Attentats à Paris : que révèle le dernier numéro de "Dabiq", la revue de propagande de Daesh ?

DÉCRYPTAGE - Le numéro 13 de "Dabiq", le magazine de propagande de l'État islamique diffuse un visuel de neuf terroristes qui ont pris part aux attentats du 13 novembre.

Des combattants de l'État islamique (photo diffusée sur le compte Twitter jihadiste Al-Baraka news le 11 juin 2014) (archive).
Crédit : ALBARAKA NEWS / AFP
Des combattants de l'État islamique (photo diffusée sur le compte Twitter jihadiste Al-Baraka news le 11 juin 2014) (archive).

C'est la seule référence à la France au détour des 56 pages du dernier numéro de Dabiq, le magazine de propagande de l'organisation État islamique, diffusé mardi 19 janvier. Sur la troisième de couverture de la revue apparaît un visuel glorifiant les auteurs des attentats de Paris et Saint-Denis. L'image est accompagnée d'une légende, "Just terror" ("Juste la terreur") – un slogan déjà utilisé lors du précédent numéro consacré aux attaques du 13 novembre  - et suivie d'une mise en garde : "Let Paris be a lesson for those nations that wish to take heed" ("Que Paris soit une leçon pour les nations qui souhaitent en tenir compte"). 

Retouché à la manière d'une affiche de blockbuster hollywoodien, le photomontage met en scène un commando de neuf terroristes en tenues de combat et les armes à la main. Les combattants sont présentés sous leurs "kunya" - ou noms de guerre – et  incrustés sur un fond mêlant une vue aérienne de Paris, une photo des secours en action sur les terrasses dévastées de l'est parisien le soir du 13 novembre et un morceau de plan de métro inversé qui ressemble à celui du tube londonien.

Capture d'écran de la revue de propagande de l'État islamique

Sept des neufs terroristes étaient déjà identifiés

Quatre Français, trois Belges et deux Irakiens composent ce casting troublant. Clairement reconnaissable, Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attaques et membre du commando des terrrasses, est particulièrement mis en avant, fusil automatique M-16 à la main. Tué le 18 novembre lors de l'assaut policier contre un appartement de Saint-Denis alors qu'il projetait de commettre un nouvel attentat à La Défense, le Belgo-Marocain de 28 ans, figure des jihadistes francophones de l'EI, avait déjà fait l'objet d'une longue interview dans le septième numéro de la revue.

Autour de lui gravitent les portraits des terroristes dont les noms ont émergé au fil de l'avancée de l'enquête ces dernières semaines. Brahim Abdeslam, le Français de 31 ans qui s'est fait exploser dans un café du Boulevard Voltaire après avoir participé à l'attaque des terrasses, apparaît sous le nom de Abul-Qa Qa Al-Baljiki ("al-Baljiki" signifiant le Belge, en arabe). Chakib Akrouh, Belgo-Marocain de 25 ans, identifié jeudi comme le kamikaze qui a déclenché sa ceinture explosive lors de l'assaut mené par le RAID à Saint-Denis, est présenté comme Abu Mujahid Al-Baljiki.

Largement reconnaissable, le Français Samy Amimour, 28 ans, membre de l'équipe qui a perpétré le massacre du Bataclan, se fait appeler Abu Qital Al-Faransi ("le Français"). Le deuxième assaillant de la salle de spectacle du XIe arrondissement parisien, le Français Ismaël Omar Mostefaï, 29 ans, est plus difficile à reconnaître sous les traits d'Abu Rayyan al-Firansi. Le troisième terroriste du Bataclan, le Français Foued Mohamed-Aggad, 23 ans, est fidèle aux traits d' Abu Fuad Al –Faransi.

Les deux kamikazes non identifiés de Saint-Denis seraient Irakiens

Deuxième kamikaze à actionner sa ceinture à explosifs aux abords du Stade-de-France, Bilal Hadfi, Français de 20 ans, qui résidait en Belgique, est surnommé Dhul-Qarnyan Al-Faransi. Ces sept terroristes avaient déjà été identifiés par les enquêteurs. Dabiq publie aussi les portraits de deux assaillants présumés non identifiés à ce jour, Ukashah al-Iraqi et Ali al-Iraqi, et les présente comme deux ressortissants irakiens. Il pourrait s'agir des deux autres kamikazes du Stade-de-France sur lesquels ont été retrouvés de faux passeports syriens, vraisemblablement volés sur des dépouilles de soldats du régime de Bachar al-Assad.

Les deux hommes avaient été enregistrés sous les noms d'Ahmad al-Mohammad et Mohammad al-Mahmod au début du mois d'octobre parmi un groupe de migrants sur l'île grecque de Leros. La ressemblance entre les portraits diffusées dans les médias une dizaine de jours après les attentats et leurs représentations sur le visuel de Dabiq n'est pas frappante. Mais "il n'est jamais arrivé que l'État islamique diffuse de fausses informations", rappelle David Thomson, journaliste à RFI et spécialiste des questions jihadistes. "Il est possible qu'ils décident de le faire, mais jusqu'à présent, leur communiqués se sont toujours vérifiés par la suite".

En revanche, ce n'est pas parce qu'ils se font appeler "al-Iraqi" ("l'Irakien" en arabe) qu'ils sont forcément des ressortissants irakiens. "Au niveau des surnoms, la mention est indicative", précise David Thomson. "Des Tunisiens présents en Irak depuis l'invasion américaine, passés par les mêmes prisons américaines que la plupart des hauts cadres de Daesh, se sont fait appeler "al-Iraqi" pour éviter d'être renvoyés dans leur pays d'origine". Dans le recueil de hadiths (les propos attribués au Prophète), "celui qui a résidé au moins quatre ans dans un pays peut s'y affilier", rappelle Romain Caillet, spécialiste des mouvements jihadistes, sur Twitter.

Une vidéo de revendication est probablement à prévoir

Le premier communiqué officiel de revendication de l'État islamique, diffusé le lendemain des attaques de Paris et Saint-Denis, mentionnait huit assaillants. Le poster publié dans Dabiq présente neuf jihadistes. "On peut imaginer qu'il y a eu une erreur dans le communiqué, qui a peut-être été fait dans l'urgence. Il était d'ailleurs fait état d'une attaque dans le XVIIIe arrondissement de Paris qui n'a jamais eu lieu (les enquêteurs ont seulement retrouvé une Clio immatriculée en Belgique louée par Salah Abdeslam, ndlr)", affirme David Thomson. 

Interrogé par Vice, Wassim Nasr, journaliste à France 24 et expert en questions jihadistes, estime que "cela veut sans doute dire que les frères Abdeslam ont été intégrés au dernier moment à l'opération". En revanche, l'absence de Salah Abdeslam, le convoyeur présumé des terroristes du Stade de France, est logique : "Le photomontage rend hommage à ceux qui ont été tués". En cavale depuis la nuit du 13 novembre, le frère de Brahim fait toujours l'objet d'un mandat d'arrêt international et pourrait avoir rallié la Syrie. Il n'est pas évoqué dans le 13e numéro de Dabiq.

La publication de ce visuel pourrait précéder la diffusion d'une vidéo de revendication enregistrée avant les attaques. À l'exception d'Abdelhamid Abaaoud et de Brahim Abdeslam, tous les portraits semblent avoir été capturés dans un film et certains jihadistes portent un micro HF sur leur tenue de guerre. "Il y a peu de doute sur ce point. C'est une première étape. La prochaine sera sûrement la diffusion d'une vidéo", estime David Thomson. "Lorsqu'un attentat a été commandité et revendiqué officiellement par l'EI, les auteurs prennent au minimum une photo avant de passer à l'action. Là, il s'agit d'une opération majeure, donc une vidéo est très probablement à prévoir dans les prochains mois".

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BenjaminHuepro
par Journaliste RTL
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2016-01-20 21:20:00
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