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Affaire Élodie Kulik : comment l'ADN parentèle a permis aux enquêteurs de résoudre l'enquête

ÉCLAIRAGE - Le corps d'Élodie Kulik, violée puis brûlée, avait été retrouvé dans un village de la Somme en 2002. Il aura fallu attendre dix ans pour que les enquêteurs trouvent une piste sérieuse.

Jacky Kulik, tient un portrait de sa fille Élodie, violée et tuée en 2002, le 21 novembre 2019.
Jacky Kulik, tient un portrait de sa fille Élodie, violée et tuée en 2002, le 21 novembre 2019.
Crédit : DENIS CHARLET / AFP
Affaire Élodie Kulik : l'ADN parentèle au cœur de l'enquête
05:06
Anne Le Henaff - édité par Florine Boukhelifa

Tout au long de l'été, les équipes de RTL mettent en lumière les progrès scientifiques, qui permettent de résoudre certaines enquêtes. Ce samedi 24 juillet, retour sur l'affaire Élodie Kulik. Les enquêteurs ont en effet pu remonter la piste d'un des suspects du meurtre grâce... à l'ADN de l'un des membres de sa famille.

Le 12 janvier 2002, le corps calciné d'Élodie Kulik, jeune banquière de 24 ans, est retrouvé à Tertry, dans la Somme. La jeune femme a été violée puis brûlée. Pendant son calvaire, elle a téléphoné aux secours. Dans cet enregistrement, la victime hurle, mais les voix de ses agresseurs sont également audibles. Et sur les lieux du crime, les enquêteurs découvrent également deux empreintes génétiques prélevées sur un préservatif et un mégot de cigarette. L'ADN est ensuite comparé à ceux enregistrés dans les fichiers de la police et de la gendarmerie, en vain.

Un an après la découverte du corps d'Élodie Kulik, son meurtrier est alors toujours en liberté et les enquêteurs n'ont aucune piste sérieuse malgré les 700 prélèvements ADN réalisés. Coup de théâtre dix ans après le meurtre : le prélèvement réalisé sur la scène de crime a enfin parlé. Après avoir identifié le père du suspect, déjà fiché, grâce à cet échantillon, les gendarmes de la section de recherches d'Amiens ont pu reconstituer l'empreinte génétique de son fils âgé de 22 ans, lui-même décédé en 2003.

Un complice condamné à 30 ans de prison

Un an plus tard, un ami du meurtrier est interpellé et mis en examen pour "viol en réunion" et "meurtre". Sa voix a été reconnue sur l'enregistrement de l'appel au secours d'Élodie Kulik. "C'est une délivrance. Vous imaginez, ça fait longtemps que j'attends, j'ai accompli mon devoir", réagissait alors le père de la victime, pour qui la résolution du crime était devenue le combat d'une vie. Ce complice, Willy Bardon, a été condamné en appel le 1er juillet dernier à trente ans de réclusion criminelle.

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Tout cela a été rendu possible grâce à la technique de l'ADN parentèle. Les enquêteurs ont ainsi arrêté de traquer une correspondance exacte et ont plutôt cherché des ADN similaires pour identifier les meurtriers d'Élodie Kulik. Le corps du suspect identifié grâce à son père a d'ailleurs été exhumé, et les analyses ont confirmé qu'il était bien présent au moment du crime.

"En réalité, c'est un peu la technique de la dernière chance, lorsque l'on a épuisé les voies classiques de l'enquête traditionnelle", explique le lieutenant-colonel Brard, chef du service central de conservation des prélèvements biologiques à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie. "Avec une recherche en parentalité, on ne trouve pas un individu mais un nombre de candidats important, des centaines voire des milliers. Il y a donc un énorme travail à réaliser pour étudier chacun des cas, réaliser des arbres généalogiques et éventuellement faire des analyses complémentaires", poursuit-il.

Une technique au "degré de fiabilité variable"

Cette technique, apparue dès le début des années 2000 aux États-Unis et en Angleterre, ne sera mise en place en France qu'à partir de l'affaire Élodie Kulik. L'affaire "va être le déclenchement de l'utilisation de cette approche de la base de données, mais dans un certain nombre de cas, certainement la majorité, ces recherches n'aboutissent à rien", détaille le lieutenant-colonel Brard. Il évoque notamment l'exemple de l'Angleterre qui, pour plus de 188 investigations menées, n'a réussi à découvrir d'une quarantaine de suspects.

Pour l'heure, cette recherche d'ADN parentèle se fait uniquement en ligne directe pour identifier un père, une mère ou un enfant et sera peut-être un jour étendue aux frères et sœurs ou aux cousins. "La recherche avance très vite dans ce domaine. Malgré un degré de fiabilité variable, on parvient à déterminer certaines caractéristiques comme la couleur des cheveux, des yeux, de la peau, mais également des habitudes de vie", ajoute le militaire.

"De plus en plus d'études sont faites sur l'ADN et ses modifications en fonction de l'environnement de l'individu, de son régime alimentaire, de son tabagisme. On est donc de plus en plus capable d'aller vers un portrait robot génétique", détaille encore le lieutenant-colonel Brard qui demande à ce que "la loi permette aux forces de l'ordre de l'utiliser".

Ces traces biologiques de profils encore inconnus doivent absolument être conservées correctement. Ces dernières sont stockées dans une grande salle dont la température et l'humidité sont surveillées de près pour éviter leur dégradation. 

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