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Insultes, suspensions de séances : débats houleux sur les retraites à l'Assemblée

Depuis l'ouverture des débats autour de la réforme des retraites à l'Assemblée, les insultes et les passes d'armes plus ou moins violentes se multiplient dans l'hémicycle.

L'hémicycle de l'Assemblée nationale le 17 février 2020.
L'hémicycle de l'Assemblée nationale le 17 février 2020. Crédit : Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy
et AFP

"À cause de Macron..." C'est le refrain entonné par un groupe de femmes devant l'Assemblée nationale, qui a valu aux élues présentes de se faire insulter de "petites connes" par leur collègue Meyer Habib en pleine séance de débats parlementaires dans l'hémicycle jeudi 19 février.

Deux jours plus tôt, la sénatrice Esther Benbassa et les députées Clémentine Autain et Elsa Faucillon participaient à un flash-mob devant le bâtiment de l'Assemblée nationale où s'ouvraient les débats sur la réforme des retraites. Sur une vidéo, on les voit entonner la chanson, dont l'air est inspiré du tube des chanteuses Laurence Heller et Hélène Bérard "À cause des garçons", tout en interprétant une chorégraphie revêtues d'un costume (combinaison bleue, gants jaunes, foulards rouge) rappelant celui de Rosie La Riveteuse, icône féministe. À la fin de la prestation, on les voit frapper une figurine à l'effigie d'Emmanuel Macron.

Le même jour, Meyer Habib, député UDI, s'est empressé de tweeter son indignation, avant de réitérer ses insultes dans l'hémicycle. "Traiter des parlementaires de 'petites connes' sur les réseaux sociaux est à la fois sexistes et insultant", a réagi Clémentine Autain, députée La France insoumise (LFI). "J'aimerais bien un jour que vous soyez là un jour pour débattre du fond sans insultes, sans injures et sans sexisme."

Cette violente passe d'arme entre députés n'est qu'un exemple parmi d'autres échanges houleux survenus à l'Assemblée depuis l'ouverture des débats autour de la réforme des retraites lundi. En quelques jours, l'examen du texte, pour lequel ont été déposés près de 41.000 amendements, a viré au quasi-blocage.

Rappels au règlement

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Dès l'ouverture de la séance lundi 17 février, le ton a été donné avec des rappels au règlement des Républicains (LR) réclamant des éclairages sur le financement de la réforme, et de la gauche dénonçant les règles en vigueur pour l'examen des 41.000 amendements. Dans une atmosphère houleuse, les trois groupes de gauche (PS, PCF et LFI) ont contesté les mesures prises la veille en conférence des présidents de l'Assemblée pour quadriller le débat, prévoyant notamment un seul orateur sur les amendements identiques.  

Pour la gauche, il est en particulier inacceptable que des amendements placés à différents endroits du texte tombent au motif qu'ils auraient le même objet. "C'est grave ce qui se passe", a lancé Sébastien Jumel (PCF), en accusant le président de l'Assemblée "d'autoritarisme". Au perchoir, Richard Ferrand (LREM) a défendu l'application d'une "règle constante" et exclu toute nouvelle conférence des présidents au motif que "les humeurs changeraient".

Le Président de l'Assemblée a d'ailleurs eu un échange tendue avec Jean-Luc Mélenchon. "Ici ce n'est pas un meeting, c'est l'Assemblée nationale", a déclaré Richard Ferrand à l'encontre du député LFI qui demandait un rappel au règlement. "Vous devriez vous calmer", lui a rétorqué ce dernier.

Par ailleurs, lors d'une des multiples pauses, à la veille d'une nouvelle journée interprofessionnelle de mobilisation, plusieurs insoumis et communistes ont entonné le chant des gilets jaunes "On est là". 

L'Assemblée "se transforme en cirque"

"Quelle image donnons-nous de nos travaux ? C'est de l'antiparlementarisme de base", s'est offusqué le co-rapporteur Nicolas Turquois (MoDem), applaudi par la majorité, debout, tandis que le secrétaire d'État Laurent Pietraszewski plaidait pour en revenir au débat. Sur Twitter, des élus disaient leur "honte" que l'Assemblée "se transforme en cirque" ou déploraient "un concours Lépine de l'obstruction désolant". 

"Attention, vous jouez avec le feu", a aussi lancé le chef de file des députés LREM Gilles Le Gendre à l'opposition. "La question n'est plus celle du débat sur les retraites mais celle de la défense des institutions", s'est-il égosillé, dans une intervention conclue par une standing ovation des "marcheurs" et une énième suspension de séance. 

Le spectre de l'utilisation du "49-3", arme de la Constitution qui permet au gouvernement d'abréger les débats et de faire adopter un projet de loi sans vote, plane. "On va vers l'inconnu total", admet une source gouvernementale, qui dit assister "à ce triste spectacle bras ballants".  

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