de nombreux élus et du patron du MoDem François Bayrou. "Rayer d'un trait de plume les décennies d'efforts réalisés pour transmettre ces langues qui appartiennent au patrimoine linguistique français est inconséquent, sans précédent et dangereux", a déclaré ce proche d'Emmanuel Macron auprès de L'Express. Il estimait d'ailleurs que "le président de la République doit s'emparer de cette question". 

Selon François Bayrou, le Conseil "a tranché sur une question dont il n'était pas saisi, sans aucun préavis ni discussion d'aucune sorte et l'on voudrait faire de cette décision un oukase ? Cela ne se fera pas". Et c'est bien cela qui a crispé la majorité : qui a saisi le Conseil constitutionnel ? Contre le choix de Jean Castex et des groupes majoritaires, 61 députés de la majorité ont saisi les Sages.

Jean-Michel Blanquer dans le viseur

À en croire les défenseurs de cette proposition de loi, c'est Jean-Michel Blanquer qui serait à l'origine de cette démarche. Selon l'auteur de cette proposition de loi Paul Molac, le "recours a été rédigé de l'intérieur même d'un cabinet ministériel". Cela pose la question de la séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif.

"Il faut être très serein. Il est très normal en démocratie de poser une question constitutionnelle, a expliqué le ministre de l'Éducation. Si la proposition de loi qui n'a pu être examinée par le Conseil d'État auparavant, passe au Conseil Constitutionnel, elle en sortira renforcée, c'est beaucoup mieux que si elle était contestée dans quelques mois au titre d'une question prioritaire de constitutionnalité".

Jean-Michel Blanquer a mis les mains dans le pot de confiture

Une source gouvernementale à RTL.fr

Mais la pilule a du mal à passer. Jean-Michel Blanquer s'est ainsi retrouvé dans une position délicate, vis-à-vis du gouvernement, de la majorité qui est divisée sur le sujet et le recours au Conseil constitutionnel et le président de l'Assemblée Richard Ferrand qui soutient le texte. Le ministre de l'Éducation "a mis les mains dans le pot de confiture, résume une source gouvernementale. Quand on fait cela, il ne faut pas laisser de traces. Et là, il y en a".

Macron et Castex veulent éteindre l'incendie

Le duo exécutif monte au créneau pour apaiser les esprits. "Les langues de France sont un trésor national", a déclaré Emmanuel Macron. Elles "ne cessent d'enrichir notre culture française. Depuis des décennies, un mouvement majeur de transmission par l'école immersive, au travers d'associations comme Diwan, Seaska, les Calendretas, Bressola, ABCM et d'autres, a fait vivre ces langues et a garanti leur avenir. Rien ne saurait entraver cette action décisive", a expliqué le président de la République sur Facebook. Le chef de l'État se place ainsi en "protecteur de la langue française et gardien de la richesse que constituent nos langues régionales"

Ce mercredi 26 mai au Sénat, Jean Castex a assuré que la rentrée "s'effectuera tout à fait normalement" pour les établissements "sous contrat d'association avec l'État" et qui ont exprimé "des inquiétudes" suite à cette décision. La veille, le premier ministre avait annoncé à l'Assemblée nationale qu'il missionnait deux députés sur le sujet. 

"Ce sera une mission courte", et une fois les conclusions rendues "je recevrai l'ensemble des associations concernées, pour que sereinement nous en tirions toutes les conséquences", a précisé le chef du gouvernement, en insistant sur "la volonté politique du gouvernement de préserver la richesse que constituent, dans le cadre de l'unité de la République, les langues régionales". 

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