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L'ancien joueur de rugby français Shaun Hegarty lors d'une conférence de presse au stade Aguilera de Biarritz, le 5 avril 2024.
Crédit : GAIZKA IROZ / AFP
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"Que ce soit digne, pour sa mémoire et à la hauteur du drame que cela a été." Alors que s'ouvre le procès des meurtriers présumés de l'ex-rugbyman international argentin Federico Martin Aramburu, lundi 7 septembre devant les assises de Paris, son ami Shaun Hegarty, qui était avec lui au moment où il s'est fait mortellement tirer dessus, espère sur RTL que les deux principaux accusés dans le box aient "un peu d'humanité en eux".
Respectivement accusés d'assassinat et de tentative d'assassinat, Loïk Le Priol, 32 ans, et Romain Bouvier, 35 ans, ont nié toute intention homicide contre l'ancien trois-quarts des Pumas argentins, mort à 42 ans. Mais en ouvrant le feu à l'aube du 19 mars 2022, ils ont écrit l'épilogue sanglant d'une querelle née moins d'une demi-heure plus tôt sur la terrasse d'une brasserie du Quartier latin.
Ancien joueur de clubs français (Biarritz, Dax, Perpignan), installé avec sa famille au Pays basque, Aramburu était venu assister au match du tournoi des Six Nations France-Angleterre, en compagnie d'Hegarty, devenu son associé dans une société de tourisme.
Au terme d'une nuit de virée parisienne, quand les deux hommes s'attablent vers 5h20 pour manger un morceau, Bouvier, Le Priol et sa compagne sont installés. L'atmosphère se tend quand Hegarty fait une remarque sur la manière dont Le Priol rabroue un client, puis s'envenime quand cet ancien militaire va tapoter, provocateur, la tête de l'ex-rugbyman.
"On passe quelques heures ensemble au milieu de Saint-Germain. C'est un endroit qui est réputé pour que les personnes du monde du rugby se retrouvent. Quand on retourne vers l'hôtel, on décide de s'arrêter au Café Mabillon pour manger un bout et boire un dernier verre et à un moment donné, ça se tend", raconte Hegarty, parlant d'une attitude "agressive et condescendante" des deux accusés vis-à-vis d'un autre client. "C'est vrai qu'on leur a dit : 'Non, non, il ne faut pas parler comme ça aux gens'".
Federico Martin Aramburu et Shaun Hegarty.
Crédit : Shaun Hegarty à RTL
En quittant les lieux à 6h, Aramburu agrippe la capuche de Le Priol, assis, et le projette au sol. La bagarre, très brève selon Hegarty, qui s'ensuit laisse Le Priol avec des dents cassés et hors de lui. "Je vais le tuer", "On va les trouver", aurait-il alors lancé, selon des témoins, tandis que les anciens rugbymen s'en vont vers leur hôtel, également bien touchés.
Avant de s'éloigner à pied dans la direction prise par Aramburu et Hegarty, il intime à sa compagne d'aller chercher sa Jeep. Quelques minutes plus tard, le véhicule arrive à hauteur des deux hommes, boulevard Saint-Germain, quand Bouvier fait feu quatre fois avec une arme de collection avant de fuir en courant. "J'entends : "Ils sont là", de la part de Bouvier. Il sort et s'approche de Federico, lui tire dessus. C'est tellement violent que mon cerveau ne le comprend pas", commente Hegarty. "Je n'arrive toujours pas à comprendre comment c'est possible".
Aramburu est touché mais reste debout quand Le Priol accourt. Celui-ci tire six fois avec son revolver de la fin du XIXᵉ siècle, qu'il a expliqué avoir acheté quelques mois plus tôt "pour se défendre". Notamment touché dans le dos, Aramburu s'effondre. "Il me dit : 'Shaun, appelle la police, je vais mourir'", raconte son ami. Le Priol, qui a aussi fui à pied, sera arrêté quelques jours plus tard à la frontière entre la Hongrie et l'Ukraine.
"Ils sont revenus nous chercher, armés, ils ont sorti les armes, ils ont tiré. Au bout d'un moment, la légitime défense pour moi, elle est très très très compliquée à discuter", juge Hegarty, questionné sur la version des deux accusés. Pour lui, ce sont "des personnes qui sont dangereuses et qui doivent être enfermées". "Ils voulaient avoir le dernier mot. Je ne pense pas que ce soit des personnes qui vont se rendre compte du mal qu'ils ont fait", ajoute-t-il encore.
Les deux accusés partageaient une inclination pour la violence, l'idéologie d'extrême droite radicale (un temps proches du GUD), l'alcool et les armes. "Il y a des choses qui peuvent surprendre et qui peuvent faire peur", confie Hegarty. Mais ce matin-là, ont-ils argumenté, s'ils ont tiré sur un homme désarmé, c'était parce qu'ils auraient paniqué face à la puissance physique des deux anciens sportifs.
Le Priol n'aurait théoriquement pas dû être en compagnie de Bouvier. Ils avaient interdiction d'entrer en contact dans le cadre d'une enquête sur l'agression en octobre 2015 d'un ancien responsable de l'organisation étudiante d'extrême droite radicale GUD (Groupe union défense) : roué de coups de pied et de poing chez lui, menacé d'un couteau, il avait été contraint de se déshabiller et de danser dans une scène filmée par Le Priol pour l'humilier.
L'ex-petite amie de Le Priol, 29 ans, est jugée pour complicité de tentative d'assassinat, tandis qu'un sympathisant d'extrême droite, proche de la mouvance traditionaliste, 37 ans, encourt une peine bien inférieure pour avoir aidé Bouvier dans sa courte cavale, close par son arrestation dans la Sarthe quatre jours après le crime.
"On ne peut pas se remettre d'une telle histoire, d'une telle tragédie", conclut Shaun Hegarty à propos de la famille Aramburu endeuillée. "J'espère que les jurés vont voir que [les accusés] sont des personnes dangereuses".
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