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Au palais de justice de Paris, entre tragédie et vaudeville

Depuis 700 ans qu'il est installé là, en plein cœur de la cité, sur l'île du même nom. Le palais va déménager aux Batignolles. Pascale Robert-Diard, chroniqueuse au "Monde", raconte.

BEGOT 245300 La Revue de Presse Amandine Begot
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Au palais de justice de Paris, entre tragédie et vaudeville Crédit Image : JACK GUEZ / AFP | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Isabelle Choquet
Isabelle Choquet Journaliste RTL

Dans la presse ce matin, le palais des faits. On a beaucoup parlé du palais céleste. Cette station chinoise errante qui s'est désintégrée en une pluie d'étoiles au-dessus du Pacifique. Je voudrais moi vous parler d'un palais bien terrestre, limite terre-à-terre, mais où parfois, on tutoie les anges.

Il s'agit du palais de justice de Paris : 700 ans qu'il est installé là, en plein cœur de la cité, sur l'île du même nom. Comme un pendant à Notre Dame. Justice divine, justice des hommes, le palais va déménager aux Batignolles, et la chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard en a profité pour faire le ménage dans ses carnets.

15 années de procès, grands ou petits. Des puissants et des misérables. En préambule, elle cite un autre chroniqueur judiciaire, Jean-Paul Lacroix, qui en 1965 écrivait : "Le palais est notre sixième scène nationale. On y joue tous les jours en matinée, la tragédie et le vaudeville

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Et pas en alternance, comme au Français, simultanément". Robert Diard raconte ainsi Dominique de Villepin au procès Claerstream. Pendant que les autres prévenus étaient interrogés, il se récitait du Rimbaud et comptait les caissons et les bougies des lustres de la première chambre.

Michel Houellebecq et John Galliano devant les juges

Autre récit, celui de la poursuite de Michel Houellebecq pour diffamation, et cet ami qui s'indigne qu'on lui demande de dire "je le jure". "Oh, c'est très fort, je le jure... Je peux dire, je promets ?". Pascale Robert-Diard nous emmène ensuite à la 23e chambre, celle des comparutions immédiates

"Cliquetis des menottes qu’on retire. Gueules hirsutes et blêmes de ceux qui sortent tout juste de garde à vue". Plus loin, c'est le vaudeville. John Galliano jugé pour injures : "Vous auriez dit : 'Tu as des bottes bas de gamme, des cuisses bas de gamme, tes cheveux sont immondes, ta voix est horrible'"... 

John Galliano explique d’une voix faible qu’il avait à l’époque "une triple dépendance à l’alcool, aux somnifères et au Valium". Il s'excuse. L’audience, live-tweetée et internationalement diffusée, a duré six heures. "C’était vulgaire et démesuré, c’était l’actualité", écrit la journaliste.

S’il lui avouait son escapade, sa femme le quitterait

Pascale Robert-Diard, journaliste
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Et puis... Et puis il y a ce gendarme, cité comme témoin au procès des attentats de 95 dans le RER parisien. "Je ne me souviens plus de son visage, je me rappelle seulement qu’il était costaud et qu’il portait une épouvantable cravate à fleurs qui n’allait pas du tout avec son costume, qui n’allait avec rien d’ailleurs. Il avait vu les poseurs de bombes, il pouvait décrire précisément leurs visages, leurs vêtements. Seulement voilà, il n’aurait pas dû être là ce jour-là, à cette heure-là. Il était venu avec sa maîtresse à Paris, son épouse le croyait en Bretagne".

Et de conclure : "le gendarme savait que, dans une enquête, beaucoup peut se jouer sur un témoignage. Le mari savait que, s’il lui avouait son escapade, sa femme le quitterait. Il avait dit tout cela devant la cour d’assises : la nuit blanche, le cas de conscience, sa décision de parler qui a fait avancer l’enquête, le divorce qu’elle a entraîné. Une giclée de vie ordinaire sur un champ de morts". Un dossier à lire dans le M, le magazine du Monde.

Un tueur à gages professionnel

Il aurait aussi dû se retrouver au tribunal. Julio Santana a tué 492 personnes. Bilan d'une carrière de tueur à gages qui a duré 35 ans. Nous sommes au Brésil, dans un petit village d'Amazonie. Santana a tué pour la première fois à 17 ans, pour prendre la relève de son oncle malade de la malaria. C'est avec lui qu'il a appris.

Le mode opératoire, toujours le même : une balle dans la tête, calibre 38. Les clients, ce sont des politiques, des hommes d'affaires, des épouses ou des maris bafouées. Sa première victime, c'était un homme qui avait violé une petite fille de 12 ans.

Le commanditaire, c'était le père. Pour se faire pardonner, il récite 10 ave et 20 pater. Toutes les cibles, il les note dans un carnet, comme une liste de courses. Malgré ça, une fois, en 35 ans, il a tué la mauvaise personne. Et finalement, il était plus inquiet de ce qu'allait penser son employeur que de ce pauvre homme mort pour rien. Il tue des hommes, des femmes, même des enfants. Le plus incroyable, c'est qu'à part sa femme, personne n'a jamais rien su.

Il faut dire que la couverture était parfaite : officiellement, le tueur était un policier. L'écrivain Klester Cavalcanti a recueilli les secrets de Santana et en a fait un livre intitulé 492. Son interview est à lire dans Society. Pour l'anecdote, la seule chose que Santana a voulu retirer du livre, c'est une scène d'amour entre sa femme et lui. Pour lui, c'était ça, le plus gênant, plus que des centaines d'assassinats.

Les Français aiment la poilade

Un vrai film noir. Mais en France, ce sont les comédies qui ont la cote. On n'avait pas vu ça depuis 2014. Les Tuche 3 et La ch’tite famille viennent de dépasser les cinq millions de spectateurs. Jusqu'ici, Les Tuche sont en tête, d'un cheveu. "Un vrai phénomène", nous dit Le Parisien. Le nom Tuche est en train de s'installer dans le vocabulaire courant, comme les Groseille à l'époque de La vie est un long fleuve tranquille. Mais Dany Boon est le grand chouchou des Français, à la fin du week-end, il aura peut-être doublé Les Tuche.

Et Tout le monde debout de Franck Dubosc est plutôt bien parti aussi. C'est clair : les Français aiment la poilade. La comédie réalise deux tiers des entrées ciné. En tête ces dix dernières années : Bienvenue chez les chtis, Intouchables et Qu'est ce qu'on a fait au bon dieu. Mais en plus, nos comédies s'exportent. La ch'tite famille, malgré l'accent, a été vendue dans 17 pays, Les Tuche, 7 seulement. 

En Italie, Les Tuche ont parait-il des cousins : les Tucci, famille improbable de la campagne romaine. Mais à ce jeu, c'est Dubosc qui gagne : son film sur le handicap est vendu dans 19 pays, jusqu'en Thaïlande.

Joyeuses Pâques

On continue à voyager, en fêtant Pâques. La Croix ne parait pas aujourd'hui, mais sur le site, vous trouverez un petit quiz très sympa sur les différentes façons de célébrer Pâques dans le monde. Vous apprendrez ainsi qu'à Florence, un char bourré de feux d’artifice est allumé grâce à des fragments de pierres ramenés par les Croisés du Saint Sépulcre à Jérusalem. 

Qu'en Allemagne, on fait un Österfeuer, un feu de joie. Et en Pologne, on fête "Smigus-dyngus" d'une bien étrange façon. Les jeunes s'arrosent d'eau et se fouettent les jambes avec des brindilles. Personnellement, je préfère les lapins en chocolat... Joyeuses Pâques !

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