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Assassinat de Samuel Paty : le prédicateur islamiste impliqué demande sa remise en liberté

Info RTL INFO RTL - Abdelhakim Sefrioui, mis en examen pour complicité d’assassinat terroriste, dénonce des mauvais traitements en détention et une absence totale de charges à son encontre.

Samuel Paty, enseignant tué le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine (illustration)
Samuel Paty, enseignant tué le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine (illustration)
Crédit : Bertrand GUAY / AFP
Thomas Prouteau
Journaliste

Le prédicateur radical Abdelhakim Sefrioui, accusé de complicité d’acte terroriste pour avoir relayé sur internet les appels à la haine contre le professeur d’histoire Samuel Paty avant son assassinat, a déposé une demande de remise en liberté le 13 janvier selon une lettre envoyée aux juges par ses avocats consultée par RTL.

Incarcéré à la prison de Beauvais depuis le 21 octobre 2020, le Marocain âgé de 51 ans dénonce d’abord un "mauvais traitement dégradant et indigne" de l’administration pénitentiaire, accusée de mettre en place une "stratégie" pour "détruire monsieur Sefrioui", selon la demande de mise en liberté. Le prédicateur affirme qu’il est privé d’un médicament pour traiter ses problèmes respiratoires et que le générique qu’on lui a donné ne produit pas les mêmes effets et l’empêche notamment de dormir. Privé de sommeil, il manifesterait désormais des "troubles obsessionnels". "Le travail de défense est devenu impossible", dénoncent ses avocats Antoine Alexiev et Julia le Floc'h Abbou.

Une détention injustifiée selon ses avocats

Mais surtout, la défense d’Abelhakim Sefrioui entend démontrer que la détention provisoire est totalement injustifiée au regard de son rôle dans l’assassinat de Samuel Paty. Pour ses avocats, "aucun indice ne permet de retenir la complicité de monsieur Sefrioui". À l’appui de leur démonstration, ils rappellent la chronologie des faits.

Le 7 octobre dans la soirée, Abelhakim Sefrioui prend connaissance des messages Whatsapp du père d’une élève de Samuel Paty qui dénoncent le comportement du professeur lors d’un cours d’éducation morale et civique. Ces premiers messages comportent déjà le nom du professeur et le nom de l’établissement. 

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Le lendemain, Sefrioui accompagne le père de l’élève au collège et appuie la demande sanction envers le professeur. Le 9 octobre Brahim C., le père, publie cette fois-ci sur Facebook une vidéo hostile au professeur où il indique son nom et le nom du collège. Deux jours plus tard enfin, le 11 octobre Sefrioui publie à son tour une vidéo en ligne d’une dizaine de minutes au nom du Conseil des imams de France où il explique que "l’abject a encore eu lieu", que le prophète a été insulté et que "des élèves musulmans" sont "humiliés" depuis des années. 

Le militant traite le professeur de "voyou", et exige sa "suspension immédiate". Il conclut en disant avoir renoncé à une mobilisation devant le collège après un appel de l’inspection académique au père de famille pour lui exprimer son "étonnement" face à l’attitude du professeur. Ce sera sa dernière intervention sans l’affaire.

Abelhakim Sefrioui "jeté en pâture"

Les avocats de Sefrioui avancent plusieurs arguments : d’abord, il n’a jamais cité le nom de Samuel Paty ni le nom du collège, il ne peut donc pas être matériellement accusé de "complicité". Ensuite, aucun contact direct entre le prédicateur et le terroriste Abdoulak Anozorov n’a pu être établi. Enfin, la vidéo a été portée à la connaissance des policiers du renseignement territorial dès sa diffusion le 11 octobre et ceux-ci auraient indiqué à la directrice du collège de Conflans, qui avait alerté les autorités sur la situation et les menaces visant l’établissement, que l’islamiste ne présentait "aucun danger", qu’il n’avait "aucune mosquée" et que la "communauté ne le suivait plus". Sa vidéo n’aurait été vue que 390 fois avant l’attentat selon la demande de mise en liberté, preuve du peu d’influence du prédicateur selon ses conseils, qui dénoncent une "volte-face" des autorités après l’attentat, "qui n’ont pas interpellé Sefrioui avant l’attentat et n’ont rien fait pour assurer la protection de monsieur Paty [..]".

L’avocat Antoine Alexeiev est conscient que sa demande de remise en liberté risque de choquer, mais le conseil de Sefrioui rétorque que son client "a été jeté en pâture. Le parquet terroriste a monté l’opinion publique contre lui et l’opinion publique l’a crucifié. Je comprends très bien qu’il a eu un passé de militants très actif qui dérange et c’est tout à fait normal mais cela ne fait pas de lui un terroriste ou un assassin, ça n’a rien à voir".

Peut-être le début d'une longue procédure

La demande de mise en liberté est aussi une façon de commencer à contre-attaquer pour l’avocat, car même si sa demande est rejetée par les juges anti-terroristes, qui doivent entendre son client prochainement, il compte faire appel et se pourvoir au besoin en cassation.

Sur la question de l’état de santé du détenu, l’administration pénitentiaire interrogée par RTL indique qu’elle ne peut s’exprimer sur le problème de médicament soulevé par Mr Sefrioui qui relève par nature de l’unité médicale indépendante de la direction de la prison.

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