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Image du film "Jack l'Éventreur", de l'Éventreur
Crédit : Mid Century Film Productions / Collection ChristopheL via AFP
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Vendredi 31 août 1888, à 3h45 du matin, le dénommé Charles Cross tire sa petite charrette dans les ruelles de Whitechapel. Quartier populaire, pauvre, mal famé et noyé cette nuit-là dans l'épais brouillard de la capitale anglaise, le smog. Le charretier s'engage dans un passage et aperçoit une femme couchée sur le pavé. Elle est couverte de sang. Sa jupe est relevée jusqu'au ventre. Il appelle un policier qui fait sa ronde. L'agent O'Neil éclaire la malheureuse de sa lanterne et sursaute. La victime a été égorgée, tellement profondément que sa tête pourrait presque se détacher.
L'enquête pour identifier la défunte prend deux jours. Il s'agit de Mary Ann Nichols, Polly Nichols, 43 ans, mère de cinq enfants qui ont quitté le foyer. Elle se prostituait occasionnellement. Huit jours après ce meurtre, le corps d'une marchande d'allumettes et de fleurs est retrouvé dans une arrière-cour du 29 Hanbury Street. Annie Chapman, 47 ans, se prostituait elle aussi. Une femme fragile, sans le sou, dévastée par l'alcool et la tuberculose. Elle aussi a été frappée avec une arme blanche.
Le 25 septembre 1888, une lettre parvient à la Centrale de presse britannique. "Je continue d'entendre que la police m'a attrapé mais ils ne vont pas m'arrêter de sitôt. Beau travail que mon dernier boulot, je n'ai pas laissé à la dame le temps de couiner", a-t-on écrit à l'encre rouge. La missive est signée Jack l'Éventreur. "Non seulement il manipule la police, mais l’individu semble connaître les organes de presse de l‘intérieur. En écrivant ce courrier à l'agence, il sait que cela va arriver dans tous les journaux de la ville", précise Sophie Herfort, romancière et essayiste, dans L'Heure du Crime, sur RTL.
Trois semaines après le meurtre d'Annie Chapman, l'effroi est de retour dans le quartier de Whitechapel. L'éventreur avait promis qu'il repasserait à l'acte, il a tenu parole. Cinq jours auparavant, il n'a pas tué une seule femme, mais deux. Elizabeth Stride, 45 ans, prostituée, a perdu la vie. Quant à Catherine Eddowes, on l'a retrouvée à Mitre Square, la gorge ouverte et les intestins placés près de sa tête. L'éventreur avait dit qu'il couperait une oreille, c'est chose faite.
Lundi 1er octobre 1888, une carte postale adressée aux journaux relate le double meurtre. "N'ai pas eu le temps de prendre les oreilles", est-il écrit. Elle est signée Jack l'Éventreur. Impossible de savoir si le tueur l'a affectivement écrite mais la police prend le risque de la diffuser, tout comme la première lettre. L'entrepreneur George Lusk, qui a monté un comité de vigilance dans le quartier pour rétablir l'ordre, réceptionne lui un courrier intitulé "From Hell", depuis l'enfer. Il est accompagné d'un morceau de rein qui pourrait être celui de la quatrième victime.
Moins de trois mois après son premier crime, Jack l'Éventreur est de retour. Un propriétaire venu percevoir un loyer au 13 Miller's Court découvre le corps de sa locataire Mary Jane Kelly. "Dans mon livre, je cite un des protagonistes de l’affaire qui dit que c’est sans doute son chef d’œuvre. Quand on regarde les cinq meurtres terrifiants de Jack, celui-ci s'est déroulé dans une chambre et l’assassin y est resté peut-être deux ou trois heures. D'où le tableau épouvantable que les policiers vont trouver", explique Michel Moatti, auteur de Retour à Whitechapel : La véritable histoire de Jack l'Éventreur.
Mardi 9 septembre 2014, l'écrivain britannique Russel Edwards, révèle dans un livre que le tueur de Whitechapel est un garçon coiffeur. Un dénommé Aaron Kominski. Edwards est remonté jusqu'à lui grâce à un châle, qu'il avait acquis avait en 2007, qui appartenait à Catherine Eddowes, la quatrième victime. "Il s’agit d’une plaisanterie. Il n’y a aucune preuve que l’ADN sur ce châle soit celui de Kominski. C'est un ADN qui désigne non pas une personne mais un groupe. En gros, l'ADN désigne la moitié de Whitechapel de l’époque", affirme Michel Moatti, journaliste et écrivain.
En 2025, Karen Miller, 53 ans, descendante de Catherine Eddowes, l'une des victimes de l'éventreur, souhaite que la police rouvre l'enquête pour établir formellement l'identité de l'assassin. Karen Miller, qui avait fourni son ADN pour l'enquête privée de l'écrivain Russell Edwards, affirme que la biologie a parlé en désignant Aaron Kominski comme le suspect numéro un. Deux ans plus tôt, le procureur général de la Couronne, Sir Michael Ellis, avait refusé la réouverture de l'enquête au motif qu'il n'existait pas d'élément nouveau.
Plus d'un siècle après les faits, le visage de Jack The Ripper, cette silhouette fantomatique qui hantait les bas-fonds de Londres, reste inconnu. "Pour moi, c'était quelqu'un qui habitait Whitechapel. Sur trois des cinq assassinats canoniques, le meurtrier passe à deux ou trois minutes d’une ronde de police. Il a le temps d’éventrer une femme, de lui enlever plusieurs mètres d’intestins et de les disposer. Il a le temps de faire tout ça en sachant à quelle heure va passer le prochain policier. C’est quelqu'un qui connaît Whitechapel sur le bout des ongles", estime Michel Moatti.
- Michel Moatti, journaliste et écrivain. Auteur de Retour à Whitechapel : La véritable histoire de Jack l'Éventreur, chez HC éditions. Son dernier livre : Rapport sur Nordhal L., chez HC éditions.
- Sophie Herfort, romancière et essayiste. Auteure de Jack l'Éventreur démasqué - L'enquête définitive aux éditions Points.
- Elizabeth Haynes, auteure et ancienne analyste du renseignement de Kent Police. Son dernier livre : Le dernier meurtre de Harriet Monckton aux éditions Beau Jardin.
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