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Rennes : violée et maltraitée pendant des années, elle attaque l'État pour faute lourde

Karine, âgée de 20 ans, a subi des viols et des maltraitances durant 12 ans malgré de nombreux signalements. Aujourd'hui, elle attaque l'État pour faute lourde.

Le palais de Justice de Rennes le 13 octobre 2015.
Le palais de Justice de Rennes le 13 octobre 2015. Crédit : JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
Marie Sasin
Marie Sasin
Journaliste

Karine a subi des viols et des maltraitances durant 12 ans malgré de nombreux signalements. Aujourd'hui, âgée de 20 ans, elle attaque l'État pour faute lourde. Au total pourtant, une quinzaine de signalements des services sociaux, de la famille ou de la part d'anonymes.

Ses parents ne s'occupent pas d'elle. En 2005, lorsqu'elle a 8 ans, un homme condamné pour viols sur enfants et pédophilie est hébergé par le couple. Les services sociaux signalent la situation à la justice qui lance une enquête, finalement classée sans suite. "Parce que les parents sont arrivés avec un certificat médical, qu'ils avaient fait faire la veille chez le médecin traitant. Il n'y a pas eu d'investigation plus poussée, il n'y a même pas eu une séance avec un psychologue. Et elle était accompagnée par ses parents. Comment peut-on interroger un enfant sur ces faits en présence de ses parents ?", explique la tante de Karine, à nos confrères d'Europe 1

Avant d'être violée, l'enfant a subi de mauvais traitements. Les faits remontent dès la naissance de Karine à Rennes, en juillet 1997. "La maternité et la tante du bébé font le même constat : la mère, inerte, est totalement désintéressée de son enfant", rapporte Europe 1

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La mère a déjà eu une petite fille qu'elle a tué. En 1988, elle a écopé de huit ans de prison pour cet infanticide, d'après elle l'enfant était né d'un viol. En septembre 1998, une assistance éducative est mise en place au domicile des parents qui conservent la garde de leur fille.

Aucun changement ne se produit. La mère ne s'astreint pas au suivi thérapeutique ordonnée par un premier jugement, le père est dit "ombrageux". En 2000, un juge ne décide pas du placement de la petite fille. D'autres signalements sont faits auprès de la justice. "En octobre 2003, les services sociaux informent le procureur du comportement sexué de Karine avec les autres enfants. L'enfant est âgée de 5 ans. La même année, sa tante alerte la justice", explique nos confrères. 

Un appel anonyme au 119

Sa tante l'accueille pour les vacances et l'emmène chez le médecin car la fillette a une infection urinaire. Elle décide de contacter le juge des enfants, avec les résultats des examens médicaux. "Je n'ai jamais été convoquée, je n'ai jamais été reçue", dit-elle. 

La femme pense que Karine est agressée sexuellement par son père. "Je n'imaginais pas que des parents puissent accueillir un pédophile", explique-t-elle. Une enquête dure quelques mois. Elle est classée sans suite en février 2004.

La justice est informée d'un autre élément grâce à un appel anonyme au 199, le numéro d'urgence pour les enfants. Karine serait livrée à elle-même et insuffisamment nourrie. "Une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert est mise en place, avec maintien à domicile. 

Lorsqu'elle a 12 ans, Karine met des mots sur ce qu'elle vit, elle passe beaucoup de temps chez sa tante, Laurence B. Deux autres signalements ont été effectués. Une enquête de police est ouverte. "Des examens médicaux confirment des lésions correspondant aux faits décrits par Karine. Elle raconte que ses parents savaient et l'ont laissée seule avec son bourreau, l'homme que ses parents hébergeaient, l'apercevant parfois nue avec lui. Et confie qu'elle avait été menacée par les trois adultes avant son audition quelques années plus tôt" explique Europe 1

J'aimerais qu'on lui demande pardon, de l'avoir oubliée, de l'avoir laissée se faire massacrer.

Laurence B., la tante de Karine
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"Pour éviter les ennuis", les parents de Karine lui ont demandé de mentir à la police. Ils ont reconnu ne pas avoir cru ce que leur disait leur fille sur son bourreau et sur ce qu'elle subissait. Le procès pour viol va se tenir cette semaine devant la cour d'assises de Rennes. La complicité des parents n'a pas été retenue. 

"J'aimerais qu'on lui demande pardon, de l'avoir oubliée, de l'avoir laissée se faire massacrer" dit Laurence B., la tante de Karine. Mais la plainte pour faute lourde de l'État risque d'être sans effet car les faits remontent à plus de dix ans, la prescription peut donc s'appliquer.

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