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"Ça va poser problème" : cambriolages, violences, harcèlement... Ces enquêtes délaissées par la justice après l'affaire Lyhanna

Après l'affaire Lyhanna, la justice a passé au crible 85.000 procédures de violences sexuelles sur mineurs. Une mobilisation massive, érigée en priorité absolue, mais qui ralentit d'autres enquêtes, des cambriolages aux violences intrafamiliales.

Des fleurs déposées en hommage à Lyhanna à proximité du silo où le corps de l'adolescente a été retrouvé le 29 mai

Crédit : Ed JONES / AFP

Plana Radenovic - édité par La rédaction numérique de RTL

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Le viol et le meurtre de l’adolescente Lyhanna ont provoqué un électrochoc dans tout le pays. Dans la foulée, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, avait demandé à tous les procureurs d'examiner 85.000 procédures de violences sexuelles sur mineurs.

Puis il y a eu cette lettre, qui a fait beaucoup de bruit en plein cœur du mois d'août : douze pages adressées à son homologue de l'Intérieur, dans lesquelles il liste tous les dysfonctionnements dans la prise en compte de ces violences. Désormais, justice et police sont en ordre de marche : les violences sexuelles sur mineurs sont la priorité absolue.

Une priorité qui se fait au détriment d'autres dossiers, mis de côté pour le moment. Au micro de RTL, à la mi-août, en marge d'une visite à la prison de Réau, en Seine-et-Marne, Gérald Darmanin l'a dit clairement. "Il faut que nous mettions les moyens politiques, budgétaires, parfois aussi des moyens de priorisation des services d'enquête. Je pense qu'il vaut mieux regarder ce qui se passe dans les viols sur enfants que sur les cambriolages. Par exemple, ça me paraît plus grave, un viol sur les enfants. Je l'ai dit aux magistrats pour qu'on puisse répondre à la demande sociale très importante de violence faite aux enfants". 

Les enquêtes sur les cambriolages et les violences au point mort

Conséquence, depuis fin juin, les enquêtes sur les cambriolages sont au point mort. La procureure générale d'Amiens, Maryvonne Caillibotte, alerte néanmoins : derrière ces vols, il y a des victimes. "Quand on parle d'atteinte aux biens, d'un cambriolage, quand vous avez des gens qui rentrent dans votre maison, parfois vous êtes dedans, etc., c'est une forme de violence, y compris aux personnes. En réalité, les atteintes aux biens, il ne faut pas les banaliser". 

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Mais d'autres affaires sont donc mises de côté, pas seulement les atteintes aux biens. Car il faut bien comprendre que ce grand examen des procédures de violences sexuelles sur mineurs se fait à moyens constants. 

La procureure générale d'Amiens redoute que cette nouvelle priorité ne crée du retard sur les autres dossiers. "Le bémol immédiat, c'est que pour faire ça, les parquets se sont mobilisés pratiquement à 100%. Il faut bien, d'une certaine manière, qu'il y ait un coût quelque part et donc on va être très attentifs à un phénomène de mauvais vase communicant". 

Par exemple, à Amiens, me dit le procureur, ce sont plus de 1.000 dossiers de violences intrafamiliales qui se retrouvent en stock. Dans la Somme, les policiers spécialistes des délits financiers sont réorientés vers les violences sexuelles faites aux enfants. Mais les délits financiers, eux, ne s'arrêtent pas. Et ils alimentent la pile.

Le retard s'accumule pour les enquêteurs

Sans surprise, eux aussi sont sous l'eau. RTL a pu joindre une policière spécialiste des mineurs. Sa voix a été modifiée afin de préserver son anonymat. "Ces autres dossiers aussi, on va devoir les traiter avec du retard. Je pense donc, du coup, à tout ce qui est violences conjugales ou harcèlement scolaire. Il faut savoir qu'il y a la rentrée qui va arriver en septembre. Si on n'a pas résolu, par exemple, des cas de harcèlement scolaire lourd, d'enfants qui souffrent dans leur établissement scolaire, ça va nous poser problème à la rentrée". 

Et d'ajouter au micro de RTL : "En fait, je dirais que tout est urgent. Malheureusement, on n'est pas assez nombreux. On n'a pas les moyens de traiter tout de manière urgente. Tout ça, malheureusement, ça prend du temps. On travaille sur de l'humain, encore une fois". 

Policiers, gendarmes, magistrats : tous alertent sur l'après. Maintenant que les 85.000 procédures ont été examinées, il va falloir poursuivre toutes ces enquêtes sans pour autant abandonner les autres.

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