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Comment François Hollande a lancé son offensive sur la présidentielle

DÉCRYPTAGE - François Hollande appellera "à voter pour un candidat avant le second tour". En attendant, le Président "fait confiance à l'intelligence des Français", confie-t-il dans "Le Point".

François Hollande, le 11 avril 2017
François Hollande, le 11 avril 2017 Crédit : Lionel BONAVENTURE / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Être un antihéros, c'est déjà être un héros. Il remplit sa tâche avec dévouement et désintéressement. Il se veut courageux plutôt que téméraire. Il ne recherche pas la prouesse mais la robustesse". Cette définition est donnée par François Hollande. Le président de la République a accordé une longue interview au Point. À dix jours du premier tour de l'élection présidentielle, le chef de l'État sort du silence et multiplie les entretiens dans la presse. "Il accélère", indique un proche au Monde.

Il avait annoncé qu'il resterait en retrait de la campagne présidentielle, après avoir renoncé à se présenter en décembre dernier. Mais il n'en est rien. François Hollande livre son analyse sur la situation et dresse une critique assez dure de cette élection. Tout commence avec le système des primaires. "La primaire est totalement antinomique de la fonction présidentielle. Il est impossible d'être président et en même temps candidat à une primaire, dans les formes que nous avons connues, explique le président de la République, qui pousse le raisonnement plus loin. Il ne doit plus y avoir de primaires dans les partis de gouvernement". François Hollande met alors en garde : "Sinon, il n'y aura bientôt plus de parti de gouvernement dans ce pays. Ils sont devenus fragiles et doivent retrouver une légitimité par eux-mêmes, pas en choisissant leurs candidats à vau-l'eau, comme aurait dit le général de Gaulle". 

Mélenchon dans le viseur, Macron à l'horizon

Au quotidien du soir, il confie que "cette campagne sent mauvais" et attaque Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de la France insoumise est devenu la nouvelle cible de cette présidentielle, depuis sa remontée dans les sondages. En effet, il s'est imposé dans le match à quatre de cette élection, siphonnant directement les voix de Benoît Hamon. Que pense François Hollande de la candidature d'Emmanuel Macron ? Pour le savoir, il faut procéder par élimination. Après avoir mis en garde contre le risque d'une élection de Marine Le Pen et avoir répondu fermement aux accusations de cabinet noir lancées par François Fillon, François Hollande attaque Jean-Luc Mélenchon et pousse vers le candidat d'"En Marche !". 

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"Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l'on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte (...) Je considère que la politique a besoin de renouveau, lance-t-il, comme le rapporte Le Monde. La stratégie de l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste est limpide pour Benoît Hamon. "François me prend pour une bille ! Je sais très bien que c'est lui qui pousse les socialistes à rejoindre Macron", aurait-il dit devant des amis, selon Le Canard Enchaîné

La stratégie d'Emmanuel Macron n'a donné des résultats qu'à cause d'un concours de circonstances

François Hollande dans "Le Point"
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Cependant, François Hollande ne souhaite pas encore apporter son soutien à son ancien ministre de l'Économie. "Quand Emmanuel Macron est venu me dire qu'il voulait lancer un mouvement, je ne l'ai pas découragé. Je considère que la politique a besoin de renouvellement et il n'y avait pas de raisons de s'opposer à sa tentative. Son pari d'être candidat m'a ensuite paru pour le moins audacieux". Et pour expliquer la dynamique autour du fondateur d'"En Marche !", le chef de l'État juge que "sa stratégie n'a donné des résultats qu'à cause d'un concours de circonstances. Mais celui-ci ne suffit pas. Il faut un contenu qu'il doit affirmer encore". 

Réponse du principal intéressé : "Je ne crois pas que ce soit ce que nos citoyens attendent. Je ne crois pas que ce soit ce que les candidats attendent (...) La vie politique est en pleine bouleversement. J'entendais des commentaires politiques qui parlaient de concours de circonstances. S'agissant de ma campagne, c'est une profonde erreur et les gens de gauche comme de droite ne veulent pas voir ce qui est en train de se passer. Ce que nous portons c'est une rupture, un changement profond des pratiques de la vie politique et de son organisation. Ils ne veulent pas comprendre, qu'importe ! Les gens comprennent". 

Hamon absent et règlement de comptes avec les frondeurs

Et Benoît Hamon dans tout ça ? Le président de la République n'en fait pas mention directement dans son entretien dans Le Point. Enfin presque. À la question "Pourquoi n'avoir pas forcé le destin en vous présentant  au début de l'année ?", François Hollande répond : "Il ne vous a pas échappé qu'il y avait un candidat désigné, Benoît Hamon". Quelques lignes plus tôt, le chef de l'État s'adresse aux frondeurs. "Je n'ai jamais ménagé les frondeurs, au contraire. Pensez ! Dans les six premiers mois de mon mandat, trois décisions ont été prises. D'abord, le rétablissement des comptes publics à travers de nécessaires et difficiles augmentations d'impôts. Ensuite, l'adoption après renégociation du pacte budgétaire européen, que récusait la gauche du pari. Enfin, à la suite du rapport Gallois, la baisse des charges des entreprises à travers le CICE qu'ils condamnent. Nous aurions fait tout cela pour complaire aux contestataires ?", détaille-t-il. 

Il adresse ensuite un tacle direct aux frondeurs qui ont quitté son gouvernement. "Je les ai sortis du gouvernement, je ne pouvais pas faire plus ! Mon regret par rapport à cette histoire ? En 2012, il y a eu trop de choix discutables d'investitures de candidats socialistes. Mais je n'étais plus premier secrétaire du Parti socialiste".

Plusieurs héritiers

Après Le Monde et Le Point, François Hollande donne une interview au site Konbini. Il confie "ne pas avoir l’obsession du pouvoir. Tant que je suis président, je ne me pose pas la question de savoir ce que je vais faire quand je ne le serai plus (...) Il y a des candidats qui sont, même s'ils sont différents, même s'ils disent qu'ils n'auraient pas forcément fait exactement ça, même s'ils pensent qu'ils peuvent faire davantage demain, il faut aller vers ceux qui sont plutôt dans la suite. L'Histoire ne s'arrête pas, donc il faut aller vers la marche du progrès". Interrogé sur son potentiel héritier, le Président répond : "J'en ai même plusieurs".

Quoi qu'il en soit, François Hollande mise sur son bilan. "Observez la campagne présidentielle. Les candidats ne font pas le tour des sites sinistrés ou des catastrophes industrielles comme ils le faisaient, moi le premier, en 2012. C'est normal : il n'y en a presque plus ! À l'étranger, on ne regarde plus la France comme un sujet ou un problème et Peugeot, au plus mal il y a cinq ans, vient d'acheter Opel".

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