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"La Conseillère" : portrait de Marie-France Garaud "la femme la plus puissante de la Ve République"

NOUS L'AVONS LU - Dans le livre "La Conseillère", le journaliste au "Monde" Olivier Faye décortique le personnage mystérieux de Marie-France Gauraud, la conseillère de Jacques Chirac.

Marie-France Garaud, le 23 août 1992
Marie-France Garaud, le 23 août 1992 Crédit : PIERRE VERDY / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Tous les matins, quand elle arrive au palais, Marie-France Garaud pose son sac à main en évidence sur le guéridon devant l'entrée de son nouveau bureau. La conseillère exhibe son Chanel comme une lionne monterait les crocs". Elle fut l'une des conseillères les plus redoutées et redoutables de la Vème République. 

Dans La Conseillère, publié aux éditions Fayard, le journaliste au Monde Olivier Faye retrace le parcours d'une femme de pouvoir qui a opéré sous les présidences Pompidou et Chirac. Femme de l'ombre, spin doctor, stratège, il dresse ainsi le portrait de celle qui permit à Jacques Chirac d'atteindre l'Élysée

Tailleur Chanel, remarques acerbes, pouvoir quasi illimité, Marie-France Garaud a pour coutume de glacer le sang de ceux qui toquent à la porte de son bureau. Jacques Chirac lui même fera les frais de son langage cruel. "Je croyais que Chirac était du marbre dont on fait les statues. En réalité, il est de la faïence dont on fait les bidets", lui dira-t-elle. Retour sur le parcours d'une femme de pouvoir.

"L'éminence grise"

Née en 1934, Marie-France Garaud est chérie par son père "comme un fils", note l'auteur. "Il l'emmène très tôt à la chasse, la traite avec les mêmes égards qu'un garçon (...) A 15 ans, Marcel lui met un fusil entre les mains. L'honneur est lourd, et le père déçu. 'Il y a deux catégories de tireurs. Ceux qui tirent en face et ceux qui tirent à côté. Tu appartiens à la deuxième catégorie', lui lance-t-il un soir en rentrant d'une partie de chasse, les pieds dans la gadoue. La jeune femme rumine l'humiliation", raconte Olivier Faye.

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Vingt ans plus tard, elle s'inscrit au barreau de Poitiers et travaillera dans un cabinet d'avocats. "Il n'est pas banal pour une femme d'exercer un tel métier dans les années 1950, mais son père lui a donné suffisamment confiance en elle pour ne pas s'écraser face à ces messieurs", peut-on lire dans La conseillère.

Ce sont toujours les femmes qui font les corvées, de toute façon…

Marie-France Garaud
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Au fil des années, Marie-France Garraud s'impose dans la vie politique française, toujours dans l'ombre, mais néanmoins redoutable. Elle prendra avec Pierre Juillet, Jacques Chirac sous son aile. Ce dernier, à l'époque secrétaire d'État aux Finances est chargé de surveiller Valéry Giscard d'Estaing. Il "doit leur rapporter ses moindres faits et gestes", résume le journaliste au Monde.

Marie-France Garaud s'immiscera dans la relation que Jacques Chirac entretient avec une journaliste du Figaro Jacqueline Chabridon. "Elle non plus ne veut pas voir Chirac divorcer ; cela risquerait de compromettre ses chances de devenir un jour président de la République", raconte Olivier Faye. "La pression dure plusieurs mois. Jacqueline Chabridon, qui a appris que la conseillère s’est lancée à ses trousses, prend peur. Son adversaire, lui assure-t-on, ne connaît aucune limite (...) L’éminence grise est surtout prête à régler cette histoire à la place de Chirac, qui, de guerre lasse, abandonne le combat et consent du bout des lèvres à une rupture. Mais il ne trouve pas le courage de s’en charger lui-même. 'Ce sont toujours les femmes qui font les corvées, de toute façon…', souffle la conseillère".

Selon plusieurs témoins, la conseillère de Jacques Chirac aurait proposé à Jacqueline Chabridon 500.000 francs pour son silence. "Jacqueline Chabridon, pour sa part, réfute avoir jamais touché ou s’être vu proposer le moindre centime. Quoi qu’il en soit, l’histoire qui la lie à Chirac prend fin ; ils ne se reverront plus que de loin en loin", écrit le journaliste. 

La fin d'une collaboration étroite en 1995

Celle qui n'aura eu droit qu'à quelques lignes dans les Mémoires de Jacques Chirac, s'éloignera de son poulain après sa victoire en 1995. 

"Elle n'a pas supporté de le voir couper les ponts dès son élection avec le mythe gaulliste d'une France résistante en reconnaissant la responsabilité de l'Etat français dans la rafle du Vél' d'Hiv'. 'Non, Vichy n'est pas la France !' (...) Jacques Chirac la décevra jusqu'au bout. L'aigreur s'est transformée en mépris", peut-on lire dans La Conseillère. Un mépris qui prendra forme par un non-vote lors du second tour de l'élection présidentielle de 2002. 

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