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Emmanuel Macron à la reconquête des maires : 3 points pour comprendre

ÉCLAIRAGE - Le président de la République prendra la parole face aux maires de France, jeudi 23 novembre. Un discours attendu au tournant par ceux qui estiment que le Président a délaissé les territoires.

Emmanuel Macron à l'Élysée, le 20 novembre 2017
Emmanuel Macron à l'Élysée, le 20 novembre 2017 Crédit : ludovic MARIN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Taxe d'habitation, baisse des crédits, APL... Entre Emmanuel Macron et les maires, tout est parti du mauvais pied. Les élus sont en "colère" contre le président de la République. Dans un entretien au Figaro, François Baroin, le président de l’Association des maires de France (AMF), affirme : "Nous avons beaucoup souffert sous la présidence Hollande et nous étions prêts à travailler en confiance avec le nouvel exécutif. Et patatras ! Le jour même de l'ouverture de la conférence des territoires par Emmanuel Macron, on passe de 10 à 13 milliards d'euros d'efforts demandés aux collectivités. Puis, dès le lendemain, est décidé un surgel des dotations de 300 millions d'euros".

Le face-à-face entre les maires et Emmanuel Macron aura lieu jeudi 23 novembre, en clôture du 100ème congrès des maires avec l'intervention du président de la République. Plus de 15.000 maires sont attendus porte de Versailles ainsi qu'une quinzaine de ministres. La mission du chef de l'État sera de rassurer ses interlocuteurs. 

1. Gel des dotations et suppression de la taxe d'habitation

Comme l'indique l'AFP, "le principal point de friction est l'objectif de 13 milliards d'euros d'économie imposé aux collectivités sur la durée du quinquennat. Pour y parvenir, le gouvernement demande aux 319 plus grosses collectivités, dont les grandes villes et intercommunalités, de limiter la hausse de leurs dépenses de fonctionnement à 1,2% par an, à défaut de quoi elles s'exposeraient à des sanctions financières". 

Autre contestation : l'exonération de 80% des foyers de la taxe d'habitation, mise en place par le gouvernement d'Emmanuel Macron. En réponse, les élus de l'Eure ont demandé un moratoire sur la suppression de la taxe d'habitation. "Le mouvement du 4 octobre, c'est pour alerter la population sur ce que vont devenir les services publics locaux si on supprime cette taxe. Je vais fermer tous les services publics qui correspondent à ce qui est payé par les impôts locaux (...) Il n'y aura pas de centre de loisirs, pas de cantine, pas de ramassage des ordures ménagères etc...", avait expliqué Guy Lefrand, premier magistrat d'Évreux.

2. L'escalade de la colère des maires

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La décision de geler les dotation des collectivités est vécue comme "une trahison" par Olivier Dussopt, président de l'Association des petites villes de France. À l'antenne de RTL en août dernier, le député Nouvelle Gauche déclarait qu'il s'agissait d'un "double sentiment. À la fois de la déception parce que le président de la République nous avait indiqué lors de la Conférence nationale des territoires qu'il voulait changer de méthode (...) et en même temps, une forme de trahison puisque, effectivement, ce discours rassurant s'est tenu le 17 juillet, et le 20 juillet, un décret était signé, supprimant non pas des aides au fonctionnement des collectivités, mais des crédits d'investissements".

Le 16 novembre dernier, un nouveau cap a été franchi avec l'appel lancé par Damien Abad, le vice-président du groupe Les Républicains à l'Assemblée, à destination du président de la République. Ce dernier a réclamé un "sursaut en faveur des territoires" porté par les élus de la droite et du centre, "sous forme de plateforme contributive". Objectif : "Dénoncer la mise sous tutelle des commune pour la suppression de la taxe d'habitation, l'asphyxie des départements par l'explosion des dépenses sociales et la dévitalisation des régions par les tentatives de centralisation institutionnelle".

Le vice-président de l'Association des maires de France, André Laignel, a annoncé sur France 2 : "Si nous avons à la fois l'assèchement de notre fiscalité, 13 milliards de dépenses en moins sur les temps qui sont devant nous, et dans le même temps le blocage de nos capacités d'endettement, que reste-t-il de nos libertés ?". Il rappelle avoir "dit très clairement (...) au président de la République que s'il n'y avait pas d'équilibre, si c'était la République décentralisée qui était mise en cause alors qu'elle est garantie par la Constitution, nous n'aurions d'autre solution que de saisir le Conseil constitutionnel".

3. Opération reconquête pour Macron

L'hypothèse du recours au Conseil constitutionnel n'est pas prise à la légère par l'Élysée. "Je souhaite vraiment sa réussite. Ce n'est pas ce président et ce gouvernement qui sont en cause, c'est une pente inexorable qui est mise en oeuvre depuis longtemps", juge François Baroin. Selon Le Figaro, "Édouard Philippe tente de désamorcer la grogne en amont du congrès. Vendredi dernier, dans un entretien à La Gazette des communes, le Premier ministre a fait assaut de propos rassurants et didactiques. 'Nous demandons une maîtrise de la progression de la dépense publique locale, pas une baisse. Nous proposons un mécanisme innovant, à l'exact opposé de ce qui se pratiquait jusque-là : plus de liberté et plus de concertation, avec la Conférence nationale des territoires et des mécanismes contractuels permettant aux collectivités de participer à l'effort de maîtrise des dépenses publiques'."

Le gouvernement prône la stratégie de la pédagogie à l'égard des maires. "L'exécutif n'est pas en guerre contre les élus. Il y a un besoin de pédagogie, notamment sur la compréhension financière de la taxe d'habitation, sur les dotations aux collectivités locales. Par ailleurs, la matière est très technique, pas toujours simple à suivre", se défend l'Élysée dans le quotidien. 

Une telle réception en l'honneur des maires est une première depuis Jacques Chirac

L'Élysée à propos des 1.500 maires conviés par Emmanuel Macron
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Avant de prendre la parole face aux maires, Emmanuel Macron a convié 1.500 maires à l'Élysée le mercredi 22 novembres. Le but ? "Échanger avec eux et marquer l'importance de ce tissu d'élus de proximité et de confiance pour les Français". "Les élus arriveront en deux vagues, à 20 heures et 21 heures, et tout le Palais leur sera ouvert, salons et salle des fêtes. Une telle réception en l'honneur des maires est une première depuis Jacques Chirac", a indiqué l'Élysée. Autre événement prévu le même jour : le Président recevra le président de l'AMF, François Baroin.

Selon les premières informations dévoilées par l'AFP, le président de la République évoquera lors de son discours "la question des rapports entre l'État et les collectivités locales, qui se sont tendus à la rentrée en raison de la diminution des emplois aidés, très utilisés par les petites communes, de la fin progressive de la taxe d'habitation, l'un des principaux impôts locaux et des difficultés des départements à verser les allocations sociales comme le RSA".

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