6 min de lecture Terrorisme

Terrorisme : Essid, Guihal, Barnouin... Que deviennent les jihadistes français ?

Ils ont fait partie des hautes instances de l'État islamique, recruté de nombreux combattants français, ou encore facilité les départs... Les jihadistes français sont-ils toujours vivants depuis la chute de Raqqa ? L'un d'eux, Jonathan Geffroy, a donné des nouvelles de certains des plus connus au juge d'instruction.

Sabri Essid, le jihadiste toulousain de la filière Artigat sur une vidéo de propagande de Daesh datant de 2015
Sabri Essid, le jihadiste toulousain de la filière Artigat sur une vidéo de propagande de Daesh datant de 2015 Crédit : AL-FURQAN MEDIA / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Sont-ils morts ou vivants ? Un grand nombre de jihadistes français partis sur les terres du jihad en Irak ou en Syrie sont revenus en France, surtout après la chute de la capitale syrienne de l'État islamique, Raqqa, en novembre 2017. 

Beaucoup sont encore sur place même si aujourd'hui, personne n'est capable de dire combien sont précisément les "fantômes de Daesh" toujours en fuite. 

Certains d'entre eux sont plus connus des services pour leur implication au sein de l'organisation terroriste ou leur rôle clef dans le recrutement d'autres combattants. Des noms comme Essid, Clain, Guihal, Barnouin, rendus tristement célèbres par leurs actions sous la bannière de Daesh. 

Si certaines informations officielles circulent à propos du sort de certains d'entre eux, d'autres restent introuvables. Jonathan Geffroy, revenant jihadiste arrêté en février 2017 en Syrie, a côtoyé de près les frères Clain. En janvier dernier, il a livré quelques renseignements sur certains d'entre eux au juge d'instruction, auxquels RTL.fr a eu accès, même si ses propos sont à prendre avec précaution, d'autant qu'ils peuvent être périmés. 

Thomas Barnouin, capturé par les Kurdes

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Il était un recruteur phare de la filière dite "d'Artigat", dans le Sud-Ouest. Une nébuleuse dans laquelle on retrouve le gratin du jihadisme français (les frères Clain, Sabri Essid, Olivier Corel, les frères Merah...). 

Thomas Barnouin avait été capturé à la mi-décembre par les autorités kurdes en Syrie, avant d'apparaître, en janvier dernier, dans une vidéo de près de dix minutes diffusées par les YPG. Dans cette vidéo, il dit avoir "combattu pour Daesh pendant quatre ans" puis avoir "compris que c'étaient des criminels" alors il aurait "essayé de les quitter" avant de se faire arrêter "par les forces démocratiques syriennes".

De son côté, Jonathan Geffroy raconte sa propre expérience avec celui qui se faisait appeler Abou Ahmed. Avant la capture du jihadiste qui se dit repenti, Thomas Barnouin vivait dans le quartier de Nour à Raqqa. Selon Jonathan Geffroy, il était "le responsable de la branche médiatique El Hayat en français, également responsable du magazine Dabiq."

Ils se sont connus à Toulouse où Thomas Barnouin "était responsable d'une cellule. Il était à la tête du recrutement de personnes pouvant prêter allégeance à l'EI, poursuit le revenant. Il a essayé de m'enrôler dans sa cellule quand j'étais à Toulouse". 

Sabri Essid, exécuté par l'EI ?

Sabri Essid, ou Abou Dujana, était "un agent des renseignements de l'EI", selon Jonathan Geffroy. Lui aussi originaire de Toulouse, il est le beau-frère de Mohamed Merah. Au moment où Jonathan Geffroy se confie au juge, il assure ne pas du tout savoir où Sabri Essid et confie qu'il est "invisible".

Pour cause, d'après une source aux renseignements intérieurs français, le jihadiste serait mort. Et contrairement à ce qui a été annoncé par le communiqué d'un magazine pro-Daesh une semaine plutôt, Sabri Essid n'aurait pas sauté sur une mine, mais aurait été exécuté pour cause de rivalités.

Libération ajoute que sa mort serait bien antérieure à ce qui a été annoncé du côté de l'organisation terroriste. Son petit frère, Walid, serait aussi décédé sur place en Syrie, toujours selon Libération

Adrien Guihal, aux mains des forces démocratiques syriennes

Comme Thomas Barnouin, ce Parisien converti a été capturé par les FDS. Les Forces démocratiques syriennes l'ont annoncé le 24 mai dernier, dans un communiqué. Adrien Guihal, ou Abou Oussama, "travaillait pour la branche médiatique Hayat et pour le magazine Dabiq", selon Jonathan Geffroy. Il était l'une des voix de l'État islamique, comme le confirment Romain Caillet et Pierre Puchot dans leur livre Le combat vous a été prescrit. D'après eux, il aurait d'ailleurs été épaulé par Thomas Barnouin dans son rôle médiatique.

"Il présente à plusieurs reprises le bulletin de la radio al-Bayan, l'antenne officielle de l'EI. Il y revendique les attentats de Magnanville en juin 2016 et de Nice en juillet" de la même année. "Il est également soupçonné d'avoir joué un rôle subalterne dans une tentative d'attentat" à Villejuif, ajoutent les auteurs qui affirment qu'Adrien Guihal poursuit, pendant ce temps, "son activité de prédication". "Il demeure l'un des seuls à avoir donné officiellement des cours au nom de l'EI".

D'après un témoignage recueilli par les enquêteurs et rapporté par Libération, il est " le plus dangereux de tous", un "psychopathe". 

Maxime Hauchard est déclaré décédé

Il avait adopté le nom d'Abou Abdellah. Le jihadiste français Maxime Hauchard, considéré comme l'un des premiers bourreaux de l'organisation terroriste État islamique, serait mort il y a plusieurs mois. Avant, il était "aux forces spéciales", raconte Jonathan Geffroy. "Je sais qu'il aurait aimé venir en France faire une opération, mais il aurait pas pu vu qu'il l'a dit et que ça se sait".

Originaire de Normandie, d'un petit village de l'Eure, Maxime Hauchard avait été identifié sur une vidéo en 2014 comme l'un des bourreaux de l'humanitaire américain Peter Kassig et des 18 soldats syriens qui avaient été décapités. Sur les images, il apparaissait à visage découvert.

Né en 1992, c'est sur internet que le jeune homme aurait découvert l'islam. Converti, ce serait ensuite au cours d'un voyage en Mauritanie qu'il aurait basculé vers l'islam radical. Pendant ce voyage, il aurait suivi des cours dans des écoles coraniques, rapporte Franceinfo

Thomas Mayet "vivant aux dernières nouvelles"

Celui surnommé Abou Ibrahim le roux était l'un des trois membres du département de communication et des mosquées, avec un responsable égyptien, Abou Marwan et Masri et Othman Clain. Au moment où Jonathan Geffroy s'entretient avec le juge, il estime que Thomas Mayet ou "Thomas le renard", est toujours vivant. 

"Normalement il est à Tabqa, dans le quartier 1 dans une maison, précise-t-il. Ce n'est pas un combattant. Mon ressenti est que Thomas voulait rentrer en France pour retrouver une vie normale". Un "sentiment" à prendre avec précaution. Il n'est pas exclu que le revenant jihadiste chercher à diminuer le rôle d'un "frère". "Il a refusé d'aller au combat et il a habité chez Fabien Clain", ajoute-t-il.

Dans un Complément d'enquête datant du 25 août, on apprend que Thomas Mayet a été recruté par Adrien Guihlal, pour Fabien Clain. Il a fait la route avec ce dernier vers la Syrie. Et il est décrit comme "un profil de proie idéal". "Depuis ses 18 ans, il est hébergé par sa tante. Elle l'a toujours connu mal dans sa peau, voire dépressif, sans cesse tourmenté par des questions existentielles"

Quentin Le Brun, "est vivant"

Il s'était rendu célèbre dans une vidéo où il brûlait son passeport fin 2014 avec deux autres compagnons d'armes, dont Maxime Hauchard. Quentin Lebrun, 30 ans, ou Abou Oussama, est aussi originaire de Toulouse. 

D'après les dernières nouvelles de Jonathan Geffroy, ce Toulousain serait toujours en vie, mais qui a pu, depuis, être tué ou capturé. Lui aussi travaillait dans les médias et le magazine de l'État islamique, à en croire les dires du revenant. 

Mohamed Megherbi, blessé et détenu par les forces kurdes

Né à Toulouse, également figure de la filière d'Artigat, Mohamed Megherbi aurait été arrêté en Syrie selon Le Point. Il a pris la kunya Abu Mohammed en Syrie, à Raqqa. D'après l'hebdomadaire, le 13 décembre dernier, il a été arrêté avec cinq autres ressortissants français, dont Thomas Barnouin, alors qu'ils tentaient, toujours selon Le Point, de rejoindre une ville frontalière dans le nord-est du pays.

Selon Jonathan Geffroy, il aurait auparavant été blessé : "Il a pris une balle dans la jambe quand il était sur la scène de la deuxième reconquête de Palmyre par l'EI". Toujours selon le jihadiste revenant, Mohamed Megherbi était cameraman pour la propagande du groupe terroriste.

Cette liste n'est pas exhaustive. Selon nos informations, il reste 400 Français jihadistes encore dans la nature. Notamment les frères Clain. 

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