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Il prétendait avoir un bac +8 : comment un ancien cadre d'une mairie a été condamné pour avoir bidonné son CV

Un homme de 44 ans a été condamné lundi 12 janvier à huit mois avec sursis pour avoir menti lors de son embauche par la commune de Téteghem-Coudekerque-Village, près de Dunkerque (Nord).

Une photo montre une balance symbolisant la justice.

Crédit : Philippe HUGUEN / AFP

L'imposteur des mairies, un faux bac + 8 dans l'administration

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L'imposteur des mairies, un faux bac + 8 dans l'administration

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William Galibert - édité par Ennio Aparicio-Szkudlarek

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L'imposteur des mairies. Lundi 12 janvier 2025, Maxime Abattu, 44 ans, a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour avoir bidonné son CV lors de son embauche par la commune de Téteghem-Coudekerque-Village (Nord). Il était poursuivi pour "usage de faux" et "escroquerie", par le tribunal de Dunkerque.

Avec de faux diplômes et un CV truqué, cet homme avait réussi à se faire embaucher comme directeur général des services de la ville. Mais ce dernier était tellement incompétent que ses mensonges n'ont jamais tenu très longtemps. 

Cela ne l'a pas empêché de recommencer plusieurs fois, en changeant de région, mais jamais de méthode. Ce parcours insolite s'inscrit dans une histoire plus trouble, celle des imposteurs qui ne se contentent pas de mentir aux autres, mais qui finissent par se mentir à eux-mêmes jusqu'à terminer prisonniers du récit qu'ils ont fabriqué. 

"Bac +8 et 24 ans d'expérience dans la fonction publique"

La Voix du Nord et La Provence ont reconstitué mardi 13 janvier l'itinéraire du destin truqué de Maxime Abattu. À l'automne 2023, cet homme originaire de Marseille traverse la France pour postuler à la mairie de Téteghem-Coudekerque-Village, commune de 9.000 habitants située près de Dunkerque. 

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Alors âgé de 42 ans au moment des faits, il se présente avec un CV reluisant : Bac+8 avec un doctorat en droit public et "24 ans de vie professionnelle dans la fonction publique nationale et territoriale, au sein de grandes institutions et dans le secteur privé". 

Son profil tape évidemment dans l'œil de la mairie. Maxime Abattu est embauché. Mais très vite, les élus, les agents et le personnel sentent que leur nouveau collègue ne maîtrise pas vraiment les codes, ni même les gestes élémentaires de sa fonction, alors qu'il occupe un poste au sommet administratif de la mairie. 

Fautes d'orthographes, dossiers dissimulés

Ses premiers courriers sont truffés de fautes d'orthographe et le personnel découvre aussi qu'il planque des dossiers dans son bureau parce qu'il ne sait pas quoi en faire. La mairie finit par contacter l'université d'Aix-Marseille, où Abattu est censé avoir soutenu sa thèse de droit public. La fac confirme : ce monsieur n'a jamais obtenu le moindre doctorat. 

Il va quand même falloir attendre huit mois pour arriver au licenciement pour faute grave. La commune déposera également plainte pour "usage de faux" et "escroquerie". Dévisagé pour la première fois, Maxime Abattu ne renonce pas à son personnage et tente sa chance dans d'autres communes, en Isère et dans le Jura, avant de trouver une nouvelle scène à Golfech, dans le Tarn-et-Garonne.

Lors de la première réunion, il est arrivé avec un dossier de présentation fait avec des copiés-collés de ce qu'il avait trouvé sur Internet

propos du maire de Golfech (Tarn-et-Garonne)

L'homme occupe de nouveau la fonction de directeur général des services, dans cette petite ville d'un millier d'habitants connue pour sa centrale nucléaire. La mécanique de l'imposture se remet en marche et les mêmes fissures réapparaissent aussitôt. 

"On a vu qu'il y avait des choses bizarres, comme le fait qu'il n'était pas vraiment familier avec l'informatique. Lors de la première réunion sur un projet important pour la commune, il est arrivé avec un dossier de présentation fait avec des copiés-collés de ce qu'il avait trouvé sur Internet", a raconté le maire de la commune. Maxime Abattu est de nouveau licencié et des poursuites sont engagées. 

Ce récit fait écho à celui de Philippe Berre, l'homme qui s'était inventé une carrière d'ingénieur des travaux publics dans les années 90. Il avait dupé des collectivités entières en embauchant des ouvriers et en louant des tonnes de matériel pour le chantier d'un tronçon d'autoroute dans la Sarthe, ce qui avait fini même par inspirer un film avec François Cluzet, dans le rôle-titre. 

Lors de son jugement lundi 12 janvier 2026, l'accusé Maxime Abattu ne s'est jamais présenté à la barre. Comme si jusqu'au bout, il avait refusé d'affronter l'homme qu'il est vraiment.

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