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Affaire Ferrand : "Emmanuel Macron ne lâche pas son ami", décrypte Alba Ventura

ÉDITO - "Sans doute le Président s'est vu un peu trop vite dans les habits du chevalier blanc de la politique", fait remarquer la journaliste.

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Le soutien de Macron à Ferrand, "une histoire d'hommes", décrypte Alba Ventura Crédit Image : AFP / FRED TANNEAU | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Alba Ventura
Alba Ventura et Loïc Farge

Le gouvernement et le président de la République font bloc autour de Richard Ferrand. Mercredi 31 mai en Conseil des ministres, Emmanuel Macron a appelé à la "solidarité" autour du ministre de la Cohésion des territoires. Il n'a pas l'intention de lâcher son "ami" ? On met le doigt sur ce qui lie le Président à ce ministre, sur l'importance de Richard Ferrand dans le cercle quasi-intime du chef de l'État : l'amitié, la fidélité. Richard Ferrand était là avant même que l'aventure Macron voit le jour. Il était déjà là à ses côtés à l'Assemblée pour défendre la loi Macron alors qu'ils ne se connaissaient pas vraiment. Il a été un des tout premiers "marcheurs". C'est une histoire d'hommes.

C'est au nom de cette histoire d'hommes qu'Emmanuel Macron multiplie les attentions et les marques de soutien envers cet ami fragilisé. Depuis le début de la semaine, il ne se passe pas un jour sans que Richard Ferrand se trouve aux côtés du Président. Alors pas publiquement, sans s'afficher, mais en coulisses, à l'Élysée, à déjeuner ou à dîner, comme jeudi soir à la préfecture de Vannes. Et en s'arrangeant pour le faire savoir.

La moralisation de la vie politique, une gageure

Parce que cette histoire d'hommes, Emmanuel Macron estime qu'elle ne peut être tranchée que par la justice ou par les urnes. Il ne veut pas la voir jugée par les médias. La presse, seule, ne peut pas à ses yeux balayer cette loyauté. Surtout, il est persuadé qu'en donnant trop d'importance au cas Ferrand, ou en lui demandant de démissionner, il amplifierait, il acterait la gravité de l'affaire.

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Quand on a érigé à ce point les valeurs de probité, d'intégrité et d'exemplarité, c'est difficilement tenable. Quand on a décidé de faire de la première loi du quinquennat, une loi de transparence, d'exigence, de confiance, on met forcément la barre un peu haut. La moralisation de la vie politique, c'est une gageure. Déjà quand on appose les mots "moralisation" et "politique", on ressent un grand vide. On se demande si ça va bien ensemble. D'ailleurs, l'intitulé de la loi va changer.

On voit bien en tout cas que l'on n'entre pas dans le nouveau monde bien "propret", tout blanc, tout net, en un claquement de doigt. Regardez le nombre de cas de candidats investis par La République En Marche qui se retrouvent devant la commission d'éthique du parti : ici une candidate accusée de falsification de diplôme, là un candidat coupable de propos homophobes, ou encore un autre de tweet antisémite, une autre candidate épinglée pour location de logement insalubre, et encore une autre, prof, qui pose un congé maladie pour faire campagne sans penser à la fraude à la Sécu.

Moment de transition

On voit bien qu'il est compliqué de faire cohabiter politique, justice et morale. Sans doute Emmanuel Macron s'est vu un peu trop vite dans les habits du chevalier blanc de la politique. Il se retrouve aujourd'hui, avec le cas de son ami Ferrand, coincé entre ce qui est "légal" mais  qui n'est plus "acceptable". Entre ce qui n'est pas juridiquement répréhensible, mais qui appartient à la vieille politique.

On est dans ce moment, dans cet entre-deux, où il y a une volonté. Mais une volonté qui prendra du temps à être mise en œuvre, et qui, de toute façon, ne sera jamais parfaite. Dans ce moment de transition, Emmanuel Macron tente de jouer les équilibristes, de surfer sur sa stature présidentielle sans prêter le flanc aux critiques, de protéger une amitié. Mais il ne pourra pas empêcher le poison du soupçon.

Sans doute Emmanuel Macron devrait méditer cette phrase de Raymond Barre, rapportée par le journal Le Monde : "En politique on ne peut utiliser le principe de présomption d'innocence comme un bouclier. Dès qu'il y a soupçon, il vaut mieux partir".

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