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"On s'est senti tout simplement délaissés" : Ismaïl, 4 ans, est mort sous les yeux de sa famille en 2017, deux entreprises et un technicien jugés pour un accident d'ascenseur meurtrier

Le tribunal correctionnel de Pontoise se penche sur la mort d'Ismaïl, âgé de 4 ans, en 2018 lors d'un accident d'ascenseur à Argenteuil, dans le Val-d'Oise. Deux sociétés et un technicien sont jugés, à partir de ce mercredi 17 juin.

Un véhicule des pompiers dans l'Indre (illustration)

Crédit : JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

La rédaction numérique de RTL & AFP

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Deux sociétés et un technicien sont jugés, à partir de ce mercredi 17 juin, par le tribunal correctionnel de Pontoise pour homicide involontaire après la mort en 2018 d'Ismaïl, âgé de 4 ans, lors d'un accident d'ascenseur à Argenteuil, dans le Val-d'Oise. 

Le 8 juin 2018, une famille se rendait au centre commercial Côté Seine à Argenteuil. Arrivée au premier étage, une partie de la famille est sortie de l'ascenseur. Ismaïl, 4 ans, les suit quand l'ascenseur chute brusquement. Le garçonnet se retrouve coincé au niveau du thorax entre la cage d'ascenseur et le palier, sous les yeux de sa mère restée bloquée dans la cabine. Il décède sur place. 

À l'issue d'une longue instruction de six ans, le juge a estimé que l'assembleur de l'ascenseur TK Elevator (ex-Thyssenkrupp), le dépanneur Bagneux Hydraulique, ainsi que l'un de ses salariés qui était intervenu sur la machine en 2015, avaient commis des manquements et négligences ayant conduit à la mort d'Ismaïl. 

"Ce procès doit marquer un tournant"

"Ce procès, aussi tardif soit-il, doit marquer un tournant : il s'agit de rendre justice à Ismaïl, mais aussi d'envoyer un message clair pour que de telles négligences ne coûtent plus jamais la vie à un enfant", a déclaré auprès de l'AFP l'avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou, déplorant une "attente interminable" pour les parents. 

Au micro de RTL, la mère d'Ismaïl témoigne : "On s'est senti tout simplement délaissés, comme Ismaïl. Sa vie ne comptait pas, tout simplement. Peut-être parce qu'il y a des gros groupes en face de nous. Nous, on n'est finalement personne, juste des personnes qui ont emprunté un ascenseur dans un centre commercial. Il faut juste qu'ils comprennent qu'il y a des vies derrière, qui ont été brisées".

Une fuite d'huile réparé par un technicien

De type hydraulique, rare en France, l'ascenseur avait connu une fuite d'huile en 2015 et avait été réparé par un technicien de Bagneux Hydraulique, société à qui TK Elevator sous-traitait des travaux.  

Le technicien, entré en 1978 dans l'entreprise, avait alors changé le flexible, tuyau utilisé pour transporter l'huile. Mais le raccordement n'avait pas été correctement effectué, selon des expertises. Selon la première, le mauvais raccordement a causé un dessertissage (disjonction, ndlr) du flexible et causé directement la mort du garçon. 

D'après la contre-expertise, la cause directe du décès est l'absence d'un système anti-dérive (anti-chute) adapté de la cabine d'ascenseur. Pour l'expert, un système mécanique et non électrique comme celui dont était équipé l'ascenseur aurait pu éviter une forte chute. 

"Un accident dramatique"

En cas de défaillance, la cabine aurait ainsi dû chuter de 12 centimètres au lieu du 1,85 mètre ce jour-là. Me Olivier Gutkès, qui représente TK Elevator, a estimé que l'audience "démontrera que la société n'est pas responsable de cet accident très dramatique". 


"On lui reproche de ne pas avoir contrôlé le spécialiste, mais ce n'est pas l'incompétent qui doit contrôler le compétent", a-t-il défendu, relevant que TK Elevator faisait justement appel à Bagneux Hydraulique pour son expertise. L'avocate du technicien incriminé n'a pas souhaité faire de commentaire avant l'audience et celui de Bagneux Hydraulique n'avait pu être joint par l'AFP. 

Deux autres ascensoristes, Otis et Schindler, un temps chargés de la maintenance de l'ascenseur, ainsi que le bureau de contrôle Veritas avaient également été mis en examen durant l'instruction, mais la juge a ordonné un non-lieu les concernant. 

Les avocats du dépanneur Bagneux hydraulique et de son salarié, n’ont pas répondu aux sollicitations de RTL. Les avocats de TK élevator, Olivier Gutkes et Marie Guimard déclarent : "C'est un accident dramatique et TK Elevator compatit sincèrement avec la famille. L'ascenseur était parfaitement aux normes. L'accident est dû à la rupture d'une pièce défectueuse qui avait été fabriquée par une autre entreprise spécialisée. La fragilité de cette pièce était indécelable pour TK Elevator. À partir du moment où l'accident est dû à la rupture d'une pièce défectueuse fabriquée par une entreprise extérieure, il ne m'apparaît pas que TK Elevator ait commis l'infraction reprochée".

Depuis la mort d'Ismaïl, la mère du garçon s'est mobilisée pour éviter qu'un tel accident ne se reproduise, notamment avec le député LFI Paul Vannier. Celui-ci a amendé une proposition de loi socialiste sur les pannes d'ascenseur pour y inclure une obligation de contrôle technique tous les deux ans et un régime de responsabilité sans faute pour les propriétaires d'ascenseurs.

Avec cette disposition, le propriétaire serait automatiquement reconnu responsable en cas d'accident, charge à lui ensuite de se retourner contre d'éventuels autres responsables. Adopté par l'Assemblée nationale début 2025, le texte n'est pas encore passé au sénat, poussant la mère d'Ismaïl à initier une pétition pour demander son examen. 

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