3 min de lecture

"Soutenons l'entrée d'André Citroën au Panthéon" : pourquoi le Medef veut faire du fondateur de Citroën un symbole de l'industrie française

Patrick Martin a relancé une idée inattendue au Medef : faire entrer André Citroën au Panthéon. L'occasion de rappeler que la France ne s'est pas seulement construite avec des figures politiques, militaires ou intellectuelles.

Portrait non daté d'André Citroen, un des pionniers de l'automobile moderne

Crédit : AFP

Oui à la panthéonisation d'André Citroën

00:02:58

Oui à la panthéonisation d'André Citroën

00:02:58

Martial You

Je m'abonne à la newsletter « Économie »

Mettre RTL en favori sur Google

Patrick Martin a glissé cette petite phrase dans son discours inaugural à l'université d'été du Medef : "Soutenons l'entrée d'André Citroën au Panthéon". L'idée peut surprendre. Elle mérite pourtant d'être regardée de près. André Citroën serait le premier représentant du monde économique à entrer dans ce lieu réservé aux grandes figures de la nation. Et le symbole serait puissant au moment où la France remet l'industrie au centre du débat, entre réindustrialisation, nucléaire, data centers et intelligence artificielle.

Faire entrer André Citroën au Panthéon, ce serait rappeler que la France ne s'est pas seulement construite avec des figures politiques, militaires ou intellectuelles. Elle s'est aussi imposée avec des ingénieurs, des inventeurs et des industriels capables de faire rayonner le pays dans le monde entier. À côté de Jean Moulin, de Simone Veil ou de Joséphine Baker, la comparaison peut sembler audacieuse. Mais elle pose une vraie question : quelle place la République accorde-t-elle à ceux qui ont transformé durablement son économie, son industrie et son image ?

Un industriel au service du pays dès la guerre de 1914

Le parcours d'André Citroën commence bien avant l'automobile populaire. Fils d'immigrés et polytechnicien, il est confronté dès 1914 à une urgence nationale. Envoyé dans les tranchées, il constate que la France manque cruellement de munitions face à l'Allemagne. Il convainc alors les autorités d'ouvrir une usine d'armement à Javel, à Paris. À partir de 1915, André Citroën devient donc d'abord fabricant d'obus.

Ce point est central dans l'argumentaire de ceux qui défendent son entrée au Panthéon. La question n'est pas seulement de savoir s'il a créé une marque célèbre. Il s'agit de mesurer s'il a servi la France. Dans son cas, la réponse passe d'abord par l'effort de guerre, puis par la reconstruction industrielle. À partir de 1918, il se lance dans l'automobile avec cette même idée : produire pour le pays, moderniser, équiper, projeter une image de puissance industrielle.

Citroën, une marque mondiale et un imaginaire français

Le nom Citroën dépasse largement le cadre d'une entreprise. C'est une marque mondialement connue, associée à des modèles devenus des icônes. Difficile d'imaginer un film hollywoodien tourné à Paris sans une 2CV ou une DS. Citroën, c'est aussi la voiture présidentielle, une part du décor national, une signature visuelle française.

L'héritage industriel est tout aussi marquant. La Traction Avant, révolutionnaire pour son époque, incarne cette capacité d'innovation. En dix ans, André Citroën devient le premier constructeur automobile français et le deuxième mondial. Cette trajectoire fulgurante en fait, selon la formule employée, "le Elon Musk de son époque". La comparaison dit bien ce qu'elle veut dire : un entrepreneur visionnaire, un accélérateur d'innovation, un homme qui a imposé une marque et une méthode.

Un patron moderne sur le terrain social

Patrick Martin évoquait aussi un patron social. Là encore, les faits avancés sont précis. Lorsqu'il ouvre l'usine de Javel, André Citroën emploie 3.500 personnes, essentiellement des femmes. Il met en place une prime de naissance et une prime d'allaitement. En 1927, il invente le 13ᵉ mois pour ses ouvriers.

Cette dimension sociale complète le portrait. Elle ne résume pas à elle seule un destin industriel, mais elle éclaire une certaine conception de l'entreprise, à une époque où ces dispositifs restent exceptionnels. Elle nourrit aussi l'idée qu'un capitaine d'industrie peut, lui aussi, avoir rendu un service durable à la collectivité.

Au fond, la candidature d'André Citroën au Panthéon repose sur cette triple lecture : l'effort de guerre, le génie industriel et l'empreinte sociale. 

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée