3 min de lecture Justice

Jérôme Cahuzac, dans l'attente de son verdict, vit tel un "banni de la société"

Celui qui a tout perdu réside désormais dans un village corse de moins de 1.000 habitants, où personne ne le croise. Ses amis décrivent un homme "vidé de l'intérieur".

Jérôme Cahuzac au Palais de Justice de Paris, le 12 février 2018
Jérôme Cahuzac au Palais de Justice de Paris, le 12 février 2018 Crédit : Eric FEFERBERG / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet
Journaliste

La descente aux enfers n'est peut-être pas encore terminée pour Jérôme Cahuzac. L'ancien ministre du Budget dont le procès en appel pour fraude fiscale et blanchiment s'est déroulé mi-février à Paris redoute encore une seule chose : la détention. Il sera fixé sur son sort le 15 mai prochain.

"Cahuzac en prison, ce n’est pas une décision de justice" avait plaidé son avocat Éric Dupond-Moretti à l'audience. L'avocat avait même proposé "d'alourdir la peine" en augmentant la partie avec sursis mais de ne pas envoyer "en taule" l’ex-député.

"Je ne souhaite pas que ma mère et mes enfants me voient aller en prison", avait-il lui même expliqué, à la barre. "Déjà, il y a cinq ans, sa grande terreur était la prison", témoigne dans les colonnes de Paris-Match l'un de ses proches au Parti socialiste, Dominique Lefebvre. 

Je n'ai plus rien, je ne suis plus rien, je suis mort

Jérôme Cahuzac
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Pour savoir comment l'ex-ministre vivait "l'après", l'hebdomadaire a interrogé ses proches. Tous dépeignent un homme brisé, seul. "Je n'ai plus rien, je ne suis plus rien, je suis mort", aurait confié Jérôme Cahuzac à son ami François Patriat, l'un des seuls socialistes (aujourd'hui président du groupe REM au Sénat) à ne pas lui avoir tourné le dos.

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Un "banni de la société", un "paria de la République", un "ermite", les qualificatifs sont nombreux pour décrire cet homme, à qui tout avait réussi. L'ancien ministre a quitté toute forme de vie sociale pour s'installer en Corse, dans le village où ses parents ont une maison depuis près de 50 ans. Là-bas, les 943 habitants ne voient pas souvent Jérôme Cahuzac, qui préfère rester avec son chien, tout en s'occupant de sa mère, qui a de légers soucis de santé, explique le journal. 

Il ne peut pas aller au cinéma sans qu’un gars essaie de lui mettre la main dans la figure

Un proche de Jérôme Cahuzac
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Au village, on "ne le croise pas du tout". "Ici on lui fout la paix", résume un autre de ses amis, l'avocat Francis Szpiner. Ce dernier raconte que la vie en métropole était devenue impossible. "Il est venu dîner à la maison parce qu’il n’aime plus sortir au restaurant. Les gens l’agressent", précise-t-il. "Il ne peut pas aller au cinéma sans qu’un gars essaie de lui mettre la main dans la figure", témoigne un autre de ses proches.

Le lobbyiste Paul Boury rapporte une autre anecdote. "L’année dernière, je l’ai croisé dans une salle d’attente de l’aéroport de Paris. Il était dans un coin, recroquevillé, avec des lunettes pour ne pas être reconnu. Comme un animal qui se terre". "Je suis mort socialement", aurait dit Jérôme Cahuzac à cet ami, qui le décrit aujourd'hui comme "vidé de l'intérieur". 

Une vie professionnelle réduite à néant

Pour l'ex-chirurgien, la chute a été rude. Habitué à vivre dans le luxe, il ne touche aujourd'hui "que" 5.000 euros par mois, comprenant les 4.000 euros de sa retraite de député ajoutée à deux autres retraites complémentaires, précise Paris-Match. Mais le pire pour Jérôme Cahuzac, c'est de ne plus pouvoir exercer.

"On est quelques-uns à lui avoir confié des missions pour l’aider. Mais dès que vous le faites travailler, vous êtes dans le collimateur de la police. Comme si une espèce de fatwa pesait sur lui", raconte à l'hebdomadaire un proche de l'ex-chirurgien. Une situation pesante qui a à chaque fois découragé ses hypothétiques associés. Et a réduit à néant ses projets de devenir médecin généraliste en Corse ou d'ouvrir un cabinet médical en Seine-Saint-Denis. Son ami François Patriat conclut : "Il est à plat complet. Chaque fois qu’il a eu une opportunité, on la lui a ôtée". 

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