5 min de lecture
Ulrich Siegmund, tête de liste du parti d’extrême droite AfD aux élections régionales allemandes de Saxe-Anhalt sur le parc des expositions de Magdebourg, le 6 septembre 2026.
Crédit : John MACDOUGALL / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Infos »
Mettre RTL en favori sur Google
Un véritable séisme politique. En Allemagne, Ulrich Siegmund, 35 ans, a été donné net vainqueur des élections du land de Saxe-Anhalt dimanche 6 septembre, et pourrait permettre à l'extrême droite allemande de s'emparer de sa première région depuis 1945, au terme d'une campagne menée tambour battant, entre bains de foule et provocations. Dans ce Land d'ex-RDA, l'Alternative für Deutschland (AfD, Alternative pour l'Allemagne) - parti antimigrants, russophile et pro-Trump - a remporté 44% des suffrages, soit 26 points devant les conservateurs.
"Nous avons écrit l'Histoire dans ce pays", s'est félicité Ulrich Siegmund, chef régional de l'AfD, à l'antenne de l'ARD. "Nous avons besoin d'un changement politique fondamental dans ce pays".
S'il est encore trop tôt pour savoir si l'AfD arrivera au pouvoir, sa figure de proue a en tout cas infligé une défaite cuisante au parti du chancelier Friedrich Merz, qui avait promis de juguler l'essor de l'AfD à son entrée en fonction en mai 2025. Maniant la nostalgie de la RDA, investissant massivement les réseaux sociaux, Ulrich Siegmund, la trentaine joviale et dynamique, a suscité pendant sa campagne l'attrait chez les jeunes comme les retraités dans ce Land vieillissant et pauvre de 2,1 millions d'habitants.
Pour obtenir un tel score, il a promis un durcissement migratoire, prôné un rapprochement avec la Russie et milité pour une rupture avec l'héritage politique et culturel de l'Allemagne d'après-guerre, fondé sur la contrition à cause du nazisme.
Si sa formation politique n'a pas de culte du chef, comme le NSDAP à l'époque d'Adolf Hitler, il est sous surveillance des renseignements intérieurs car il a intégré de nombreux néo-nazis dans ses rangs. Lors des meetings, notamment ceux d'Ulrich Siegmund, saluts nazis et militants avec des tatouages sans équivoque ne sont d'ailleurs pas rares.
Dimanche matin, cet homme svelte, yeux bleus et mèche poivre et sel plaquée sur le côté, est arrivé triomphant dans son fief natal de Tangermünde, ville pittoresque de 10.000 âmes, pour aller voter. "Pourquoi allons-nous marquer l'histoire d'une manière ou d'une autre ? Parce que, d'une manière ou d'une autre, nous obtiendrons un bon résultat, ce qui entraînera bien sûr une recomposition du paysage politique en Allemagne", a-t-il déclaré devant une centaine de partisans.
Ces derniers mois, ce tribun aux plus de 500.000 abonnés sur Instagram a écumé sa région natale, enchaînant les selfies et les autographes sur des tasses et des tee-shirts à son effigie. Virées en mobylette, footing, fêtes de village avec saucisses et châteaux gonflables pour enfants... L'homme est accueilli comme une sorte de rockstar. "C'est comme un bon copain", déclarait il y a peu à l'AFP un participant de 19 ans à l'un de ses événements.
À chacune de ses apparitions, les gens faisaient deux, trois heures d'attente pour décrocher un selfie ou un autographe. Sympa, jeune, sportif, "Uli", comme il souhaite qu'on l'appelle, a impressionné Oliver, militant AfD de la première heure : "Il était à fond du matin jusqu'au soir, il parlait avec tout le monde. Je n'avais encore jamais vu d'homme politique allemand capable comme lui d'emballer autant de gens et de susciter une ambiance aussi positive. C'est la marque de fabrique d'Ulrich Siegmund et il a été parfait".
Mais derrière les grands sourires, Ulrich Siegmund est un vrai radical formé et parrainé par une poignée d'idéologues identitaires, nationalistes, qui ont une vision ethnique et raciste de la société allemande - une Allemagne "de souche" - et son directeur de communication organisait par exemple des colonies de vacances sur le thème des Jeunesses hitlériennes il y a quelques années encore. Pour sa campagne en ligne, il a été aidé par des proches de Donald Trump. D'ailleurs, hier soir, il a été félicité par le chef de la milice anti-immigration, ICE.
Propulsé à la Une du prestigieux hebdomadaire Der Spiegel sous le titre "l'homme le plus dangereux d'Allemagne", Ulrich Siegmund avait réagi sur Instagram en dédicaçant le magazine. "Si je dois être considéré comme l’homme le plus dangereux d’Allemagne – alors que je ne suis ni un criminel, ni un terroriste, ni rien de ce genre, moi qui aime simplement mon pays – cela en dit long", répondait-il même au Figaro.
Après un apprentissage de commercial et des études de psychologie économique et de gestion des entreprises, il a fondé à Berlin une entreprise spécialisée dans la diffusion de parfums d'ambiance, avant de retourner sur sa terre d'origine, la Saxe-Anhalt. Né trois semaines après la réunification de l'Allemagne en 1990, il a assisté à l'idéalisation grandissante de la RDA parmi ses concitoyens de l'Est, qui arborent parfois dans ses meetings l'ancien drapeau de l'Allemagne communiste.
Une "Ostalgie" (nostalgie de la RDA) dont il sait se servir, capitalisant sur le sentiment d'injustice de ses électeurs qui s'estiment défavorisés par rapport à leurs compatriotes de l'Ouest et aux personnes immigrées. S'il accède au pouvoir, il compte faire partir 95% des étrangers de sa région.
Dimanche, il a débarqué au bureau de vote avec sa femme Julia sur une Simson couleur bleu ciel de l'AfD, une mobylette érigée en symbole de l'identité est-allemande avec laquelle il a sillonné sa région, lui l'ancien membre pendant six ans du parti conservateur, qui a finalement rejoint en 2014 l'AfD, un an après sa création.
Ulrich Siegmund et son épouse le 6 septembre 2026
Crédit : John MACDOUGALL / AFP
"Dès la première minute" de son entrée dans ses fonctions, cet adepte des réseaux rappelle également vouloir sortir la région du champ de l'audiovisuel public, qu'il accuse d'être biaisé. Chantre de la famille traditionnelle, il promet d'interdire le drapeau arc-en-ciel dans les écoles et de hisser haut le drapeau national dans les établissements publics. Comme l'éducation est du ressort des États régionaux, les programmes d'histoire sont aussi dans son viseur, trop centrés sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich selon lui.
Selon Der Spiegel, certains de ses collaborateurs ont été très proches de la mouvance néonazie. Il fait également partie des membres de l'AfD qui ont participé à une réunion en novembre 2023 à Potsdam au cours de laquelle a été évoqué un projet d'expulsion massive d'étrangers et d'Allemands d'origine étrangère.
D'après l'hebdomadaire, Ulrich Siegmund verrait plus loin que la Saxe-Anhalt. Interrogé sur ses ambitions, sa réponse sur les réseaux sociaux se veut nonchalante : "Qui sait ce que l'avenir nous réserve ?" Son parti espère faire du Land un véritable laboratoire pour préparer son accession au pouvoir au niveau fédéral en 2029.
En attendant, ce résultat permet à l'extrême droite d'obtenir 39 sièges au Parlement régional, alors qu'il en faut 42 pour la majorité absolue. La plupart des autres partis ont annoncé refuser toute coalition, ce qui pourrait empêcher la formation d'accéder finalement au pouvoir. Les tractations suivent leurs cours.
Ne laissez pas Google décider de vos sources.
Ajouter RTL comme source préférée
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte