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Grenelle des violences conjugales : Philippe veut éviter l'opération de com' et mettre fin au "déni"

DÉCRYPTAGE - Face aux critiques d'associations dénonçant la communication qui entoure le lancement du Grenelle des violences conjugales, Édouard Philippe a proposé des mesures "d'urgence".

Marlène Schiappa, Christophe Castaner, Édouard Philippe et Julien Denormandie, au Grenelle des violences conjugales le 3 septembre 2019
Marlène Schiappa, Christophe Castaner, Édouard Philippe et Julien Denormandie, au Grenelle des violences conjugales le 3 septembre 2019 Crédit : Eric FEFERBERG / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Un cri d'urgence. Le gouvernement lance ce mardi 3 septembre et jusqu'au 25 novembre prochain un "Grenelle" des violences conjugales. Objectif : enrayer un phénomène ayant déjà fait plus de 100 morts depuis le début de l'année. 

Devant quelque 80 invités, des responsables associatifs, acteurs de terrain, policiers, gendarmes, magistrats ou avocats, plus de 10 membres du gouvernement, dont Marlène Schiappa (égalité femmes-hommes), Nicole Belloubet (Justice) et Christophe Castaner (Intérieur), animeront des "ateliers" sur la prévention des violences, la "mise à l'abri et l'accompagnement" des victimes, ou la "sanction" des auteurs violents. 

Emmanuel Macron a quant à lui passé deux heures au 3919, la plateforme téléphonique d'accueil des violences conjugales, en prélude à l'ouverture du Grenelle de la lutte contre les violences conjugales. Ce déplacement dans le XIXe arrondissement de Paris, effectué dans la plus grande discrétion, avait notamment pour but de mieux faire connaître le 3919, encore insuffisamment identifié. Anonyme et gratuit, le 3919 est ouvert 7 jours sur 7, de 9h à 22h en semaine et de 9h à 18h les week-ends et jours fériés

Un calendrier qui suscite le scepticisme

"Confiantes" avant ce Grenelle, les associations se veulent néanmoins également "vigilantes", notamment face au risque que l'événement se résume à une "opération de communication de la part du gouvernement". 

"Pourquoi organiser un Grenelle sur plusieurs mois alors que les solutions pour lutter contre les violences au sein du couple sont connues et reconnues de longue date ?", s'est ainsi interrogée Caroline De Haas, membre du collectif #NousToutes, qui appelle à "une volonté politique et des moyens hors du commun" pour enrayer ce fléau.  

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Sur RTL, Luc Frémiot, ancien procureur de la République de Douai et spécialiste des violences conjugales déclarait : "C'est de la com', de l'agitation. Belloubet est complètement passive [...] Castaner est complètement indifférent à ce genre de problème [...] Schiappa fait le show". 

Des associations féministes dans l'attente

Les associations féministes mobilisées sur le sujet souhaitent que l'événement débouche sur un "plan Marshall" doté d'"au moins" 500 millions, voire un milliard d'euros, loin des 79 millions d'euros de crédits spécifiquement alloués à cette lutte, selon une étude menée par cinq organisations. 

"Ce qu'on attend, c'est des résultats", a martelé Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes, lors d'une conférence de presse réunissant une dizaine d'associations. Les militantes demandent notamment la création, avant la fin de l'année, d'au moins 2.000 places d'hébergement supplémentaires pour les femmes ayant fui le domicile conjugal, un renforcement de la prévention contre les violences sexistes dès l'école, ou la création d'instances judiciaires spécialisées.  

Elles préconisent également de mieux former les policiers et gendarmes appelés à recueillir les plaintes des femmes victimes, afin d'éviter que celles-ci se voient éconduire ou répondre que porter plainte "ne sert à rien". "On ne veut pas un Grenelle des fake news (...) On souhaite que ce qui va être annoncé soit budgété, soit concrètement réalisé. L'attente est énorme. Les 100 femmes qui ont été assassinées (depuis le début de l'année) nous obligent", a souligné Anne-Cécile Mailfert.

Des premières mesures d'urgence annoncées

Édouard Philippe a annoncé "des mesures d'urgence". "Il est temps d'assurer à toutes les Françaises le droit de respirer, avec ou sans conjoint", a-t-il indiqué. Le gouvernement va mobiliser 5 millions d'euros pour créer à partir du 1er janvier 2020 1.000 nouvelles places d'hébergement et de logements d'urgence destinées aux femmes victimes de violences conjugales. 

Ces places, qui s'ajouteront aux quelque 5.000 existantes, se déclineront en 250 places "dans les centres d'hébergement d'urgence, pour assurer des mises en sécurité immédiates", et 750 places de "logement temporaire", pour des périodes comprises entre 6 mois et un an, a précisé le chef du gouvernement en ouvrant le "Grenelle" consacré à la lutte contre les violences conjugales. Édouard Philippe a aussi annoncé la possibilité de porter plainte dans les hôpitaux.

De son côté, Marlène Schiappa a annoncé la semaine dernière la création d'un "fonds spécial" contre les féminicides d'un million d'euros à destination d'"associations de terrain", un chiffre jugé très insuffisant par les associations. Le Grenelle "n'est pas une baguette magique", a reconnu la secrétaire d'État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, au Parisien. Les violences conjugales et les féminicides ne vont pas s'arrêter dès le lendemain. C'est un travail de longue haleine".  

Des députés mobilisés sur le terrain

Travail sur le terrain, "livre blanc" et proposition de loi sur le bracelet électronique... Les députés La République En Marche vont avancer leurs idées dans le cadre du "Grenelle" des violences conjugales, lancé mardi, et assurent associer les oppositions. "Nous n'arriverons à éradiquer ces violences que tous ensemble", estime auprès de l'AFP Guillaume Gouffier-Cha, député du Val-de-Marne et copilote d'un groupe de travail LaREM dédié, d'une trentaine de membres. 

D'ici au 20 octobre, une journée d'échanges avec les associations et les acteurs institutionnels sera organisée dans chaque région. Le groupe de travail effectuera aussi des déplacements, y compris outre-mer. Selon Guillaume Gouffier-Cha, "il s'agit de voir les freins et aussi les bonnes pratiques", qui seront synthétisés dans un "livre blanc" remis début novembre à Marlène Schiappa

En parallèle, les députés du groupe majoritaire, qui se réuniront le 10 septembre prochain avec Marlène Schiappa, ont préparé une proposition de loi pour étendre le bracelet électronique antirapprochement, permettant de géolocaliser un ex-conjoint violent. Le texte devrait être débattu à l'automne. 

De leur côté, Les Républicains ont aussi leur proposition de loi sur le sujet. Elle vise notamment à réduire à six jours le moment entre la saisine de la justice par une victime et la mise en place de l'ordonnance de protection, un dispositif existant. Les députés LR ont inscrit cette proposition de loi dans leur "niche" parlementaire le 10 octobre, 

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