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IGR, CHU de Nice, Toulouse... Touraine fait-elle vraiment du recasage ?

INTERVIEWS - La nomination d'un proche de la ministre à l'Institut Gustave Roussy soulève une vague d'indignation. RTL.fr fait le point sur cette affaire dite de "recasage".

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, le 20 juillet 2015 à Paris.
La ministre de la Santé, Marisol Touraine, le 20 juillet 2015 à Paris. Crédit : THOMAS SAMSON / AFP
Philippe Peyre
Philippe Peyre

Que se passe-t-il à l'Institut Gustave Roussy (IGR) ? Ce centre leader en Europe dans la lutte contre le cancer est au cœur d'une polémique depuis le début du mois de décembre. En cause : la nomination d'un conseiller de Marisol Touraine, Frédéric Varnier, à la direction générale adjointe de l'établissement et ce, contre l'avis du Conseil d'administration de l'Institut. Si cet avis n'est que consultatif et qu'il appartient bien à la ministre de nommer le directeur général adjoint de l'IGR, un membre du Conseil d'administration, Jean Pierre Davant, précise à RTL.fr que l'usage veut que le directeur général puisse choisir son adjoint : "Ils doivent former un tandem parfait pour assurer l'avenir de l'IGR". 

Si la polémique prend de l'ampleur, c'est que l'actuel directeur général de l'IGR, le Professeur Alexander Eggermont, scientifique néerlandais à la renommée internationale, menace de quitter la France si le binôme ne fonctionne pas avec Frédéric Varnier. "La ministre est irresponsable. Alexander Eggermont est une personne brillante, à la renommée internationale et il ne comprend pas ce qu'il se passe. Il n'imaginait pas que ça se passait ainsi en France", fait savoir Jean-Pierre Davant, qui se pose en porte-parole du Pr Eggermont. "Ce n'est pas dans une volonté de contrer la politique de Marisol Touraine que nous nous opposons à cette nomination mais il s'agit là d'assurer l'avenir de l'Institut". 

Le candidat de l'IGR proche du programme Santé de Fillon ?

Une source a fait part à RTL.fr de son interrogation sur le profil du candidat souhaité par l'IGR : Cédric Arcos, l'actuel délégué général adjoint de la Fédération hospitalière de France. Un homme qui serait proche des milieux de droite et notamment de Gérard Larcher et François Fillon. Cédric Arcos a en effet dirigé le Cercle Santé Innovation, un think tank créé en 2013 sous l'impulsion de Gérard Larcher, président LR du Sénat, et dont les propositions seraient très proches de celles formulées actuellement par François Fillon. Dès lors, s'agit-il d'un règlement de compte politique, après que la ministre de la Santé a lancé des attaques virulentes sur les projets de santé du candidat LR ? C'est une hypothèse envisagée.
Contacté à ce sujet, Jean-Pierre Davant s'étrangle : "On ne peut pas faire tourner l'IGR avec des considérations politiques. La lutte contre le cancer va bien au delà des partis politiques". Olivier Guérin, médecin au CHU de Nice (Alpes-Maritime), confirme à RTL.fr que la nomination de Frédéric Varnier était dans les tuyaux depuis le printemps. En effet, la candidature de Charles Guépratte pour le poste de directeur général du CHU de Nice aurait, selon le Pr Guérin, été poussée par la ministre pour libérer la place à Frédéric Varnier.

Charles Guépratte n'est autre que l'ex-directeur général adjoint de l'IGR, poste au cœur de la polémique. "Après enquête, j'ai su que des dossiers bien meilleurs avaient été écartés et on a compris que la short-list des candidats retenus pour le poste avait été constituée de telle sorte que la candidature de Charles Guépratte soit la meilleure pour qu'il quitte l'IGR et libère la place à Frédéric Varnier, très intéressé par le poste, raconte Olivier Guérin : "On s'est senti la main forcée alors qu'il nous fallait le meilleur candidat possible".
Une autre source, cette fois proche de Cédric Arcos, confirme sous couvert d'anonymat à RTL.fr l'hypothèse selon laquelle cette nomination court depuis le printemps : "Je travaille avec lui et c'est dans les tuyaux depuis bien avant les primaires".

C'est quelqu'un d'intelligent et de compétent

Un proche de Frédéric Varnier
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Frédéric Varnier n'a pas donné suite à nos multiples demandes d'interviews. Yann Bubien, directeur général du CHU d'Angers et proche de Frédéric Varnier, qu'il connait depuis une quinzaine d'années, assure à RTL.fr qu'il s'agit de quelqu'un d'intelligent et de compétent, qui a quelque chose en plus". Il ajoute : "Tous les directeurs d'hôpitaux avec qui j'ai pu en discuter sont très surpris de cette polémique. Quand on est en cabinet, on sacrifie des années entières de sa vie au service de la France, je trouve ça très injuste qu'il soit traité ainsi, alors qu'il y a eu des recasages sous tous les gouvernements".

Des recasages efficaces

Accusée de multiplier les recasages, Marisol Touraine aurait effectivement placé plusieurs personnalités au cours des derniers mois. En décembre 2015, c'est Raymond Le Moign qui a été envoyé au CHU de Toulouse sans passer par un appel à candidatures. "C'est vrai qu'il n'y a pas eu d'appel à candidature mais j'ai eu directement la ministre au téléphone, elle m'a indiqué qu'elle connaissait quelqu'un de très compétent, qu'elle souhaitait qu'on le rencontre mais elle m'a assuré qu'elle ne le nommerait pas contre notre volonté", se souvient pour RTL.fr Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse et président du conseil de surveillance dudit CHU.

Raymond Le Moign a été reçu et son profil a été validé par l'ensemble des acteurs du dossier. "Il fait un excellent travail. J'en tire un très bon bilan un an après et le fait de ne pas passer par un appel à candidature nous a fait gagner du temps car le poste était vacant suite au départ brutal du directeur général", précise le maire de Toulouse qui, bien que membre de l'opposition, assure avoir apprécié de la part de Marisol Touraine "une démarche avant tout professionnelle".

À Nice, si Olivier Guérin déplore le "passage en force" de la ministre pour nommer Charles Guépratte, il reconnaît qu'il était un des meilleurs candidats et que ses compétences en tant que directeur général du CHU ne sont absolument pas à remettre en question. "C'est un très bon directeur pour le CHU", indique-t-il. En revanche, il se montre beaucoup plus sceptique quant à la tentative de recasage de Frédéric Varnier à l'IGR : "Je connais M. Varnier, c'est quelqu'un de compétent. Mais c'est essentiel que le directeur et son adjoint s'entendent parfaitement et qu'ils se fassent confiance. Si la ministre nomme, l'usage veut qu'elle ne le fasse pas contre l'avis du Conseil d'administration. Si j'étais Frédéric Varnier, je n'irais pas".

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