5 min de lecture Mohamed Merah

Procès d'Abdelkader Merah : des témoins marquants et marqués... à vie

RÉCIT (5/5) - Pendant cinq semaines, les assassinats terribles perpétrés par Mohamed Merah en 2012 ont été relatés sous toutes les coutures. Des témoignages difficiles à dire et entendre.

La porte par laquelle passent les témoins de la cour d'assises de Paris
La porte par laquelle passent les témoins de la cour d'assises de Paris Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

"Je ne sortirai pas de cette salle comme je suis entrée. On a entendu trop d'horreurs, de tristesse", lance une avocate des parties civiles en introduction de sa plaidoirie. Le procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki a ouvert une nouvelle ère dans la Justice française qui devait juger, notamment, le frère de Mohamed Merah, auteur des attentats de mars 2012 à Toulouse et Montauban. 

L'une des particularités de ce procès est l'atrocité des crimes commis au nom de la religion. Et, avec eux, les témoignages des personnes présentes, qui ont assisté, malgré elles, aux assassinats terroristes de sept personnes. À commencer par le militaire Imad Ibn Ziaten, première victime du "tueur au scooter", le 11 mars 2012. 

Peu de témoins pour cette première victime tuée sur le parking d'un gymnase à Toulouse. Deux tout de même, un jeune et son père, venus faire des repérages. Ils verront que les deux hommes se tenaient "face à face" avant d'entendre "une première détonation" puis de voir "le bras en l'air qui pointe une personne à terre". Imad Ibn Ziaten a refusé de se mettre à genoux devant son assassin. 

J'ai vu trois militaires se faire abattre devant moi

Une témoin des tueries de Montauban
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Quatre jours plus tard, Mohamed Merah poursuit sa course meurtrière sur son scooter volé en se garant à Montauban, près de la caserne de militaires. Trois parachutistes sont en train de retirer de l'argent au distributeur quand l'horreur éclate aux yeux des habitants. La boulangère voit toute la scène depuis la vitre de son magasin. Elle connaissait les victimes, "des clients". 

"J'ai vu trois militaires se faire abattre devant moi, raconte-t-elle la gorge nouée à la barre. Le tireur est reparti comme il est venu". Elle précise qu'un des militaires - Mohamed Legouad - "a essayé de s'échapper avant d'être rattrapé par le bras et abattu". Ça sera le "pire souvenir" du procès de la sœur de cette victime. 

Ce jour-là, deux parachutistes sont morts, Mohamed Legouad et Abel Chennouf, un troisième - Loïc Liber - est laissé pour mort et restera tétraplégique à vie. "Je n'arrive plus à voir des militaires, un motard avec un casque et les bruits", soupire-t-elle. Une autre témoin confie à la cour que c'est "très difficile de venir témoigner". C'est aussi difficile à entendre. 

Je l’ai vu les achever comme des chiens

Un témoin de la tuerie de l'école juive
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Et la situation empire avec les récits glaçants des meurtres déterminés et froids du 19 mars 2012. Quand Mohamed Merah, qui avait initialement prévu de continuer à s'attaquer à l'armée française, se rabat sur l'école juive d'Ozar hatorah, à l'heure des premières classes, quand les enfants arrivent avec leurs parents. Sa première cible est Jonathan Sandler, 30 ans, rapidement suivie par ses deux enfants, Arieh 5 ans, et Gabriel, 3 ans, qui avait encore la tétine à la bouche. 

Un adolescent blessé est si traumatisé qu'il n'a pu se présenter à la cour pour témoigner. Un autre, âgé de 15 ans à l'époque, raconte qu'il avait la responsabilité de garder Myriam Monsonégo à son arrivée à l'école. Quand il a vu le tireur, il a dit à l'enfant de courir. "La petite a couru, et elle s'est rappelée qu'elle avait oublié son sac, elle a essayé de le récupérer, elle est tombée" puis "elle avait la tête face au bitume dans une mare de sang, je l’ai prise dans mes bras, j’ai retourné son visage", raconte-t-il en pleurs. Un autre affirme que "Merah a détruit [sa] famille. Maintenant, [ses] enfants ont peur de tout" après avoir raconté qu'il a vu le terroriste achever ses victimes "comme des chiens par terre" : "Il a sorti une autre arme et il a tiré, leurs corps sautaient sur le sol". 

Des images insoutenables se forment dans l'imaginaire de toutes les personnes présentes dans la salle, y compris les familles des victimes. Certains n'ont pas vu les scènes, mais seront tout de même marqués à vie. Comme ce parent qui a tenté de ranimer Myriam Monsonégo en lui faisant du bouche-à-bouche, en vain, et qui garde "le goût du vomi et du sang dans la bouche" encore aujourd’hui. 

La vie s'est écroulée

Albert Chennouf, père d'Abel Chennouf
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Puis il y a eu les témoignages des familles. Leurs réactions face à l'horreur qui ont les ont frappées au cœur à l'annonce de la mort de leur frère, leur mari, leur(s) fils, leur fille... L'incompréhension avant tout. "Il était tellement bon, tellement gentil", sanglote la sœur  d'Imad Ibn Ziaten qui se souviendra toujours des images de la morgue, "le choc" de sa vie. Le témoignage du frère, Naoufal, aura certainement été le plus poignant de cette journée chargée en émotion. Il raconte le jour où il a appris la mort de son grand frère, Imad. Depuis ce jour, "mon âme est partie au ciel avec mon frère. J'ai l'impression de ne plus avoir de vie. Je n'arrive pas à sortir de ce deuil". 

La vie d'Albert Chennouf "s'est écroulée" le 15 mars 2012, quand son fils a été froidement assassiné par le terroriste toulousain. Abel Chennouf avait demandé sa compagne en mariage quelques mois avant sa mort. Elle était enceinte de 6 mois quand l'amour de sa vie est mort. Elle est tellement atteinte qu'elle ne pourra pas physiquement aller jusqu'à la barre et témoigner, empêchée par les sanglots qui la secouent. 

Quant à la vie des Legouad, elle est "rythmée par le cimetière", raconte l'une des sœurs du militaire. "Notre vie était simple et heureuse, on ne connaissait pas le néant de la mort, du chagrin", ajoute-t-elle la voix tremblante. Et cette image : le grand-père maternel d'Arieh et Gabriel Sandler, dans un français compliqué à comprendre, se souvient quand il a vu son plus petit-fils à la morgue. "Il avait un trou là", dit-il en désignant son front avec un doigt. 

J'avais de la joie de vivre et l'espace d'un éclat, j'ai été dans un fauteuil électrique

Loïc Liber, blessé par Mohamed Merah
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"J'avais de la joie de vivre quand j'étais debout et l'espace d'un éclat, de quelques secondes, où un homme m'a tiré dessus dans le dos comme un lâche, j'ai été dans un fauteuil électrique et sous assistance respiratoire, raconte Loïc Liber à son tour. C'est terrible, je souffre beaucoup". 

Il est le troisième parachutiste victime de l'attaque de Montauban. Il a été laissé pour mort par le jihadiste et restera trétraplégique à vie. Il n'a d'ailleurs pas pu se déplacer jusqu'au procès et a témoigné par visioconférence. Il n'a pas quitté sa chambre d'hôpital depuis plus de 5 ans. 

L'horreur a fait son entrée dans la salle Voltaire du palais de justice de Paris le 2 octobre dernier et pendant cinq semaines. Elle ne quittera plus toutes les personnes qui en ont été témoins. 

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RÉCIT (5/5) - Pendant cinq semaines, les assassinats terribles perpétrés par Mohamed Merah en 2012 ont été relatés sous toutes les coutures. Des témoignages difficiles à dire et entendre.
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2017-11-04 15:00:00
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