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Coronavirus : Alain Duhamel prône des "mesures collectives pour éviter la situation des années 30"

ÉDITO - La pandémie de coronavirus demande une réaction européenne et mondiale à la crise sanitaire et au tsunami économique et social qui suivra.

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Alain Duhamel prône des "mesures collectives pour éviter la situation des années 30" Crédit Média : Stéphane Carpentier | Durée : | Date : La page de l'émission
La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel et Aymeric Parthonnaud

On savait qu'on entrait dans la phase la plus rude, la plus intense, la plus dangereuse. On a tous entendu l'appel de Martin Hirsch avec des accents qui ressemblaient à ceux de l'abbé Pierre en 1954, quand "il y avait le grand froid et des gens dehors". C'était pathétique, c'était mobilisateur. C'était angoissant aussi. En ce qui concerne l'organisation de la santé, chacun fait vraiment en ce moment le maximum et que tout le monde s'est préparé. Maintenant, est ce qu'il y aura le nombre de lits suffisant ? Est ce qu'il y aura l'équipement qu'il faudra ? Ça dépendra évidemment du flux des malades. C'est vraiment un moment de gravité parce que c'est là où on va voir s'il y a ce qu'il faut pour tenir le coup.

Le président a choisi le registre militaire. Il s'est fait filmer à Mulhouse, devant l'hôpital militaire de campagne. Il était entouré de militaires. Il a annoncé des opérations militaires supplémentaires avec l'envoi de bateaux dans les DOM-TOM en soutien, avec un nouvel investissement de l'armée sur le territoire de la métropole. Ce n'est pas un hasard. Il y a un premier objectif qui est celui de la mobilisation générale, mobilisation générale qui ne va pas de soi dans tous les pays, aux Etats-Unis, au Brésil et en Russie... Ça ne s'est pas passé comme ça. Le chef d'État n'a pas appelé à ça, au contraire. 

Ensuite, il s'agit de justifier par avance les mesures d'exception qui sont légales. On le sait, il y a les ordonnances, mais qui sont néanmoins des mesures d'exception. Et puis, enfin, il y a le besoin d'incarnation réel des Français, de tous les peuples d'ailleurs. Dans une situation de très grande crise comme celle ci, il faut qu'il y ait un visage qui parle ce visage disons qu'il y a un képi implicite au dessus de la tête.

Les atouts et les faiblesses de la France

On a des atouts particuliers en France, avec un très bon service public, avec un Etat qui demeure centralisé, efficace. Plus que chez nos voisins, on a des inconvénients qui sont nationaux aussi, comme notre propension à nous diviser. Quand on voit les polémiques politiciennes qui se multiplient, quand on voit les actions judiciaires qui sont déjà entamées alors qu'on est au début de la crise, quand on voit la Fédération des services publics de la CGT qui annonce un préavis de grève pour le mois d'avril, etc. Il est évident que ça ne correspond pas aux nécessités actuelles que quand la crise sera finie, les règlements de comptes, qu'il y ait des procès s'il le faut, qu'il y ait un examen complet, mais bien sûr, et qui a des conséquences à en tirer, surtout, certainement. Mais la division, c'est un handicap.

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La situation économique est très inquiétante, comme dans tous les pays du monde, mais peut-être un peu moins que d'autres d'ailleurs. Pour l'instant, on fonctionne aux deux tiers, mais on sait très bien qu'il va y avoir deux phases. Dans la première phase, la phase actuelle, il y a beaucoup de mesures qui ont été prises avec de l'ambition et immédiate pour entretenir ce qui ce qu'on peut entretenir en activité, là où il le faut et en même temps pour trouver des systèmes de compensation (chômage partiel, aides, etc.). Mais le plus gros est à venir. Le plus gros, c'est la crise économique après la crise sanitaire. Elle sera gigantesque, elle sera mondiale et à ce moment là, il faut, il faudra des mesures collectives au plan de l'Europe, au plan mondial. C'est d'ailleurs ce qui s'esquisse pour l'instant, mais ça sera essentiel si on ne veut pas retrouver la situation des années 30. 

Il faudra innover, être ambitieux, collectif et solidaire

Il y a des pays dont les chefs d'État ou de gouvernement n'ont pas voulu regarder la réalité en face. Pour prendre l'exemple le plus caricatural, Bolsonaro au Brésil, qui disait que son pays était tellement "jeune, tellement viril", que ce n'était pas la peine de prendre des mesures particulières que la population résisterait bien comme ça. On s'aperçoit évidemment que ce n'est pas du tout le cas. Mais, au-delà de ça, des pays beaucoup plus proches de nous n'ont pas voulu prendre les décisions collectives nécessaires parce qu'elles ont des traditions de liberté comme au Royaume-Uni ou comme aux Pays-Bas. Maintenant, ils sont bien obligés de s'y mettre, mais en retard, et ça sera malheureusement à leurs dépens. 

Reste que l'essentiel, c'est qu'il y a une réaction internationale active, ambitieuse et de haut niveau. C'est vrai au niveau du G20 qui s'est réuni, réunit. Évidemment, il ne s'est pas réuni physiquement, mais à l'initiative de la Chine et de la France, et qui a pris des décisions très ambitieuses, très importantes et instantanées. C'est vrai en ce qui concerne la Banque centrale européenne, qui envoie par dessus les moulins ses traditions et ses critères habituels. Et elle a raison. Et au niveau de l'Union européenne, il y a des pas en avant qui ne sont pas suffisants parce qu'il y a toujours les pays les plus riches qui rechignent à partager le fardeau des pays les plus pauvres. 

C'est humain, mais c'est inadapté à la situation actuelle. De toute façon, la crise économique aura une telle ampleur que si on veut éviter ce qui s'est passé en 1929 et dans les années qui suivent, il faudra innover, être ambitieux, être collectif et être solidaire, même si on n'en a pas envie.

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