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Un manifestant réagit en voyant l'office de tourisme de Lyon incendié lors d'une manifestation contre le « coût élevé de la vie », à Lyon, dans le sud-est de la France, le 17 octobre 2026.
Crédit : Jeff PACHOUD / AFP
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Après les scènes de chaos et de pillages en marge de la mobilisation du 17 octobre, les autorités ont fustigé "l'ultragauche" et des "délinquants d'opportunité". Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a rapidement pointé du doigt la responsabilité de "la mouvance d'ultragauche ou d'extrême gauche radicale" visant forces de l'ordre, commerces "et surtout en essayant d'atteindre les bâtiments publics".
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a parlé de la main de "l'ultragauche" dans l'objectif "d'organiser un désordre profond" avant la présidentielle, en a remis une couche ce mardi 20 octobre. Devant l'Assemblée nationale, il a dénoncé "la planification, en certains endroits, d'un schéma insurrectionnel mené par des groupuscules d'extrême gauche et de l'ultragauche".
Mais de qui parle le gouvernement ? Les services de renseignement distinguent "l'ultragauche" et "l'extrême gauche radicale". Pour la première nébuleuse, ils recensent environ 5.000 individus, composés de "groupuscules violents radicaux", situés "en marge du champ démocratique et républicain", divisés en trois groupes "idéologiquement distincts".
Une frange minoritaire représente les anarchistes classiques, la mouvance la plus ancienne, ainsi que les anarcho-autonomes comme ceux installés dans la Chab'Zad près d'Evian, qui vivent sans eau ni électricité, totalement hors du système. Les antifascistes, eux, sont majoritaires. Très insérés dans la société, ils sont souvent même issus de milieux bourgeois, étudiants ou jeunes actifs.
Les renseignements classent le PCF et LFI à "l'extrême gauche" et notent que cette dernière était présente dans les cortèges comme à Paris mais, relèvent-ils, il n'y a pas eu d'incidents de leur fait. En revanche, à leurs yeux, "l'ultragauche" et "l'extrême gauche radicale" étaient à la manœuvre samedi.
Les autorités soupçonnent notamment l'ultragauche de s'en être pris aux symboles de l'État. "L'ultra-gauche s'en prend à des symboles du capitalisme néolibéral (banques, agences, boites d'intérim)", expliquait début octobre Hugo Melchior, chercheur en histoire contemporaine, spécialiste des grèves et des mouvements des jeunesses scolarisées, pour RTL.fr.
À Limoges par exemple, la mairie a été ravagée par les flammes. Et selon les informations de RTL, un homme, fiché S et connu pour son appartenance à l'ultragauche, a été interpellé ce mardi 20 octobre matin en Haute-Vienne dans le cadre de cette enquête. Des individus ont également fait irruption dans les mairies ou les préfectures de Marseille, Lille, Angers et Bordeaux pour les vandaliser.
À Paris, sur la place de la République, une population visiblement politisée au vu de drapeaux rouge et noir a adopté des techniques propres aux black blocs pour avancer vers les CRS, selon l'AFP. Certains ont cassé le socle de la statue de Marianne pour fabriquer des projectiles.
"Partout sur le territoire national, et notamment régionalement, des organisations d'ultragauche se sont manifestement organisées pour pouvoir atteindre l'autorité de l'État, des policiers, des gendarmes, des sapeurs-pompiers [...] et atteindre les symboles de la République, à commencer par la mairie", a précisé le ministre de la Justice Gérald Darmanin, en déplacement au tribunal judiciaire de Lille ce mardi.
Samedi, la mouvance de l'ultragauche a donc occupé le terrain place de la République à Paris, avant même le début du cortège. Le mode opératoire était similaire à ses habitudes : affrontements avec la police et attaque aux symboles de l'État. Mais parmi les centaines de personnes présentes, toutes ne semblaient pas aussi entraînées. Certaines couraient dans tous les sens et filmaient parfois en direct sur TikTok.
L'ultragauche a, en effet, été rejointe par les jeunes de quartiers périphériques pour une alliance inédite. Selon une source sécuritaire à RTL, l'ultragauche s'est mêlée ces dernières semaines au mouvement des lycéens et a noué des liens avec des jeunes de banlieues. Ils se sont ainsi retrouvés dans la rue samedi pour bloquer les lieux de pouvoir. Les appels ont ensuite changé de teneur et sont montés crescendo dans la violence et le pillage.
Pour Laurent Nuñez, "à partir du milieu d'après-midi" samedi, "des délinquants d'opportunité (...) ont profité (...) pour s'en prendre à des commerces". Les renseignements estiment que, s'agissant des pillages, il y a eu un "mix" de personnes répondant à "des appels sur les réseaux sociaux", des groupes "essentiellement composés de jeunes hommes, des jeunes venus des quartiers en très grand nombre par opportunisme, quelques gilets jaunes et des jeunes plus politisés".
"L'objectif" samedi de "l'ultragauche", a fait valoir la source sécuritaire, était de "créer l'anarchie, de faire tomber les institutions, en s'en prenant aux préfectures, aux mairies etc. et les jeunes ont constitué le carburant". Selon Gérald Darmanin, il s'agit d'une "insurrection à la fois un peu politique, celle de l'ultragauche, et beaucoup d'opportunités".
Le renseignement territorial s'attendait donc à une conjonction des radicalités, mais pas de cette ampleur. Du jamais vu donc, et difficilement anticipable à l'ère des réseaux sociaux.
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