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"Je suis parfois hantée par ce qu'elle a vécu" : elle raconte comment elle a réussi à sauver sa nièce victime de viols après huit signalements

PODCAST - Née en 1997, Karine Jambu a subi des viols et des maltraitances toute son enfance au sein du foyer de ses parents. Sa tante par alliance, Laurence Brunet-Jambu, n’a cessé d’alerter les services sociaux et la justice. Dans "Les Voix du crime", elle raconte son combat pour faire reconnaître les souffrances de Karine.

Portrait de Laurence Brunet-Jambu, la tante de Karine Jambu

Crédit : Laurence Brunet-Jambu

Huit signalements pour sauver sa nièce : Laurence Brunet-Jambu raconte son combat pour protéger une enfant victime de viols

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Maëwenn Le Coroller-Richard & Marie Zafimehy

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Karine ne riait pas, elle avait des "yeux détachés", un "comportement sexualisé", se cachait sous la table lors des repas de famille. Autant de signaux qui ont alerté sa tante, Laurence Brunet-Jambu : "Ce sont des comportements d'enfants qui ont soit vécu des choses très graves, soit qui ont vu des choses qu'ils n'avaient pas à voir".


Depuis la naissance de sa nièce en 1997, Laurence Brunet-Jambu a l’intime conviction qu’elle subit des violences au sein du foyer de ses parents. À peine âgée de dix jours, Karine est "délaissée" par sa mère qui refuse de lui donner le biberon.

Face à sa belle-sœur Laurence, la jeune maman lui avoue avoir tué sa première fille. Pour cet infanticide, elle a été condamnée à huit ans de prison et y est restée quatre. Laurence Brunet-Jambu décide alors d’effectuer un premier signalement aux services sociaux.

Ses parents hébergaient un pédocriminel

À 12 ans, Karine Jambu confirme tous les soupçons de sa tante et lui confie avoir été victime de violences physiques et psychologiques de la part de ses parents. Elle raconte avoir été laissée des journées entières seule dans la rue. Karine accuse également son père et des jeunes du quartier d’agressions sexuelles et de viols en réunion. Elle affirme aussi avoir été violée par un proche de ses parents. 

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À partir de 2002, les parents de la petite-fille ont hébergé l’un de leurs amis : Roland Blaudy. Ce pédocrimininel multirécidiviste a été accueilli alors qu’il avait déjà fait l’objet de condamnations. Durant trois ans, il a violé Karine, malgré les contrôles réguliers des services sociaux. Persuadée que les parents de Karine étaient au courant, Laurence Brunet-Jambu décide alors d’effectuer un deuxième signalement.

À 10 ans, Karine est accueillie chez sa tante

Leur histoire, la tante et la nièce en ont fait un livre : Signalements, paru aux éditions Livre de Poche en 2024. Laurence Brunet-Jambu y raconte les quatorze signalements effectués "en vain", dont huit à son initiative. "Les voisins ont appelé les gendarmes en pleine nuit parce qu’elle hurlait", explique Laurence Brunet-Jambu.

Il suffisait de regarder Karine

La tante de Karine Jambu, Laurence Brunet-Jambu

"Rien n'a été pris en compte (...) un médecin m'a dit un jour, quand on ne veut pas voir, on ne voit pas. Et je pense que cette petite fille, on ne voulait pas voir", déplore la tante. Pourtant, selon elle "il suffisait de regarder Karine" pour comprendre ses souffrances. Il faudra attendre le signalement au parquet de la directrice d’école de Karine pour qu’une procédure soit enclenchée et que l’enquête débute.

Un dimanche en 2007, la belle-sœur de Laurence lui demande si “elle veut” Karine. Une semaine plus tard, la petite-fille va vivre chez son oncle et sa tante. En 2010, Laurence et son mari parviennent à obtenir une délégation de l’autorité parentale en donnant de l'argent aux parents de Karine puis à l’adopter officiellement en 2016.

Un long parcours judiciaire

 À 11 ans, elle présente "d’énormes lacunes scolaires (...) Karine ne sait pas compter, ne sait pas faire d'addition, pas de multiplication (...) et des difficultés à mémoriser", raconte Laurence Brunet-Jambu dans Les Voix du crime.

Une fois Karine accueillie chez sa tante, un long parcours judiciaire débute avec le dépôt de plusieurs plaintes. En 2018, le procès de Roland Blaudy, l’ami des parents de Karine, est ouvert. Pour la première fois de toute la procédure, l’homme reconnaît les faits. Il est condamné à 30 ans de réclusion criminelle.

Dans cette affaire, les parents de Karine comparaissent au chef de subordination de témoins. Ils sont reconnus coupables de menaces sur leur fille pour l’empêcher de parler. Mais les agressions sexuelles que dit avoir subies Karine de la part de son père n’ont jamais été reconnues par la justice, il demeure présumé innocent.

Des excuses de la justice

Les mineurs auteurs de viols en réunion sur Karine ont eux aussi été reconnus coupables en 2021. Laurence Brunet-Jambu et sa nièce ont également lancé quatre procédures envers l’État.Trois dénis de justice ont été prononcés, ainsi qu’une condamnation de l’État pour faute lourde.

Je me dis, est-ce que j'aurais pu faire mieux ? Est-ce que j'aurais pu la protéger plus vite ?

La tante de Karine Jambu, Laurence Brunet-Jambu

Aujourd’hui âgée de 28 ans, "Karine est une très belle jeune femme, une belle-maman qui vit une vie extrêmement sereine (...) Karine a peut-être mieux su que moi dépasser et mettre ça derrière elle. Parce que moi, je suis encore parfois hantée par ce qu'elle a vécu. Je me dis, est-ce que j'aurais pu faire mieux ? Est-ce que j'aurais pu la protéger plus vite ? Qu'est-ce que j'aurais pu faire ?", se questionne Laurence.

Au procès de 2018, Laurence Brunet-Jambu se souvient avec émotion : "Au moment où je suis interrogée, l'avocat général s'excuse de la manière dont la justice s'est comportée avec moi. Je dois dire que ces phrases résonnent encore dans ma tête".

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