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"C'est un deuil" : comment l'ONF entretient le massif des Trois Pignons après l'incendie de la forêt de Fontainebleau

Après le passage des flammes, le secteur doit rester fermé pendant au moins une année afin de ne pas mettre le public en danger.

Une zone brûlée de la forêt de Fontainebleau, le 14 juillet 2026. (Illustration)

Crédit : Nathan Bocard - RTL

Comment l'ONF entretient le massif des Trois Pignons après l'incendie de la forêt de Fontainebleau ?

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Virginie Garin & Alexis Lalemant

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Plus de deux semaines après l'incendie qui a ravagé plus de 2.200 hectares dans la forêt de Fontainebleau, les stigmates du feu s'imposent à tous dans le massif des Trois Pignons. Totalement interdit au public depuis le désastre, le secteur est sanctuarisé pour ne laisser entrer que les employés de l'Office national des forêts (ONF) pour qui le travail ne s'arrête pas. 

Accompagné de Claire Nowak, responsable des forestiers du massif, RTL a pu se rendre dans la zone pour assister à l'effort sans relâche des officiers en charge de la reconstruction du massif. 

En pénétrant dans le massif, le constate visuel est "frappant". À mesure que l'on avance, "on voit d'un seul coup la forêt verte qui devient un paysage lunaire", décrit l'employée de l'ONF. 

"Les feuillages des arbres sont complétement bruns, roussis, raccornis. Et puis au sol, cette couche de cendres. C'est un choc. On a du mal à reconnaître les paysages dans lesquels on travaille tous les jours. C'est un deuil. Ça sent le brûlé, ça sent le feu", continue Claire Nowak.

Une coupe inévitable pour sécuriser les lieux

Si les arbres sont encore debout, les troncs sont quasiment tous noircis, tandis que leurs racines ont été calcinées par les flammes. Le constat de la responsable forestière est fatidique. "Dans des mois, dans les années qui viennent, ces arbres-là sans doute vont mourir et vont s'écrouler puisqu'ils ne sont plus tenus par rien. Au niveau des racines, c'est maintenant du charbon de bois pour ainsi dire."

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Alors, pour sécuriser les routes qui fendent les troncs maculés de suie, des bûcherons sont à pied d'œuvre pour abattre les arbres morts. L'un d'entre eux s'affaire devant un immense pin, attachant un câble autour du tronc pour le tirer à l'aide d'un engin de chantier tandis qu'un de ses collègues tronçonne le pied. 

"On abat cet arbre parce que si vous regardez son pied, vous voyez des traces noires sur plus de deux mètres de hauteur. On a l'expérience de ces feux. On sait qu'un pin sylvestre qui a été touché sur plus de deux mètres de haut sur son tronc a 80% de chance d'être mort dans la première année", analyse Claire Nowak. 

Seuls les petits arbres obtiennent un sursis, afin de voir avec le temps s'ils pourront repartir. Parfois, le bois coupé sera utilisé. Mais plus on attend, plus il va pourrir et être attaqué par des parasites. 

Un feu dormant, et des rochers d'escalade menaçants

En dépit des flammes quasiment toutes évanouies depuis déjà plusieurs jours, des pompiers continuent de surveiller le massif. Ils sont une centaine à sillonner les recoins de la forêt car le feu guette toujours. Sous leurs pieds, le sol de tourbe continue lentement de se consumer avec des zones mesurées à plus de 150 degrés selon les caméras thermiques des soldats du feu. 

Tous les jours, des fumerolles et de petits départs de feu se déclarent aux quatre coins du massif. Seule une pluie très forte permettra d'éteindre définitivement tout reste de l'incendie. Un feu qui a aussi attaqué les mythiques rochers d'escalade de Fontainebleau. 

"Certains blocs de grès ont explosé sous l'effet de la chaleur et se sont fendus. Donc aux prochaines pluies fortes, on va avoir des risques d'éboulis", prévient Claire Nowak. 

Une lente repousse

À moyen terme, il faudra laisser la nature faire son propre travail pour voir ce qui va repousser tout seul dans ce sol sableux. Le pin est notamment l'un des végétaux qui repart le mieux. Cette zone, une ancienne parcelle militaire, a d'ailleurs déjà connu un tel cycle. 

"Quand les Allemands ont été forcés de quitter le pays à la suite de la Seconde guerre mondiale, ils ont incendié ce terrain militaire. Et suite à cet incendie, qu'est-ce qui est arrivé ? Le pin !" , s'exclame Claire Nowak. 

Mais la forêt du futur va devoir être mixte, avec des feuillus plus humides qui brûlent moins vite. L'ONF va donc par endroits replanter des espèces différentes de chênes venus de Méditerranée, plus adaptés au réchauffement. 

Sur une note un peu plus optimiste, le retour des animaux, les autres victimes de ces incendies de forêt, a déjà été observé. "Je vous rassure, les oiseaux, on les entend. (...) J'ai déjà vu plus d'une dizaine de cervidés depuis l'incendie au cœur de la forêt, qui eux sont sortis de la zone brûlée. Mais ils vont revenir sur les lisières. Les oiseaux, j'en entends aussi. La vie va revenir tout doucement, mais sûrement", explique Cyril Angevin, forestier. 

Pour revoir une forêt avec de grands arbres, des chênes et des pins très hauts comme auparavant, il faudra tout de même s'armer de patience. L'attente peut durer entre 50 et 80 ans pour que la végétation soit revenue à son état normal. 

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