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Bronze de Bonaparte, cadeaux transmis par Robert Bourgi... On vous résume l'affaire des statuettes reçues par Dominique de Villepin au Quai d'Orsay

Le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête préliminaire visant Dominique de Villepin dans l'affaire des statuettes qu'il a reçues lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères et qu'il a ensuite conservées

Dominique de Villepin, le 13 septembre 2013

Crédit : JOEL SAGET / AFP

Juliette Vignaud & AFP

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Il est dans le viseur de la justice. Le parquet national financier a annoncé, mardi 19 mai, avoir ouvert une enquête préliminaire contre Dominique de Villepin dans l'affaire des statuettes reçues lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères et qu'il a ensuite conservées.

L'homme politique, potentiel candidat à la présidentielle, est visé par des chefs de recel de détournement de fonds publics et toutes infractions connexes. "Le PNF n'aura aucune difficulté à faire la lumière sur cette affaire pour laquelle Dominique de Villepin se tient sereinement à sa disposition", a réagi son entourage auprès de l'Agence France-Presse (AFP).

Cette enquête a été ouverte à la suite des révélations de Complément d'enquête sur Dominique de Villepin. Face aux caméras de France 2, Robert Bourgi prétend que de somptueux cadeaux lui ont été offerts, par son intermédiaire, et payés notamment par l'alors président du Burkina Faso, entre 2002 et 2004.

Des cadeaux d'une valeur de 125.000 euros

Le lobbyiste, figure de la Françafrique, affirme avoir offert une statuette et un buste de Napoléon, achetés 75.000 euros et 50.000 euros, soit une valeur totale de 125.000 euros, à Dominique de Villepin. Des cadeaux payés, selon lui, par Blaise Compaoré, alors président du Burkina Faso en 2002, et l'autre par l'homme d'affaires italien Gian Angelo Perrucci, industriel très implanté en Afrique. 

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"Je savais quels étaient les cadeaux que [Dominique de Villepin] aimait recevoir […] Les vieux livres et des statuettes africaines. Mais surtout, il aimait l’empereur", rapportait Robert Bourgi dans Complément d'enquête. Selon lui, il a alors demandé à Blaise Compaoré d'avoir "un geste" à l'égard de Dominique de Villepin en lui offrant le buste en bronze de l'empereur de Napoléon. 

Même démarche pour la deuxième statuette de Napoléon Bonaparte, payée cette fois-ci par Gian Angelo Perrucci. La galerie de Souzy a garanti l’authenticité des factures et l’identité des donateurs auprès de France 2.

"Recevoir comme ministre des Affaires étrangères des cadeaux de 50.000 et de 75.000 euros venant d'étrangers, je trouve ça anormal", a réagi Robert Bourgi au micro de RTL, et alors même qu'il a participé à leur achat et organisé leur remise. "J'ai satisfait le désir de Dominique de Villepin. Je n'ai pas obligé", se défend-il.

Un piège tendu par Robert Bourgi ?

Robert Bourgi se défend d'avoir tendu un piège à l'ancien ministre : "Lorsque ces cadeaux ont été offerts, je n'avais pas en tête de m'en servir un jour contre Dominique de Villepin." Pourtant, il justifie ses révélations, 20 ans plus tard, car il n'a pas supporté les propos de Dominique de Villepin à l'égard de Nicolas Sarkozy lors de son incarcération, et compte bien être un obstacle à la marche du gaulliste vers l'Élysée.

L'avocat, fidèle depuis vingt ans à Nicolas Sarkozy, avait déjà fait parler de lui en 2017 en offrant pour 13.000 euros de costumes à François Fillon et en le faisant savoir à la presse. À l'époque, il affirmait réagir à son ingratitude, alors qu'il avait cessé de répondre à ses appels. "François Fillon, s'il ne m'avait pas manqué pendant deux mois, jamais je n'aurais sorti cette histoire de costumes. Je n'aime pas l'ingratitude. J'ai le droit", dit-il sur RTL.

Une "erreur" reconnaît Dominique de Villepin

Interrogé sur ces objets d'art dans Complément d'enquête, l'ex-Premier ministre de Jacques Chirac affirme qu'il pensait qu'il s'agissait de cadeaux payés par Robert Bourgi, et assure qu'il n'aurait "jamais" accepté ces objets s'il avait connu "leur provenance". Pour lui, la première statuette était un "cadeau d'anniversaire" de la part du gaulliste, et non d'un dictateur.

Il a aussi nié toute contrepartie. Robert Bourgi "a été écarté (des affaires, NDLR) par moi-même et par Jacques Chirac en 2004/2005. Ce qui montre bien qu'il n'y a aucune prise, aucune forme de lien qui puisse se nourrir à cette occasion". 

Plus tard, le 10 mai, il a reconnu avoir commis "une erreur", mais a néanmoins rappelé qu'il "n'y avait pas d'encadrement de ces situations à l'époque". Si théoriquement, il n'est pas interdit de recevoir de cadeau au Quai d'Orsay, un responsable politique ne peut pas le garder pour lui si sa valeur est importante, relevant d'une tentative d'influence. 

L'affaire des statuettes a ainsi ravivé  les souvenirs de l’ingérence française dans les affaires politiques des pays anciennement colonisés par la France. Dominique de Villepin les a rendues au ministère le 4 mai. 

Une "volonté de nuire" d'un proche de Sarkozy

Les montants réels sont "quatre à cinq fois inférieurs", a également démenti l'entourage de Dominique de Villepin auprès de l'AFP. "L'expertise réalisée par l'un des meilleurs spécialistes français, agréé auprès des tribunaux, a établi que la valeur de marché de ces œuvres pouvait être estimée entre 18.000 et 20.000 euros pour l'une, et entre 10.000 et 12.000 euros pour l'autre", d'après cette source. 
                   
Il a aussi contre-attaqué en soulignant que "M. Bourgi est un ami de 40 ans de Nicolas Sarkozy" et que ces "pseudos révélations interviennent à un moment où (l'ex-président) connaît des moments difficiles dans une affaire judiciaire qui est l'affaire libyenne. Donc il est clair qu'il y a une volonté de nuire". Ces "insinuations sans aucun fondement" sont "absolument ridicules et totalement déplacées", a réagi auprès de l'AFP l'entourage de M. Sarkozy. 

Dans Complément d'enquête, Robert Bourgi a aussi affirmé que Nicolas Sarkozy, qui entretient de longue date de mauvaises relations avec Dominique de Villepin, n'avait rien à voir avec ces révélations. 

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