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Patricia Vanderlinden, inspectrice de la police fédérale belge, au micro du podcast "Les Voix du crime" de RTL
Crédit : RTL
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Le 22 mars 2016, la policière belge Patricia Vanderlinden est en jour de repos. Un congé interrompu par un appel de son supérieur, le chef du service d’identification des victimes de catastrophes, le Disaster Victim Identification (DVI). "Il m’a informé qu’il s’était passé quelque chose de grave à l’aéroport", retrace l’inspectrice.
Deux terroristes venaient de se faire exploser dans les halls de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. La policière fédérale prend la route immédiatement pour rejoindre son bureau. Alors qu’elle est en chemin, une troisième bombe explose dans une rame de métro, à la station Maelbeek. Ce jour-là, 32 morts et 340 blessés sont à déplorer.
Patricia Vanderlinden est envoyée par son patron à l’aéroport afin d’évaluer la situation sur place. "On ne réfléchit pas, on sait qu’on a une mission alors on part immédiatement avec mon collègue", raconte la policière. Dans “Les Voix du crime”, elle se remémore les onze jours de travail qui ont suivi ces évènements tragiques. Un récit qu’elle a retranscrit dans son livre Donner un nom au mort, paru en novembre 2025 aux éditions Racine et coécrit avec le journaliste Nicolas Keszei. Cet ouvrage retrace ses 20 ans de carrière au sein de ce service d’identification des victimes qui fête ses 40 ans.
À son arrivée à l’aéroport, Patricia Vanderlinden ne sait pas encore qu’elle est face à des attentats. Une enquête est en cours. L'État islamique revendique ces crimes dans l'après-midi.
C'est une zone de guerre
Patricia Vanderlinden, première inspectrice principale de la police fédérale belge
Après le passage des démineurs, de la police scientifique et des secours, la policière a l’autorisation d’entrer dans l’enceinte de l’aéroport. "C’est une zone de guerre", décrit-elle. Un détail l’interpelle et lui fait prendre la mesure de la gravité de ces explosions : des téléphones et d’autres objets connectés recouvrent le sol. "Je me rends compte de la terreur que ces personnes ont dû vivre parce qu’elles ont abandonné les seules choses qui les relient à leur famille", explique la policière.
Un long travail débute. Au total, trois jours à l'aéroport, entrecoupés de nuits dans un hôtel à proximité, sont nécessaires pour récupérer les corps des victimes et des deux auteurs. Patricia Vanderlinden et son équipe procèdent avec méthode. Ils numérotent chronologiquement les corps puis les 600 restes humains retrouvés.
Une fois les corps récupérés, il faut les identifier. Des collègues de la policière sont chargés d’effectuer des autopsies post-mortem avec des médecins légistes. Trois éléments "d’identifications primaires" sont étudiés : les empreintes digitales, la dentition et l’ADN.
Ce sont des détails qui sont propres à chacun, mais il n'est pas évident de les retrouver. Les empreintes nécessitent d'être connues de la police ou d'avoir une carte d'identité biométrique par exemple. Pour la dentition, la personne doit avoir un dossier chez un dentiste. Concernant l'ADN, un échantillon est prélevé sur la famille ou sur les objets de la victime.
Pour s’assurer de l’identité des victimes, des policiers contactent les familles pour un examen ante-mortem. L’objectif est de récolter des informations précises sur la personne : a-t-elle des tatouages, des piercings, comment était-elle vêtue le jour des faits ? Les données post et ante-mortem sont ensuite comparées et croisées afin de retrouver l’identité des corps.
Ce processus peut prendre jusqu’à trois jours : "C'est interminable pour la famille. Mais quand on a un nombre comme ça de victimes, on ne peut pas se permettre d'aller trop vite. Parce que l'erreur d'identification, à ce moment-là, on ne peut pas imaginer ça", souligne Patricia Vanderlinden.
Au quatrième jour après les attentats, de retour dans les locaux du DVI, Patricia Vanderlinden se rend dans les hôpitaux pour identifier les blessés qui n’ont pas pu décliner leur identité. Elle doit aussi annoncer les terribles nouvelles aux familles des victimes et leur restituer les objets retrouvés dans l’aéroport.
Quand il y a une explosion, on pense directement à un attentat
Patricia Vanderlinden, première inspectrice principale de la police fédérale belge
Dix jours plus tard, elle prend soin d'organiser une visite de l'aéroport, sur demande de la procureure, pour que les familles en deuil puissent voir là où leur proche est décédé. Patricia Vanderlinden place des cadres avec l'image de chacune des victimes. Pour elle, ces visages sont la preuve qu'elle a accompli son travail : les morts ne sont plus des numéros et retrouvent leur identité. "Je voulais faire ressortir le côté humain de notre travail", souligne-t-elle.
Aujourd’hui, dix ans après ces évènements, dès qu’une catastrophe se produit, l’inspectrice ressent un "signal d’alarme". Elle conclut : "Quand il y a une explosion, on pense immédiatement à un attentat. On est beaucoup plus méfiants (...) mais ça ne change pas notre manière de travailler, on a toujours travaillé de la même manière".
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