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"Le plus important, c'est la lumière" : comment lutter contre la dépression saisonnière en période hivernale

Alors que les jours de pluie se succèdent et l'épisode de crues est loin d'être terminé, le moral est mis à rude épreuve. Pour le professeur Pierre-Alexis Geoffroy, spécialiste du trouble affectif saisonnier, "le plus important, c'est la lumière", qui régule sommeil et humeur.

Des personnes sous la pluie, le 16 avril 2025.

Crédit : Valery HACHE / AFP

Quel est l'impact de la météo sur notre moral ?

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La rédaction numérique de RTL

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"Il est mort le soleil", chantait Nicoletta. Depuis plusieurs semaines, le refrain semble coller à l'humeur du pays. Des communes du Sud-Ouest inondées depuis plus d'une semaine, le bas d'Angers sous les eaux et la Loire-Atlantique à son tour en vigilance rouge : l'épisode de crues est d'une ampleur exceptionnelle.

Voilà plus de 36 jours que le ciel français joue les prolongations grises. Un chiffre martelé, répété. Une telle séquence est exceptionnelle. Avec 36 jours de pluie consécutifs, la France enregistre sa plus longue série de précipitations continues depuis le début des relevés en 1959, dépassant le précédent record établi en 2023, a annoncé, ce mercredi, Météo France.

Avec ce temps, est-il normal d'avoir le moral dans les chaussettes après un mois sans soleil ? Pour le professeur Pierre-Alexis Geoffroy, psychiatre et enseignant à Université Paris Cité, spécialiste du trouble affectif saisonnier, la réponse est claire : "Oui, absolument."

5% de la population souffrirait d'un trouble affectif saisonnier

L'auteur de La nuit nous appartient (Robert Laffont) explique d'abord que l'alternance nuit-jour est "tout à fait essentielle à la vie et à la bonne humeur". Si la nuit est indispensable pour "bien dormir" et bénéficier d'un sommeil profond, le jour joue un rôle tout aussi crucial. La lumière agit comme un "accumulateur d'éveil", mais aussi de fatigue bénéfique.
"Plus on a de la lumière, et on le sait très bien lorsqu'on est en vacances, l'été par exemple, on va recevoir beaucoup de lumière sur la rétine, on va être très fatigué le soir, on va dormir, on va avoir un sommeil profond, avec une très bonne architecture de sommeil".

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Selon lui, l'exposition à la lumière permet ainsi de réguler les cycles veille-sommeil et de maintenir un rythme stable. Mais son effet ne s'arrête pas là. "C'est un antidépresseur naturel, c'est l'antidépresseur naturel le plus puissant", insiste-t-il. Chaque hiver, environ 5% de la population souffrirait d'un trouble affectif saisonnier, directement lié au manque de lumière.

"Le corps subit tout ça, nos sens vivent avec cet environnement"

Mais alors sommes-nous tous météo-sensibles ? Pour Louis Bodin, la réponse ne fait guère de doute. "On vit dans la météorologie", rappelle-t-il sur RTL. Même si la technique moderne nous protège en partie des variations extérieures, notre corps, lui, continue de les ressentir en permanence.

"Là, en même temps que l'on se parle, il y a un petit peu d'air autour de nous, il y a une pression, il y a une température, il y a une humidité", énumère-t-il. Autant de paramètres invisibles mais bien réels auxquels l'organisme est constamment exposé. "Le corps subit tout ça, nos sens vivent avec cet environnement", poursuit-il, soulignant qu'il existe nécessairement "une interaction".

Ces variations peuvent ainsi influer sur l'énergie, la concentration ou l'humeur. Mais la sensibilité diffère selon les individus : "En fonction de notre humeur, de notre force, de notre mental, de notre fragilité ou pas, on y est plus ou moins sensible". Une chose est sûre, conclut-il : "On vit avec, et donc on doit faire avec obligatoirement".

"On observe un véritable pic de dépression"

Le professeur Pierre-Alexis Geoffroy alerte sur l'ampleur du phénomène. "Si l'on regarde les études menées en France sur les 20 dernières années, chaque hiver, on observe un véritable pic de dépression, un phénomène parfaitement répliqué à l'échelle mondiale. Plus l'hiver est long et la photopériode - c'est-à-dire la durée d'exposition à la lumière - diminue fortement, plus le trouble affectif saisonnier devient fréquent".

Il précise l'ampleur du phénomène selon les régions : "Dans les pays nordiques comme la Norvège ou la Suède, jusqu’à 10% de la population est concernée. En France, nous sommes à 5%, ce qui reste considérable. Et il ne faut pas se tromper : ce n’est pas une petite baisse de moral, c'est bien une véritable dépression saisonnière".

Le professeur distingue le simple "blues hivernal" du véritable trouble affectif saisonnier. "Le blues hivernal, ça concerne environ 30% de la population", explique-t-il. Il se traduit par une tristesse passagère, des difficultés à sortir du lit ou à se concentrer.

"Mais là, poursuit-il, on parle de personnes pour qui la situation devient vraiment invalidante : elles ne peuvent plus aller travailler, n'arrivent plus à sortir de leur lit. Et ces symptômes peuvent représenter jusqu’à 40% de l'année", précise-t-il, soulignant l'impact réel sur la vie quotidienne.

"Le plus important, c'est la lumière, très clairement"

Le psychiatre insiste sur le rôle central de la lumière dans notre humeur hivernale. "Le plus important, c'est la lumière, très clairement. On oublie parfois que nous sommes une espèce terrestre, que nous nous sommes développés, comme toutes les autres espèces, en interaction avec des facteurs météorologiques qui ont un impact énorme sur notre moral, mais aussi sur notre sommeil".



Il ajoute que d'autres éléments jouent aussi un rôle. "Ce n'est pas seulement l'humidité : la température influe énormément. Les autres paramètres météorologiques ont des effets également, mais ils sont moins importants".

Pierre-Alexis Geoffroy souligne l'importance de l'optimisme et de la connaissance de soi pour compenser les effets de l'hiver. "L'important, c'est de se connaître, de comprendre à la fois la météo, les rythmes, et comment ces rythmes vont impacter notre organisme".


Il rappelle que chaque personne réagit différemment. "Certains sont très sensibles à la météo, ils le savent très bien. L'hiver, ils vont avoir envie de sucre, de gras, dormir plus longtemps, manger davantage… Ils connaissent l'effet des saisons sur leur corps. Et c'est justement cette connaissance qui permet de compenser".

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